Hachette rêve que Twitter fasse acheter des livres aux internautes

Nicolas Gary - 08.12.2014

Lecture numérique - Usages - Twitter ebooks - réseau social livres - Hachette Book Group


La filiale américaine du groupe français, Hachette Book, vient d'annoncer un projet de commercialisation inédit. Dans l'optique d'ouvrir de nouveaux canaux de vente, l'éditeur a passé un accord avec Gumroad, qui facilite monétisation de contenus depuis le réseau social Twitter. Quantités limitées et périodes promotionnelles restreintes au menu.

 

Twitter Expert

Twitter, le bon élève - mkhmarketing, CC BY 2.0 

 

 

Les livres d'Amanda Palmer, The Art of Asking, de Chris Hadfield, You Are Here, et de The Onion, The Onion Magazine: The Iconic Covers That Transformed an Undeserving World, seront proposés dans le cadre de ce parternariat. Les titres seront vendus avec des bonus exclusifs, et les internautes pourront se les procurer sans avoir à quitter le réseau de microblogging. 

 

La campagne débutera ce 11 décembre, avec Palmer, qui proposera des pages manuscrites du livre originel, ainsi que des notes de l'éditeur, mais également de son mari – qui n'est autre que Neil Gaiman. L'astronaute Chris Hadfield poursuivra la promotion, le 15 décembre avec une photo aérienne inédite. Quant au magazine satirique et parodique, The Onion, il proposera des couvertures insolites.

 

Sahill Lavingia, fondateur PDG de Gumroad, est particulièrement enthousiaste de cette collaboration. « Nous avons été impressionnés par l'engagement de Hachette, dans l'exploration de nouvelles opportunités pour faire gagner de l'argent à leurs auteurs, et de toucher les lecteurs au travers du commerce social. » 

 

Quant à Michael Pietsch, CEO de Hachette Book Group, Twitter représente la prochaine étape naturelle dans la vente en ligne. Et Gumroad, fort de son succès avec des labels de musiques et des artistes, s'est imposé comme un partenaire d'envergure. 

 

Trouver des alternatives au monopole

 

Pour Palmer, l'idée qu'Amazon devienne un canal de vente unique n'est pas vraiment une idée qui l'emballe. « Donner aux gens une alternative à Amazon est gratifiant », assure-t-elle. Il est vrai que l'initiative Bookish, impulsée par Hachette, avec d'autres éditeurs, a pour le moment été un véritable échec, au point que ce réseau social a été revendu, et finalement arrêté par son repreneur. 

 

Penser que Twitter puisse devenir un futur ebookstore, et que l'éditeur passe par un prestataire pour ce faire – avec 5 % de commission, et 25 cents de frais fixes par vente – montre que l'éditeur recherche également des solutions pour se séparer d'Amazon. Quand bien même un accord a été passé avec la firme de Jeff Bezos, il reste préférable de disposer de solutions tierces pour diffuser ses ouvrages. 

 

À ce jour, Gumroad dispose de près de 16.400 abonnés sur son fil Twitter, avec un nombre de tweets particulièrement bas. À ce jour, la structure possède actuellement 35.000 ebooks et comics numériques, avec également 8000 films et 15.000 titres musicaux. Il dispose également d'une application iOS et la version Android est encore en cours de construction.

 

En revanche, dans le choix des auteurs, c'est tout autre chose : Amanda dispose de plus d'un million de followers, et son mari Neil, en compte plus de 2,11 millions. Chris dispose de 1,2 million de followers et The Onion, de 6,62 millions. Autrement dit, ce sont des acteurs qui possèdent une forte influence sur ce réseau, et leur participation à l'opération marchande pourrait avoir une réelle signification.

 

FBI, Fausse Bonne Idée ?

 

Le problème rencontré est que Gumroad, financé par une levée de fonds de 8,1 millions $, en 2011, n'a pas vraiment réussi à monétiser son service et gagne encore peu d'argent. 

 

Difficile d'avoir des retours d'expériences suffisamment significatifs pour savoir si cette solution de vente est réellement pertinente. Au risque de jouer les Cassandre, on imagine mal que Twitter puisse apporter des revenus significatifs pour un éditeur – et qui plus est un groupe comme Hachette Book. Il faut tenter, certainement, et après tout, puisqu'il ne s'agit que d'une commission prélevée, avec des acteurs minutieusement choisis, le risque est moindre.

 

Simplement, un pareil accord donne vraiment l'impression de courir après la moindre solution, pourvu qu'elle permette d'échapper à Amazon, et qu'elle ouvre de nouvelles sources de revenus. Moins une bonne idée, que l'expression d'une certaine angoisse. Voire d'une situation un brin anxiogène. Le conflit avec Amazon a laissé des traces que l'on n'effacera qu'avec beaucoup de temps...