Hadopi : Sarkozy se repent, mais n'en démord pas

Clément Solym - 28.04.2011

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Nous y sommes. Le Conseil national du Numérique s'ouvre et le président Sarkozy revient sur toute l'aventure Hadopi. Voilà quelques jours, un petit-déjeuner informel avait déjà donné le ton. Au menu, café, thé et petits croissants, mais aussi un tout autre repas...

Dix-huit invités conviés, mais quinze répondants, pour évoquer le G8, Hadopi et sa consoeur Loppsi, ainsi que la présidence du CNN. Un G8 qui se déroulera à Deauville, avec pour trame de fond, le droit d'auteur, en présence du ministre de la Culture. Et sur les liens entre le CNN et Hadopi, Nicolas Sarkozy fait presque amende honorable : « Le Président nous a fait comprendre qu'il n'avait pas, malgré l'existence de ministère dédié, eu forcément les bonnes alertes », rapporte un témoin. Et un autre d'ajouter : « En gros, il nous a dit que si le CNN avait existé, il n'aurait pas fait Hadopi comme il l'a fait. » (via La Tribune)

Non, rien de rien, non je ne regrette rien...

Cependant, le président ne remet nullement en question l'avènement de la Haute Autorité. Il admet bien une part d'erreur dans le processus, et accepterait une révision 3 voire 4 de la loi, pour dépasser la première Hadopi. « L'intuition que j'avais, c'est qu'on ne pouvait pas [abandonner] les créateurs. Peut-être que la maladresse a été de donner le sentiment que vous [entrepreneurs de l'internet] étiez attaqués. » (via Nouvel Obs)

Pour autant, son soutien reste entier, atteste un communiqué de l'Élysée. « Ni le bien-fondé de l'action de l'Hadopi, ni la nécessité d'une lutte déterminée contre le piratage, n'ont donc été mis en doute par le président de la République qui n'a jamais fait état, contrairement aux termes employés par certains médias, d'une remise en cause de ce dispositif. Le chef de l'État a souligné tout au contraire son souci de faire partager la préoccupation de la France en ce domaine par ses partenaires du G8 à l'occasion du prochain sommet de Deauville. »

Dont acte ?

En fait, le président, s'il admet les erreurs, ne revient pour autant pas sur le principe même. Au contraire des socialistes qui souhaiteraient plutôt en finir avec une « chasse aux 'pirates' vaine et contournable ». Et avec la logique de répression. Le député Patrick Bloche avait été ferme sur ce point : « L'abrogation d'Hadopi est à nos yeux utile car si cette loi n'est pas la menace qu'espéraient ses promoteurs, ses dispositions demeurent dangereuses pour les individus que nous sommes. Le délit d'indulgence caractérisé qu'elle a instauré est inacceptable. Cette loi n'est issue que de la tentation d'instaurer des dispositifs répressifs de masse, avec l'idée de faire peur et de provoquer d'un coup d'un seul une mutation des usages des internautes, pour les amener, terrorisés par Hadopi, à faire usage des sites légaux. Ce qui est un échec, prévisible, mais cuisant. »

Le tout, alors que les Lbas d'Hadopi s'apprête à discuter femerment du livre numérique... (notre actualitté)

Ce même Patrick Bloche qui hier réagissait, estimant que Sarkozy reprenait les arguments du PS. « Après avoir prétendument pris fait et cause pour les titulaires du droit d'auteur et des droits voisins il y a trois ans sans néanmoins créer de rémunération nouvelle, Nicolas Sarkozy se veut aujourd'hui préoccupé par le sort des acteurs économiques de l'Internet par pur opportunisme. »

Et quid du CNN ?

« Ma conviction est qu'Internet est un territoire sans limite dont les frontières ne peuvent être réglées uniquement par le droit, la régulation ou le lien d'autorité car (ils) peuvent à tout instant être remis en cause par l'innovation technologique et les usages », explique le président dans son discours.

D'ailleurs, l'occasion fut donnée de dévoiler la grande liste des participants (via Clubic) :

Gilles Babinet (CaptainDash, MXP4, Eyeka),
Patrick Bertrand (Directeur Général de la Cegid et président de l'Afdel),
Jean-Baptiste Descroix-Vernier (Rentabiliweb),
Giuseppe De Martino (Dailymotion.com, vice-président de l'Asic),
Frank Esser (SFR, président de la Fédération Française des Télécoms),
Emmanuel Forest (Bouygues Telecom),
Gabrielle Gauthey (Alcatel-Lucent),
Pierre Louette (Orange),
Daniel Marhely (Deezer.com),
Alexandre Malsch (Melty.fr),
François Monboisse (Fnac.com, président de la Fevad),
Xavier Niel (Free),
Jean-Pierre Remy (PagesJaunes.fr),
Marie-Laure Sauty de Chalons (AuFéminin.com),
Marc Simoncini (Meetic.com),
Jérôme Stioui (Directinet et Ad4Screen),
Bruno Vanryb (Avanquest Software, président du collège Éditeurs de logiciels du Syntec Numérique),
Nicolas Voisin (Owni).