Hadopi : une offre légale nativement accessible pour publics empêchés de lire

Laure Besnier - 14.12.2017

Lecture numérique - Usages - Hadopi Livres numériques - Livres nativement accesible - Livres empêchés lire


Alain Lequeux, administrateur au Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (GIAA), a été missionné par Hadopi pour produire un rapport qui étudie comment favoriser l’édition de livres numériques nativement accessibles. Il détaille pour nous l'état de la situation et des solutions existantes. 


(photo d'illustration, albertizeme, CC BY-NC-ND 2.0)



Si les livres numériques ne sont pas accessibles à tous, c’est en grande partie à cause des DRM (Digital Rights Management ou MTP, Mesure Technique de Protection, en français). Ces outils sont utilisés pour protéger une oeuvre numérique sous droit d'auteur et apposés sur différents supports afin, idéalement, de limiter la diffusion illégale. Or, les DRM limitent, voire rendent impossible la copie et l’utilisation du livre numérique sur plusieurs supports : pour les personnes handicapées, cela revient à empêcher l'usager des appareils de lecture spécifiques, comme les lecteurs de livres audio Daisy. 

Pour ces publics empêchés, impossible de contourner les DRM – à l'exception d'usagers très « habiles » et« technophiles ». Il leur faut surtout lire des livres sur iPhone, lequel dispose de logiciels intégrés et d'un lecteur vocal de l’écran qui permet une lecture dans de bonnes conditions, indique Alain Lequeux. Cependant, 2/3 des personnes aveugles ou très malvoyantes perdent la vue après 60 ans. Le recours à des équipements modernes est rare, et par conséquent,  « quasiment personne ne lit les ouvrages du commerce, car ils ne sont pas accessibles. »
 

Pour favoriser l'offre légale, l'Hadopi régule
les DRM du livre numérique


Seule solution viable pour le moment : adapter les ouvrages. Dans le cadre de l’exception au droit d’auteur en faveur des personnes handicapées : les organismes agréés demandent les fichiers à la BnF ou aux éditeurs, afin de les adapter en fonction des différents besoins des personnes empêchées. « C'est ça l'essentiel de l'accès au livre pour les personnes handicapées », explique l’administrateur du GIAA, « Actuellement, il y a 5000 titres sur 50.000 sortis chaque année qui sont adaptés. Cela représente 5 à 7% des fonds documentaires. Et je ne parle pas de rattraper le passé, ça c'est encore un autre sujet. »
 

Promouvoir l'EPUB3 auprès des éditeurs


Il fallait précédemment détenir une carte d’invalidité avec un taux de 80% ou un certificat ophtalmologique pour bénéficier de cette exception. Depuis une récente modification législative, la personne empêchée de lire doit se munir d’une attestation ou d’un certificat médical attestant de son handicap.

Alors, si l’on développe l’offre légale nativement accessible, sans avoir besoin de passer par l’adaptation des fichiers, « on peut passer à 10, 20 à 30% de livres accessibles. » pour les personnes empêchées de lire.

Alain Lequeux réfléchit à cette question. Pour Hadopi, il rédige un rapport qu’il espère achever début 2018. Dans ce cadre, il a rencontré des éditeurs et d'autres partenaires, tels que la BnF, pour comprendre les conditions nécessaires à ce développement. Il est arrivé à quelques conclusions. Selon lui, il faut encourager les éditeurs à fournir des livres répondant à certains standards, pour l’EPUB3.
 

Un programme pour certifier l'accessibilité
des livres numériques


Quels sont ces standards ? « Si vous avez un livre, pour le lire facilement, il faut qu'il soit structuré. Si vous avez des images significatives, des graphiques ou encore des schémas, il doivent être décrits. Ce sont des règles d'accessibilité indispensables pour assurer une bonne conversion des ouvrages et leur lecture sur les appareils DAISY par exemple. » répond Alain Lequeux. 

Pour illustrer le propos, prenons le cas des fichiers PDF : « Au début avec le PDF, c'était le même sujet. Au lieu de mettre des balises signalant les titres, on mettait les titres des gros caractères pensant que les personnes allaient voir que c'était un titre. Lorsque je lisait un PDF avec deux colonnes, mon appareil me lisait toute la ligne : sans balises signalant la colonne de gauche et la colonne de droite, il ne pouvait rien identifier. Il faut que cela soit bien respecté et que les informations graphiques soient commentées, si nécessaire. »
 

Des livres en ligne nativement accessibles, une réalité ?


« C’est compliqué, ça va dépendre des personnes handicapées. Si vous avez des personnes âgées, très empêchées, elles risquent de ne pas utiliser l'ordinateur pour aller télécharger ces ouvrages. Des gens qui se débrouillent bien en informatique pourraient aller en chercher, sous réserve qu'ils soient rendus accessibles. Et, sur le plan pratique, ce qui sera rendu accessible, c'est sûrement les romans, les textes au kilomètre. » En effet, plus difficile à imaginer pour les livres scolaires par exemple, qui contiennent cartes, schémas ou encore tableaux et nécessitent une adaptation particulière et personnalisée en fonction des handicaps. 
 

Édition inclusive : “L’accessibilité doit intervenir
d’un bout à l’autre de la chaîne du livre”


Mais l’on peut tout de même rêver au pourcentage de 90% des livres numériques respectant les règles d’accessibilité, à l’avenir, espère l’administrateur au GIAA. Seul hic : l’accessibilité aux sites internet, qui ne fait pas partie des missions d’Hadopi.

Cependant, pour Alain Lequeux, le plus important c’est de résoudre les problème de DRM : « Je crois davantage à la diffusion de livres nativement accessibles qui auraient été labellisés, car il faut encore qu'on sache que ce soit accessible. Dans ce cadre, le plus simple est de les diffuser en bibliothèque, ou par des portails dédiés, puis dans un second temps, par des libraires qui s'intéressent au sujet et qui produisent un portail accessible. Il faut d’abord proposer des livres accessibles pour qu’économiquement, il y ait un intérêt à ouvrir un site accessible. » 

Alain Lequeux travaille encore sur son rapport. Quand nous l’avons rencontré, il s’intéressait notamment aux livres scolaires pour les personnes dys et attendait des retours d’éditeurs pour faire des tests de fichiers. L’administrateur au GIAA nous a aussi précisé la « forte volonté des pouvoirs publics » de prendre en charge ce sujet, d’où l’importance de son travail. 


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