Haro sur l'autoédition, sous prétexte de lutter contre la pornographie

Clément Solym - 21.10.2013

Lecture numérique - Usages - pronographie - autoédition - livres numériques


L'apocalypse approche, faisant suite à l'affaire WH Smith/Kobo. La semaine passée, le libraire mettait son site de vente hors ligne, le temps de le nettoyer de tous les ebooks auotédités que Kobo y distribuait. Problème, et de taille, ces ouvrages incluaient du porno hardcore, avec scènes de viol, inceste, etc.. 

 

 

 

 

Pour WH Smith, la seule solution passait par la disparition momentanée du site, mais toute la semaine, les réactions les plus diverses ont fusé. Ainsi, une pétition signée par plus de 14.200 auteurs s'estimant injustement lésés alimente le feu de l'enfer. Orna Ross, président de l'Alliance of Independent Authors s'étonne que les deux partenaires ne disposent pas de systèmes plus fiables pour le contrôle des fichiers. « Tout le monde sait que ces livres sont sortis, et que des gens les ont achetés, faisant en sorte que tout arrive. Si vous êtes sur le point de vendre des livres autoédités, vous avez besoin d'un filtre. Ceci aurait pu être évité. »

 

Quant à la pétition, elle apostrophe directement les plus grands patrons du secteur, à commencer à Jeff Bezos, PDG d'Amazon ou Michael Serbinis, PDG de Kobo et Leonard Riggio, directeur exécutif de Barnes & Noble. Et son interrogation est légitime : comment peut-on proposer des produits pour adultes et dans le même temps, supprimer les oeuvres de fiction  ?

 

On fait le ménage par le vide

 

Kobo a suspendu temporairement les flux contenant les titres incriminés, considérant qu'il fallait parer au plus urgent. Par la suite, un examen approfondi des différentes oeuvres du catalogue a été effectué, pour s'assurer que tous les contenus commercialisés respectaient les conditions d'utilisation définies. Mais le mal était fait. Il est va de même pour Amazon, qui s'est contenté, sans esclandre, de retirer les livres numériques de la vente, alors que sa plateforme Kindle Direct Publishing compte le plus grand nombre d'ebooks autoédités au monde. La société évoque des milliers de livres déjà retirés, depuis la création de son service, et promet d'affiner plus encore son outil, pour contenter tout le monde. 

 

Or, quand on évoque l'autoédition, et la distribution d'ebooks d'auteurs et d'éditeurs indépendants, impossible de ne pas songer à Smashwords. Mark Coker, interrogé par le Guardian, assure que ce type de contenus est extrêmement rare, bien qu'il existe toujours un risque de voir une oeuvre passer au travers des mailles du filet. « Notre communauté d'auteurs et de clients, pour la boutique de Smashwords, est vigilante, de même que nos partenaires et leurs clients. » 

 

Mais il note surtout que les personnes qui ont proposé ces livres en ont beaucoup dévoilé sur leur propre identité, et leur nature. De même que les clients sont un peu plus ciblés, avec ce type d'achats. Mais Orna Ross n'accepte pas que l'on ne s'en prenne qu'aux auteurs autoédité dans cette histoire. « Si les gens veulent s'attaquer au problème, ils devraient examiner la pornographie à travers le commerce et l'autoédition. C'est une mauvaise réponse à ces questions que de pratiquer le filtrage de l'érotisme et de la pornographie, et c'est préjudiciable aux auteurs autoédités, tant dans leurs moyens de subsistance que leur réputation. »

 

Bien entendu, elle comprend que le retrait des oeuvres illégales ait été appliqué, mais supprimer tous les livres d'auteurs indépendants était une attitude débile. « Autant les indépendants que les éditeurs traditionnels ont misé sur la pornographie. Avons-nous oublié que le livre publié le plus vendu l'an passé était Fifty Shades of Grey, un roman SM ? »