Hollande, les créateurs, et la culture numérique

Clément Solym - 03.03.2012

Lecture numérique - Législation - François Hollande - Hadopi - exception culturelle


La guerre numérique que les candidats semblent se livrer depuis des mois montrerait que François Hollande est peut-être mieux conseillé. Pourtant, le candidat socialiste ne minimise pas l'importance du piratage ni ne minore les conséquences de cette pratique. En fait, le candidat socialiste est convaincu d'une lutte nécessaire contre les sites de contrefaçon, mais refuse Hadopi comme la bonne solution.

A l'occasion d'une tribune publiée dans LeMonde.fr, François Hollande donne le ton : « A l'heure où de nouvelles industries culturelles se développent sans cesse, il est temps de mettre en œuvre une politique cohérente et juste, qui fasse de la révolution numérique un vecteur d'émancipation individuelle et collective, un modèle de développement économique et une opportunité pour la culture. »

 

Internet, terre d'accueil et d'asile


Et c'est sur cette ambiance de développement qu'il souhaite s'appuyer pour organiser les Assises européennes des industries culturelles sur internet, en cas de victoire aux élections. Ainsi, « la gauche soutient le droit des auteurs, tant moral que patrimonial, aujourd'hui comme hier. C'est, dans la lignée de Beaumarchais, frondeur et auteur contestataire,notre philosophie. Elle n'en changera pas. Disant que la jeunesse est aujourd'hui ma priorité, j'ai parlé d'une "génération création". Je veux être cohérent avec ce choix ».

 



Internet représente la diffusion, la liberté de création et de partage, le bond dans le sens de la création, ajoute le candidat. Pour autant : « Nous avons besoin d'adapter notre législation pour prendre en compte les évolutions technologiques, si rapides que toute nouvelle loi est très vite obsolète. La télévision connectée demain, le rôle des fournisseurs d'accès, la place des hébergeurs, le développement du stockage de données numériques "dans les nuages", autant d'enjeux industriels et culturels majeurs qui constitueront nos priorités si la gauche vient aux responsabilités. »

Et alors qu'Internet est un espace commun, la protection des auteurs reste primordiale. « Nous soutiendrons et rendrons plus efficaces les actions judiciaires visant à tarir à la source la diffusion illégale des œuvres protégées. Nous combattrons ces plateformes délocalisées et incontrôlables qui déversent des contenus culturels sur le réseau sans jamais participer à leur financement. De la même manière qu'on ne peut plus laisser prospérer un marché financier dérégulé, on ne peut pas non plus accepter un marché numérique sans maîtrise, dont toutes les parties, créateurs comme usagers, seraient finalement lésées. »

Une répression seule ne pourrait parvenir à être efficace dans cette entreprise. Pour Hollande, il est tout à la fois primordial de défendre l'activité intellectuelle et créative, mais également d'assurer à cette économie, un contexte essentiel à son épanouissement. Et parmi les mesures, François Hollande propose « soutien à la production et à la création, gestion collective des droits, adaptation et protection de la chronologie des médias, lutte contre les contrefaçons, rémunération pour copie privée, défense des plateformes numériques innovantes ».

 

Les organisations d'auteurs applaudissent


Des déclarations qui, en dépit du week-end approchant, n'ont pas laissé de marbre les organisations professionnelles d'auteurs. L'Adami et la SCAM ont ainsi salué l'intervention de François Hollande, soulignant que « certaines de ses propositions : gestion collective sur internet, développement de l'offre légale et réforme de la copie privée notamment, correspondent pleinement à leurs aspirations ». Mais surtout, on se félicite que la vocation ne soit plus d'abroger la loi Hadopi mais de la perfectionner, pour la rendre plus compétente.

« François Hollande continue cependant de réduire l'Hadopi à une loi répressive alors que, selon la Scam, la réponse graduée est la première véritable action pédagogique envers le grand public », ajoute-t-on toutefois, et il s'agit d'un « acquis qu'il ne faut pas remettre en cause ».

 

Retrouver les livres de François Hollande



Citée par l'AFP, la SCAM déplore néanmoins que « la place de la culture dans la campagne électorale se résume à un pour ou contre Hadopi alors que tant de sujets relatifs à la place de culture dans la société attendent des réponses : la politique du livre et de la lecture, l'éducation artistique, la rémunération pour copie privée, le développement des offres légales, la place de l'auteur, les ambitions et les moyens de l'audiovisuel public, l'ambition culturelle de l'Europe ».

Cette idée de revaloriser « l'exception culturelle », dans un Acte II, comme l'avait appuyé le candidat, fait le bonheur de ces organisations professionnelles, qui y voient une déclaration d'intention louable.