iBooks et iTunes Film frappés par la censure chinoise

Orianne Vialo - 25.04.2016

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Alors que la Chine représente le plus grand marché d’Apple après les États-Unis, le service d’Administration de la Presse, de la Radio, des Films et de la Télévision (SARFT) a pris la décision de fermer l’accès des plateformes d’Apple, iBooks et iTunes Films, sept mois à peine après que les services aient été mis à disposition des internautes chinois. Cette décision a été prise à la suite de l’application en vigueur, le mois dernier, des nouvelles règles régissant la publication de contenus sur Internet en Chine mises en place par le ministère de l’Insdustrie et des Technologies de l’Information.

 

Cette clôture inattendue des services Apple en Chine fait suite à la diffusion du film controversé Ten Years sur la plateforme iTunes Film du géant américain, alors qu’il était interdit en Chine. L’œuvre cinématographique a pourtant été récompensée « meilleur film de l’année » lors de la 35e cérémonie des Hong Kong Film Awards, le 3 avril dernier.

 

Ce récit d’anticipation très critique à l’égard de la Chine dépeint le tableau politique et social de Hong Kong en 2025, où les protestations radicales et l’aliénation sociales sont omniprésentes. Les chaînes de télévision chinoises ont même renoncé à diffuser la cérémonie, contrairement à la coutume annuelle, du fait de la présence de Ten Years parmi les lauréats au prix. 

 

Apple a indiqué, dans un communiqué, qu’il souhaitait rétablir les services désactivés « dès que possible ». 

 

Dans une interview accordée au New York Times, le cofondateur du groupe Rhodium, une société de conseil spécialisée dans l’économie chinoise basée à New York a déclaré : « Ils veulent à tout prix contrôler le contenu des publications que les Chinois peuvent voir. Ils souhaitent avant tout faire prévaloir les géants chinois, tels que Huawei, Alibaba et Tencent, au détriment des compagnies étrangères. » 

 

Le président chinois, Xi Jinping, a organisé mardi dernier une réunion à Beijing portant sur les politiques restrictives de la Chine, appliquées sur Internet. Les leaders du marché technologiques dans le pays, tels que Jack Ma, le président de l’entreprise de commerce électronique Alibaba, et Ren Zhengfei, directeur de Huawei, étaient présents à la réunion. Mais Apple n’y était pas représenté. 

 

Rappelons qu’en mars dernier, le président Xi Jinping déclarait que la Chine accepterait des sociétés Internet étrangères aussi longtemps qu’ils respectent les lois et règlements chinois.

 

Une année difficile pour l'édition chinoise

 

Cette année fut mouvementée pour l’édition chinoise. En octobre dernier, Richard Charkin, président de l’International Publishers Association (IPA) a voté pour l’adhésion de l’Association des éditeurs de Chine (PAC) à l’IPA.

 

L’adhésion de la PAC a été validée en dépit d’avis plus réservés, à l’image de celui du PDG du groupe Hachette, Arnaud Nourry, qui a demandé à Richard Charkin : « J’espère que vous saviez ce que vous faisiez quand vous avez soutenu la demande de la Chine à devenir membre de l’IPA, à Francfort, l’année passée. Ce fut une initiative généreuse et optimiste, et ces deux qualités sont mes favorites. J’espère que nous serons toujours aussi à l’aise avec elles dans les mois et les années à venir. » 

 

Pour certains, la PAC ne serait en effet pas en mesure de respecter les normes de l’IPA, car il s’agit d’une organisation parrainée par l’État, entièrement redevable à la volonté de la direction du Parti communiste. 

 

Les événements des derniers mois semblent appuyer et soutenir ces préoccupations, à l’image de la controverse actuelle avec Apple. Bien qu’il soit certainement possible que l’IPA soit en mesure de guider leurs collègues chinois vers un rôle plus indépendant au sein de l’État chinois (comme ce fut le cas lorsque l’Arabie Saoudite a été acceptée en 2009).

 

À l’époque, l’association se défendait de vouloir inclure la Chine et l’Arabie Saoudite à part entière au sein de l’IPA car « l’Union souhaite travailler de plus près avec des deux pays afin de les pousser aux changements ». 

 

(via South China Morning PostMhpbooks)