Impact de l'Hadopi sur les sites de P2P : le président du SNEP répond

Clément Solym - 19.01.2012

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Le président du Syndicat National de l'Edition Phonographique a souhaité réagir suite à la publication de notre article intitulé Pascal Nègre constate les bienfaits de la Hadopi.

 

"Cet article se contente de reprendre les propos de M. Sophian Fanen tels que figurant dans son l'article publié sur le site de Libération, intitulé « Pascal Nègre, le grand frère qu'il ne faut pas écouter ».
M. Fanen prétend dans son article que Pascal Nègre aurait affirmé plusieurs contrevérités et/ou approximations qu'il entend dénoncer.


Toutefois, force est de constater que les arguments déployés par M. Fanen sont inexacts ou relèvent d'une présentation tendancieuse comme il le sera démontré ci-après.
Tout d'abord, M. Fanen conteste la baisse du marché de la musique enregistrée en France, telle qu'évaluée par Pascal Nègre (environ -3.5%), en utilisant les chiffres du SNEP à fin octobre 2011 qui faisaient état d'une baisse de -5.6%.


M. Fanen omet de signaler que depuis le troisième trimestre 2011, le marché a évolué. Fin novembre 2011, le marché de la musique enregistrée était bien en baisse de 3.7% par rapport à l'année précédente.
M. Fanen fait également dire à Pascal Nègre que les ventes digitales ont connu aux Etats Unis une progression de 50% au cours de l'année 2011. Ce chiffre est inexact, mais le président d'Universal n'a jamais affirmé de tels propos.
Il s'est contenté de rappeler que la part de marché du numérique était de plus de 50% en 2011 aux Etats Unis.

 


C'était d'ailleurs le cas pour le marché américain en 2010. La nouveauté réside dans le fait que le marché américain a connu pour la première fois, depuis plusieurs années, une évolution positive : désormais l'augmentation des ventes digitales aux Etats Unis permet une progression globale de ce marché malgré la baisse des ventes physiques.

Il est donc faux d'affirmer, comme le fait M. Fanen, que « le CD, même moribond, représente toujours la majorité des revenus de la musique aux Etats Unis… ».
En ce qui concerne la Suède, il est incontestable qu'un suédois sur neuf a souscrit un abonnement à un service de musique en ligne.


M. Fanen tente de minorer cet aspect en citant une étude selon laquelle seuls 55 % des abonnés à Spotify se connecteraient tous les jours à ce service. Outre le fait que cette information ne contredit pas les déclarations de Pascal Nègre sur le nombre d'abonnés à un service de musique en ligne en Suède, on peut légitimement s'interroger sur sa pertinence
En effet, faut-il se connecter tous les jours à un service de musique en ligne pour être considéré comme un utilisateur régulier de ce service ?


Il y a là un débat sémantique entre « quotidien » et « régulier » que je laisse à l'appréciation de M. Fanen mais aussi des utilisateurs de musique en ligne qui désormais devront se connecter à leur service tous les jours pour être considérés comme des vrais amateurs de musique en ligne.
M. Fanen conteste le fait que le marché du numérique en France est un marché mixte, composé de revenus issus du téléchargement et de l'abonnement, et que ce marché progresse d'environ 25 %.
Pour étayer ce propos, M. Fanen invoque l'augmentation du marché du numérique en France pour le seul troisième trimestre 2011 qui était de 6.7%.


Cette analyse est là encore tendancieuse étant donné que M. Fanen omet (sciemment ?) de faire état de la progression du marché numérique sur les 9 premiers mois de l'année.
Or, on observe qu'à fin novembre 2011, les revenus du téléchargement ont progressé de 15.6%, ceux des sonneries téléphoniques ont baissé de 17.4% alors que les revenus de l'abonnement et du streaming ont progressé respectivement de 89.4% et de 50.2%.

En cumulé, nous avons bien un marché du numérique qui progresse de 24.2 % à fin novembre 2011 (sa progression était à fin octobre 2011 de 23,1 %).


Ce marché est composé pour la moitié de revenus issus du téléchargement à l'acte et pour plus du tiers de revenus issus du streaming payant ou gratuit.
Il s'agit donc bien d'un marché à revenus mixtes qui connaîtra une progression d'environ 25% pour l'année 2011 comme le souligne Pascal Nègre dans son interview.
M. Fanen tente de minorer la baisse de la production locale depuis 2003 en lui opposant le développement des producteurs indépendants.


Dans son élan, M. Fanen oublie néanmoins de vérifier la réalité de cette prétendue tendance. Malheureusement, les producteurs indépendants ont eux-aussi moins investi dans la production locale depuis 2003.


D'après les chiffres communiqués par l'UPFI (syndicat qui ne représente que des producteurs indépendants en France), le nombre de productions indépendantes a chuté de 54 % entre 2004 et 2010.
Mais rassurons-nous, d'après M. Fanen, les artistes qui ont perdu leur contrat pourront désormais s'autoproduire sur Internet et ainsi se faire beaucoup d'amis sur Facebook…
S'agissant de l'évolution des audiences des services en ligne illicites et licites, les chiffres avancés par Pascal Nègre n'ont rien d'ésotériques et proviennent de Nielsen.


D'après Nielsen, entre octobre 2010 et octobre 2011 le nombre de visiteurs uniques des services P2P en France est passé de 6 à 4 millions, soit une baisse de 29 %. Dans le même temps, les services légaux ont gagné 2 millions de visiteurs uniques dont 800 000 pour les sites de streaming et 1.2 million pour les plateformes de téléchargement.


M. Fanen y voit peut être une coïncidence, on est en droit toutefois de s'interroger sur l'impact qu'a pu avoir la mise en œuvre de la loi Hadopi, initiée en octobre 2010, sur ces changements radicaux.
Une chose est néanmoins certaine, en voulant se faire le porte-voix des détracteurs de Pascal Nègre, M. Fanen n'a réussi qu'à alimenter le bêtisier sur l'industrie de la musique religieusement entretenu par certains cuistres de la blogosphère."