Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

In-Folio, le portail littéraire francophone du net, est mis en vente

Clément Solym - 24.05.2017

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L'éditeur Jean-Marc Bastardy jette définitivement l'éponge. N'ayant pas réussi à fédérer les acteurs publics autour d'un projet de portail numérique littéraire gratuit ni à trouver les financements nécessaires pour en assurer un développement pérenne, il stoppe le portail In-Folio. Et propose au mieux disant, sous forme d'un pack unique, 198 noms de domaine réservés patiemment depuis 2012 pour son projet. Une liste qui regorge de petites pépites : vente ouverte jusqu'au 31 mai 2017 à minuit !

 


 

 

Actualitté : In-Folio, c'est donc fini ?


Jean-Marc Bastardy : Grosse fatigue ! Je pense que je suis allé au bout de ma démarche militante personnelle commencée en 2009, par exemple avec les opérations J'aime mon libraire, la Pause Amazon ou encore la plateforme Librairie Francophone. J'y ai laissé beaucoup de plumes. En fait, je suis vraiment dépité de constater que, hors des discours convenus et des sempiternelles déclarations vertueuses, les acteurs publics de la culture, de la filière du livre en particulier, ne s'engagent jamais concrètement pour soutenir des dispositifs opérationnels interprofessionnels indépendants des intérêts privés et des sphères d'influence.

Aucun dispositif de financement n'est aujourd'hui adapté aux besoins réels des nouveaux acteurs de l'économie culturelle. La puissance publique recule depuis 20 ans. Et c'est pourquoi, sans doute, le social libéralisme vient de s'imposer définitivement.

 

C'est assez étonnant de ne pas trouver de financements ou de partenariats pour ce type d'initiative qui relèvent de l'intérêt général ?


Jean-Marc Bastardy : C'est pourtant la réalité : je pense avoir sollicité à peu près tout le monde depuis trois ans, même, dernièrement, la BNF. L'idée initiale était de construire un portail public des littératures qui s'accommodait donc mal d'une idée de rentabilité (économique) au sens strict (ce qui n'est pas incompatible avec la notion d'équilibre budgétaire, CQFD !) ou d'un rapprochement avec des opérateurs privés.

Cette obsession de la rentabilité, même dans les projets culturels, où sont oubliés les calculs de rentabilité éducative et sociale — ainsi que la notion de biens culturels communs — fut la seule motivation de la réponse du CNL, par exemple, pour justifier le refus d'une subvention de fonctionnement parce : « En l'absence de modèle économique consolidé, sa viabilité est incertaine. »  Réponse assez inquiétante, sidérante au demeurant lorsqu'on examine tous les conflits d'intérêts qui règnent au sein de cet établissement et les décisions pour le moins hasardeuses et « non consolidées » qui furent prises dans le passé.

Je veux bien humblement, accepter des leçons de management, de gestion financière ou, même, de portage de projets de la part des honorables membres du CNL, mais compte tenu de mon parcours dans l'économie marchande auprès de grands groupes ainsi que de la création personnelle d'une dizaine d'entreprises en 30 ans, je reste dubitatif sur la notion de  « modèle économique consolidé » dans le cas d'un projet exploratoire de type culturel.

 

Je sens un léger ressentiment ?

 

Jean-Marc Bastardy : Un peu exaspéré sans aucun doute, mais plutôt lassé, dépité par tous les donneurs de leçons es cabinets, dont l'expérience opérationnelle est proche du zéro absolu. Ces décideurs en chambre vivent dans la théorie et les abstractions qui en découlent : ils sont bien incapables de créer la moindre valeur économique ou, ce qui est plus problématique en l'espèce, de la valeur réellement culturelle. Pour être subventionnée, la culture doit désormais avoir été adoubée, ou institutionnalisée.

Mais il est vrai que nous savons depuis peu qu'il n'existe pas de culture française (ou francophone ?), que notre langue même, le substrat de cette culture désormais invisible, sera bientôt oubliée par nos élites transnationales. Donc fatigué, oui, désormais impatient de me (re)concentrer sur mon petit nombril.

 

Concrètement, comment envisagez-vous cette cession ?
 

Jean-Marc Bastardy : C'est fort simple. Je ne pense pas qu'un opérateur public de la dernière heure puisse être intéressé par une reprise du projet global, c'est pourquoi je souhaite simplement amortir une partie de mes investissements (limiter mes pertes, pour le dire simplement) en vendant seulement les noms de domaine sous la forme d'un lot unique. Ces noms de domaine représentent un actif de valeur, une réelle opportunité pour un opérateur privé qui souhaiterait agir sur une partie du territoire numérique littéraire francophone.

 

En quoi ce lot représenterait-il un avantage concurrentiel pour la stratégie digitale d'un acteur privé ?


Jean-Marc Bastardy : Ce pack, patiemment construit depuis 2012, ne découle pas du simple hasard ou d'un achat impulsif ! Mais d'une volonté de préempter un large spectre de ce que j'appelle une territorialité digitale sectorielle, littéraire en l'occurrence, non pas pour la mettre au service d'intérêts particuliers dans le contexte d'In-Folio, mais bien pour la protéger des intérêts particuliers et tenter de la conserver au service du public.



 


Le repreneur éventuel bénéficiera immédiatement de cette stratégie de nommage matérialisée par ce pack unique. Couplé à des (micro) sites (espaces, applications, etc.) spécialisés (existants ou à créer), ce pack permet ainsi de bâtir tout un écosystème propriétaire dont la synergie logique entre différentes unités facilite et renforce une médiation dite premium : in fine, le recrutement ou la fidélisation de clients (et non plus de « citoyens » à informer). Cette captation est en effet optimisée par la création de trafic directe et indirecte, intelligente, non agressive, issue de ce maillage domanial. C'est là un principe de base du cross media, mais que j'ai poussé à l'extrême, qui est donc renforcé par une optimisation du mix SEM / DTC.

Trois ans de R&D, financée sur fonds propres, ça aide à comprendre un peu mieux la réalité digitale que les aimables conseils du CNL ! D'ailleurs les chiffres et les résultats sont là, même en phase de prédéploiement. Des sites en mode maquette, comme prixfemina.org (consacré à l'histoire de ce prix) par exemple, sont en tête des moteurs de recherche, sans aucune dépense publicitaire ; la porte centrale in-folio.org, pourtant sans aucun contenu ou effort promotionnel, attire tous les mois près de 10 000 visiteurs. Je précise que les noms de domaine du pack sont vendus brut, sans aucun service ni contenu, ce qui veut dire, par exemple, que pour le site prixfemina.org (et fr/com) ou prixgoncourt.org (et fr/com), les contenus éditoriaux actuels resteront la propriété d'In-Folio.

 

Quel est le processus pour se porter acquéreur ?


Jean-Marc Bastardy : Le plus simple possible : la meilleure offre financière sérieuse remportera le pack complet. Un contrat sera signé avec l'acheteur et le transfert de propriété interviendra sous une semaine. La liste est disponible à cette adresse. Et pour me contacter, jmb@in-folio.org.