Inde : le succès du numérique pour l'éducation

Camille Cornu - 15.10.2015

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À chaque rentrée scolaire, le prix des manuels à acheter soulève celui de l’accès à l’éducation. Une fois achetés, ces livres sont parfois très peu utilisés en classe, et, à l'inverse, des étudiants désireux d'acquérir un complément à leurs études peuvent se laisser rebuter par les tarifs. Pourtant, des alternatives existent et se développent grâce au numérique, notamment la vente par chapitre.

 

Electronic Book

Timo-Noko, CC BY-SA 2.0

 

 

De plus en plus, les éditeurs traditionnels de manuels scolaires proposent d’acquérir une version numérique de leurs ouvrages, ce qui permet aussi bien d’alléger les cartables des enfants que les budgets des parents.

 

En s’allliant aux nouvelles technologies, les éditeurs Indiens peuvent désormais proposer l’achat de leurs manuels chapitre par chapitre. C’est le cas des éditions Arihant, WordsWorth, Jangran Josh, Chronicle, McGraw Hill, et Kaplan and Macmillan, entre autres, qui ont déjà signé un partenariat avec iProf. 

 

Cette plateforme indienne vend du contenu éducatif pour un public allant de la primaire à l’université et semble rencontrer un franc succès. Son fondateur, Sanjay Purohit, l’explique par l’utilisation croissante des smartphones et l’extension  des zones Wi-Fi dans les écoles.

 

Sur ces plateformes, les étudiants peuvent également accéder à des cours mis en lignes par les professeurs les plus renommés du pays. L’accès à l’éducation se démocratise ainsi grâce au numérique, et les éditeurs traditionnels investissent pour offrir des solutions d’e-learning aux étudiants. Une étude montre que d’ici à 2017, les revenus des cours en ligne en Inde seront passés de 20 à 40 milliards $. Le public indien est également le second utilisateur de la plateforme américaine Coursera, en constituant 8,8% de ses utilisateurs de 2013.

 

Étendre ce procédé en dehors de l'éducation ? 

 

Ce succès du numérique et de la possibilité de vendre par fragments n'a pas échappé à Chiki Sarkar. Cette ancienne  employée de Penguin Random House India a décidé de fonder sa propre maison, Juggernaut, qui deviendra la première maison d'édition d'Inde de textes destinés à être lus sur smartphones.

 

Elle entend pouvoir donner la possibilité à ses lecteurs d'acheter les livres par fragments, ce qui leur permettrait d'oser acheter un livre sans investir une trop grosse somme en n'achetant d'abord que les premiers chapitres. A ceux qui lui reprocheraient de désacraliser le livre, elle répond dans une interview donnée au Business Standard que de nombreux romans du XIXe siècle ont d'abord été publiés chapitre par chapitre dans des journaux. 

 

Une incitation à n'écrire que des textes courts ? 

 

Alors que le milieu éditorial traverse une période difficile, le numérique permet à certains textes de continuer à exister et offre un accès plus démocratique à la culture et à l'éducation en permettant de baisser les coûts de vente. La fragmentation et l'achat d'un livre par chapitres semble s'inscrire dans cette logique d'accessibilité. 

 

Le fait qu'elle s'accompagne ici d'une fragmentation des textes pourrait permetttre d'éviter certaines dérives, mais n'est pas sans rappeler le mode de rémunération pratiqué par Amazon pour les auteurs autoédités avec le programme Kindle Direct Publishing, qui avait fait grincer des dents en proposant de rémunérer les auteurs à la page lue, certains s'inquiétant de l'impossibilité pour les textes plus longs de subsister dans ce modèle de rémunération.