Indisponibles.fr : les auteurs s'emparent du futur de l'édition

Clément Solym - 26.06.2012

Lecture numérique - Usages - oeuvres indisponibles - livres numériques - auteurs


Exclusif ActuaLitté : Indisponibles.fr, ce site à lui seul va incarner un bastion de résistance. Mais pas de cette passivité actuellement constatée, de la part d'auteurs déprimés par la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Non. Indisponibles.fr, c'est une initiative d'auteurs, motivés par un simple constat. « La loi est là, elle est votée et elle existe. On ne pourra pas la combattre, parce que les éditeurs, Gallimard en tête, la soutiendraient contre nous. Alors avec ce projet, nous allons simplement contourner la loi. Légalement, à bon escient, et intelligemment. »

 

David Queffélec peut se prévaloir d'une certaine expérience dans le livre numérique. Prenant part à la revue numérique Angle Mort, qui propose des oeuvres francophones ou traduites en science-fiction, fantasy, fantastique et autres, le livre numérique ne lui est pas vraiment étranger.

 

Aussi ancien chef de projet Edition numérique chez Jouve, David est aujourd'hui auto-entrepreneur consultant sur le sujet. Il réalise des interventions en médiathèques, et anime mensuellement à la Cantine Numérique Rennaise un Atelier 46 (conférences grand public) autour du sujet de l'édition numérique.

 

Parlementaires et députés ne déserteront plus leurs salles...

 

Faisant écho au billet de Thierry Crouzet, pour qui la solution passerait par la création d'un site, justement baptisé Indisponibles.fr, David a décidé de franchir le pas. « Mais il est peut-être possible de créer une asso d'intérêt public qui pourrait s'appeler indisponibles.fr, domaine étant à cet instant encore en vente, qui aurait pour seule fonction de verrouiller les textes indisponibles pour les remettre dans les mains de leurs auteurs. Pour cela, rien de très compliqué. Il ne s'agit pas d'éditer les textes aux petits oignons, ce qui est le travail des éditeurs, mais de les rendre disponibles, et dans ce cas un scan et un PDF suffisent », expliquait-il. (voir notre actualitté)

 

Dans la solitude de boueux champs de coton

 

Le contexte est particulièrement sensible : d'un côté, le CPE qui ne parvient pas à s'entendre avec le SNE autour du contrat d'édition numérique, de l'autre, la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles dont ont attend les décrets d'application pour début septembre. Sans oublier la rue de Valois, qui face au collectif d'auteurs, Le droit du Serf, n'était parvenu qu'à balbutier quelques explications guère convaincantes... Et au milieu, ne coule pas une rivière, mais le devenir des oeuvres numériques des auteurs, celles d'hier, d'aujourd'hui et de demain. 

 

A lire

Logique selon Valois : oeuvre 'Indisponible' ne signifie pas 'épuisée'

 

Mais David Queffélec, Yal Ayerdhal et Thierry Crouzet s'intéressent dans ce cas précis surtout à celles d'hier. « Le projet est en construction, mais il va se faire. Pour l'instant tout se passe sur du temps personnel, mais nous avons très envie que d'ici fin juillet, un ou deux ouvrages soient disponibles, pour amorcer la pompe », nous assure David. « En parallèle, rien ne nous empêche de publier également des ouvrages non encore publiés au format papier, en nous appuyant alors sur la coopérative pour tout le travail d'editing. »

 

La coopérative, ou l'union fait la force

 

Le projet ? Oui, cette plateforme Indisponibles.fr, qui s'inscrit dans une plus large perspective. On se souviendra que fin mai 2011, Yal Ayerdhal piquait une colère, et annonçait, durant les Imaginales, la création d'une coopérative réunissant 1500 ebooks, avec un traitement équitable. 

Le catalogue comprendra en premier lieu un fonds de romans et de bandes dessinées épuisés, issus d'anciennes collections telles que Le Club du livre d'anticipation ou Galaxie Bis. Ayerdhal ouvrira la maison d'édition avec « 25 titres au minimum, mais cela devrait tourner entre 50 et 100. » 

En un an, le catalogue devrait comporter 1 500 livres, en langue française ou anglaise, afin d'« occuper le terrain avant que les gros monstres aient convaincu tous leurs auteurs de signer des contrats d'esclaves ». (voir notre actualitté)

 

Mais à l'époque, si tout était prêt sur le papier, rien n'existait encore. « En fait, tout restait et reste encore à faire sur le plan technique. Avec cette coopérative, nous voulions tout attaquer d'un seul bloc. Maintenant, avec l'achat du nom de domaine, nous avons mis le pied à l'étrier. »

 

Indisponibles.fr, bientôt...

 

La plateforme, techniquement, consistera en un outil simple : un moteur de génération d'EPUB automatisé au maximum, et normé, de sorte qu'il permettra la commercialisation immédiate des fichiers numériques. « Pour le moment, on préfère mettre en place des liens pointant vers les ebookstores actuels, mais dès lors que toute la structure technique sera mise en place, on passera à la structure juridique, pour prendre contact avec les distributeurs, ePagine, Immatériel, Kobo, Amazon, et on tentera d'entrer dans l'iBookstore aussi. ».

 

Ça, c'est pour la part de développement. Mais en terme de contenu, les perspectives sont également très claires.

 

« Nous allons travailler sur deux types de rééditions. D'abord celles de livres dont les fichiers numériques existent, pour qu'ils puissent passer dans l'outil de conversion. Mais nous allons également travailler sur des textes dont on ne trouverait que des versions papier. Concrètement, nous allons procéder à la numérisation des livres papier, avec les passages de la reconnaissance de caractère puis la relecture. Pour cela, nous monterons nos propres outils, en fabricant des scanners qui nous faciliteront la vie. Pour la relecture on mettra peut-être les auteurs à contribution, ou alors, on instaurera un Wiki public, ce sont des composantes qui sont encore sujettes à discussion ». 

 

A lire

Oeuvres indisponibles : lettre ouverte à François Hollande

 

 

Le troisième point, le plus important, se raccroche directement à la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Aujourd'hui, la base de données de livres indisponibles doit être proposée par la BnF, mais seule la SGDL assurera une surveillance et avertira ses membres de la présence de leurs ouvrages dans cette future liste destinée aux scanners. « Nous pourrions alors surveiller la base de données qui sera ainsi proposée par la BnF, pour prévenir les auteurs. On espère qu'ils prendront part activement à cela, et nous aideront à contrôler, pour prévenir. » 

 

Pour mémoire, les auteurs dont les livres sont numérisés disposent de six mois pour demander le retrait de leur ouvrage. À condition, évidemment, d'être alerté…