Internet Archive rend aux contribuables les livres qu'ils ont payés

Antoine Oury - 16.04.2020

Lecture numérique - Acteurs numériques - bibliotheque urgence internet archive - internet archive droit auteurs - Brewster Kahle


Présenté comme une bibliothèque patrimoniale mondiale, le site Internet Archive met à disposition des ouvrages du domaine public. Mais pas seulement, ce qui lui vaut de sévères critiques des organisations d'auteurs et d'éditeurs : la plateforme prête aussi des ouvrages sous droits, qu'elle assure indisponibles au format numérique et au format imprimé, dans le commerce. Brewster Kahle, fondateur du site, a précisé l'esprit de la « bibliothèque d'urgence » récemment ouverte.

(photographie via Internet Archive)


Le 24 mars dernier, Internet Archive ouvrait sa « bibliothèque d'urgence », « [p]our répondre au besoin mondial et immédiat sans précédent d’accès à des documents de lecture et de recherche ». En temps normal, le site propose à ses utilisateurs inscrits d'emprunter des livres numériques, protégés par un DRM, pour une période de deux semaines. Un seul exemplaire est prêté à un utilisateur à la fois, avec des listes d'attente mises en place.

Les ouvrages prêtés sont des titres encore couverts par le droit d'auteur, mais indisponibles au format numérique et retirés du commerce en version imprimée, promet la plateforme. Les numérisations sont issues des fonds des bibliothèques partenaires d'Internet Archive, ou sont le fruit du travail de numérisation des équipes de la plateforme.

Pour la bibliothèque d'urgence, « Internet Archive suspendra les listes d’attente pour les 1,4 million de livres de notre bibliothèque de prêt » : les livres deviennent accessibles plus facilement, à un plus grand nombre de lecteurs. Déjà largement critiqué en temps normal, le service proposé par Internet Archive a immédiatement suscité des critiques de la part d'organisations d'auteurs et d'éditeur, dans le monde entier.
 

Répondre à un besoin temporaire et pressant


Dans la foulée des réactions courroucées des auteurs et éditeurs, un sénateur américain, le Républicain Thom Tillis (Caroline du Nord), s'était lui aussi interrogé sur les motivations et les bases juridiques de l'initiative d'Internet Archive. L'homme politique évoquait alors un « droit d'auteur d'urgence » que la plateforme aurait « unilatéralement » adopté.

Dans un courrier, Brewster Kahle, fondateur du site, répond aux inquiétudes du sénateur, mais sans vraiment dévier des explications habituelles avancées par le site internet. Selon lui, la bibliothèque d'urgence rend l'accès aux livres que les contribuables ont perdu avec les mesures de confinement et la fermeture des établissements de prêt.

« Vos électeurs ont payé des millions de livres auxquels ils n'ont actuellement pas accès. Selon les données d'une enquête de la National Public Library sur 2018-2019, les bibliothèques publiques de la Caroline du Nord abritent plus de quinze millions d'exemplaires de livres imprimés au sein de 323 succursales à travers l'État. Parce que ces établissements sont maintenant fermés et que leurs livres sont indisponibles, les acquisitions payées par les contribuables ne sont même pas disponibles pour ceux qui l'ont financé », indique Kahle dans un courrier mis à disposition par Publishers Weekly.

Brewster Kahle avance également quelques statistiques d'utilisation qui indiquent, d'après lui, que les usages restent à la marge et n'empiètent pas sur les revenus des éditeurs ou des auteurs. La plupart des livres empruntés ne sont lus qu'une trentaine de minutes et ouverts une seule fois, ce qui indique leur usage à des fins de recherche, et 90 % des livres empruntés ont été publiés il y a plus de 10 ans : 2/3 d'entre eux l'ont été au XXe siècle. D'après Kahle, aucun livre présent dans la bibliothèque d'urgence n'a été publié au cours des 5 dernières années.
 
Reprenant l'explication souvent avancée par Internet Archive, Kahle assure que les services proposés par la plateforme sont strictement conformes au fair use, une subtilité du droit d'auteur américain qui autorise certains usages affranchis du droit d'auteur, dans un cadre bien précis, pédagogique ou lié à la recherche.


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.