Si Internet rend (peut-être) les enfants stupides, il n'affecte pas leur cerveau

Clémence Chouvelon - 14.08.2015

Lecture numérique - Usages - Internet nocif - cerveau enfants - études


Il faut « plus de substance, et moins de sensationnel » aux études qui prétendent qu'Internet nuit au développement des enfants, selon des chercheurs de l’University College London et de l’Université d'Oxford. Contrairement aux affirmations de certains scientifiques, l’utilisation prolongée d’un ordinateur n’aurait pas d’incidence traumatique. Mais avec quelques nuances.

 

...next generation
(zeitfaenger.at CC BY 2.0)
 

 

La grande interrogation de Nicolas Carr, lancée en juin 2008, semble aujourd’hui trouver une véritable réponse scientifique. Partielle. « Est-ce que Google nous rend idiots ? », on l’ignore encore, mais internet ne semble pas affecter le cerveau des enfants.

 

Dans un article publié dans le British Medical Journal, les chercheurs visent particulièrement les récents travaux de la scientifique Susan Greenfield. Dans son ouvrage de 2014 Mind change : how digital technologies are leaving their mark on our brains, cette dernière soutient l'idée qu'Internet et les jeux sur ordinateur seraient nocifs pour le cerveau des enfants, mais également pour leurs émotions et leur comportement.

 

Les réseaux sociaux conduiraient, selon elle, à des interactions sociales pauvres, à peu d'empathie, et à un manque d'identité propre. Les jeux sur ordinateur réduiraient l'attention et rendraient agressifs, et les interactions en ligne avec d'autres personnes pourraient déclencher des comportements autistiques.

 

Les chercheurs cliniques se sont penchés, bistouri et clavier à la main, sur ces déclarations. Spécialistes de neuropsychologie, du développement mental, mais également de l’impact des technologies numériques sur la psychologie, ils redoutent que « les allégations de Greenfield ne soient pas basées sur une évaluation scientifique suffisante ». Même, ses déclarations iraient à l'encontre d'autres études menées sur le sujet. Et confondraient la cause et les conséquences. 

 

Par exemple, ce n'est pas l'utilisation d'Internet qui mène à des problèmes de santé comme l'obésité ou le diabète, mais le faible niveau d'activité physique associé à l'utilisation passive des technologies numériques. De même pour les jeux vidéo, qui n'altèrent pas directement les fonctions cognitives. Ce serait l'excès, et ainsi le déplacement des activités scolaires, qui seraient liés à la baisse des performances à l'école. Les réseaux sociaux et les jeux en ligne « renforceraient les amitiés existantes et la qualité des relations, bien que certaines personnes profitent plus de [ces effets] que d'autres ».