Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Internet : pseudonyme VS identité réelle

Clément Solym - 02.08.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - internet - anonymat - pseudo


Souvenez-vous d’un temps où apparaître sous votre véritable nom sur un forum, un blog, un réseau social ne vous serait jamais venu à l’esprit…Hé bien, peut-être que dans quelques années, nous serons passés dans une situation exactement contraire. Avec la pénétration saisissante du réseau social Facebook, utiliser sa véritable identité sur Internet devient une nouvelle norme. Il y a les pour et puis il y a les contre...

Du côté des pour, il y a bien sûr celui qui est à l’origine de ce mouvement de fond, impensable il y a encore quelques années, Mark Zuckerberg, qui tire à boulets rouges sur l’anonymat, y voyant toutes les compromissions de la triste humanité. Se prenant pour un moraliste des temps modernes, il n’hésite pas à parler d’un monde où la transparence mettrait chaque individu face à une obligation de cohérence constante.


Il a peut-être oublié, en passante de lire Rimbaud ou, tout simplement, de s’adonner un peu à l’étude de la psychologie de l’humaine nature…Etant lui-même juge et parti, on peut fortement le soupçonner surtout de vouloir poursuivre ainsi des buts beaucoup moins avouables : la mise en place d’une publicité toujours plus ciblée et donc toujours plus lucrative.

Sa sœur même, nommée directrice marketing de Facebook, n’y va pas par quatre chemin et affirme, comme le rapporte Le Nouvel Observateur, « Je pense que l’anonymat sur Internet doit disparaître. » Il est toujours dérangeant de voir des entrepreneurs capitalistes se mêler de moralisation de la société…le discours est toujours vicié…Dictature du profit et morale sont deux terrains séparés par une barrière bien réelle quoiqu’invisible.

« Vous n'avez qu'une seule identité. Avoir deux identités de vous-même, c'est l'illustration d'un manque d'intégrité »…Quand M. Zuckerberg y va de telles sentences, il faudrait demander aux autorités de s’intéresser à sa santé psychologique…L’être est, par essence, multiple, fractionné, changeant…

Là où l’on peut avoir peur, c’est quand on sait que Google s’inscrit dans le même désir de transparence, un principe appliqué sans faille dans la mise en place de Google +, son nouveau réseau social où l’inscription sous pseudonyme n’a pas sa place. Mais les volontés de ces sociétés ne doivent pas envahir Internet qui reste un système mondialisé aussi changeant d’ailleurs que l’est l’être humain. Qu’en sera-t-il de Facebook dans dix ans ?…Difficile de le présager…


L’anonymat sur Internet permet de préserver la liberté de conscience et, bien loin d’être à l’origine d’un manque de transparence, il permet, bien souvent, à chacun de dire ce que l’on n’arrive pas à dire autrement. Réduire cela à du négatif, c’est réduire l’humain à ses pulsions négatives. Sur les forums, c’est aussi la possibilité de confier ce que l’on n’arrive pas à confier à son entourage. Internet est un moyen unique permettant de libérer la parole de chacun, comme celle des peuples.

Et heureusement que la proposition de loi du sénateur Jean-Louis Masson, voulant supprimer l’anonymat sur les blogs a été purement et simplement rejetée… C’est en effet un leurre que cette question d’anonymat. La fuite autour du bac S le montre bien. L’utilisateur lambda, qui constitue tout de même la masse des internautes, est directement identifiable par qui de droit si les besoins d’une enquête le nécessitent…


Amusez-vous, et chacun l’a déjà fait, à « googler » votre nom et votre prénom. On y retrouve parfois tout un historique de ses faits et gestes sur Internet. La course à cheval que vous aviez faite dans le Poitou en 1999 s’y retrouverait même ! Alors, imaginez, si tout ce que vous avez signé sous pseudonyme dans divers forums s’étalait ainsi directement sous vos yeux. C’est nier aussi la prise en compte du droit au changement, du droit à l’oubli. Et, comme le dit, le dicton, « Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis »…Avis à M. Zuckerberg…

Depuis que l’être humain a commencé à tenir entre ses mains un instrument pour écrire le monde et pour s’écrire, il n’a jamais cessé d’inventer, de s’inventer…Ce mouvement est le nôtre, que ce soit avec un stylo, un clavier ou que sais-je. Nous passons, nous changeons. Traçabilité et liberté ne sont malgré tout pas incompatibles. Alors laissons ce vrai-faux anonymat aller de pair avec Internet, comme avec l'écriture.