Intolérable Google, qui amnistie les pirates et leurs maudits sites

Nicolas Gary - 15.12.2015

Lecture numérique - Usages - intolérable pirates - Google recherches - piratage ebooks


Dans leurs multiples efforts de lutte contre le piratage les industries culturelles font souvent sourire. Alors même qu’elles ne doivent pas s’amuser tous les jours, à tenter de vider la mer des pirates. Entre les tentatives pour assécher les sources de revenus, les retraits de liens, les procès, rien ne fonctionne. Assez rapidement en tout cas. Le cas de Rudy Shur, éditeur chez Square One, apporte une de ces pierres sur lesquelles on bâtirait volontiers des églises...

 

Rail Piracy

(Pascal, CC0 1.0)

 

 

Dans un courrier adressé à la grande société Google, l’éditeur explique qu’il a été sollicité pour prendre part à Google Play – le service de ventes de biens culturels dématérialisés. Aujourd’hui, il se repentirait presque, considérant que sa maison n’a « jamais vraiment bénéficié de cette relation ». Et s’il regarde ses échanges avec les autres opérateurs du livre numérique, non seulement il ne comprend pas très bien, mais surtout « nous n’avons vu aucun avantage réel à travailler avec Google ».

 

Un problème commercial ? Des erreurs de distribution ? Rien de tout cela, poursuit-il : « Ce que nous avons découvert, en réalité, c’est que Google n’a aucun problème à permettre à d’autres sites d’offrir illégalement un certain nombre de nos titres numériques, gratuitement ou à des tarifs réduits, à n’importe qui sur internet. »

 

Et dans la suite de ces doléances, l’éditeur déplore n’avoir reçu de Google qu’un mail disant que la société américaine n’était pas responsable de ces fichiers, et moins encore de la contrefaçon, et de la mise à disposition. « Il semble inconcevable pour moi que Google permette le détournement des titres sous copyright par ces sites et ne ressente en réalité aucune responsabilité pour cela, avec des raisonnements du type qu’une intervention de Google revienne à de la censure. »

 

Bien entendu, les salariés de Google n’y sont pour rien, mais lui, en qualité d’éditeur, se doit de défendre et protéger le travail des auteurs dont il vend les livres. « Et l’attitude de Google ne rend pas cela facile », continue-t-il. (via Publishers Weekly)

 

 

 

Que Google ne fasse pas, plus qu’il ne fait déjà, la loi sur Internet, c’est tout de même heureux. Si en plus d’imposer ses critères de code, de création de site et de référencement, la firme prenait le pouvoir en jugeant de qui a le droit d’être référencé ou non, on marcherait sur la tête. L’idée d’une neutralité du net est utopique, certes, mais inutile de s’essuyer les pieds dessus comme on le ferait d’un paillasson.

 

La responsabilité des moteurs de recherches est évidemment un grand combat : que Google fasse ressortir des sites de contrefaçon plus que des sites marchands doit avoir une logique dans l’algorithme, non ? Basée sur la fréquentation, possiblement, la popularité, ou encore la pertinence des demandes par rapport aux réponses, les enrichissements de pages, etc. Toutes ces choses que l’on prend en compte quand on propose un site internet, obligatoires.

 

Google n’est pas le shérif du net, fort heureusement. Pour cela, il existe la justice. Société privée, elle obéit, quand elle le veut bien, à des lois. Et dans tous les cas, il ne s’agit pas d’une force policière : son job, c’est de référencer. Et charge aux développeurs d’optimiser.

 

Depuis quand Google Play Book serait coupable et complice de sites pas même produits avec des technologies Google, du piratage de livres ?

 

Critiquer le fait que le moteur ne supprime pas l’accès, dans ses résultats, aux moteurs de recherche, découle vraiment d’une logique archaïque de fonctionnement. Un peu comme celle de l’éditeur qui qualifiait les lecteurs ebook de bibliothèque pour SDF. Ou de ceux, nombreux, qui n’ont jamais accepté d’allumer un ordinateur. 

 

La firme, dans un monde idéal, serait totalement aveugle aux résultats qu’elle fournirait. Et alors, les livres de Square One ne bénéficieraient pas de mise en avant sur Google Play Books, pour avoir accepté tel ou tel outil de commercialisation, une fonctionnalité, et ainsi de suite. Parce que ces possibilités n’existeraient pas. 

 

Rudy Shur se trompe de colère, de la même manière qu’il montre être soit mal entouré, soit mal conseillé. Personne n’a jamais tenté d’accuser un couteau d’avoir des intentions criminelles – c’est pourtant ce que l’on s’efforce de faire depuis internet. Or, un couteau est un outil. De la même manière que le moteur en est un autre...