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Iron Maiden propose des concerts aux pirates de ses albums

Nicolas Gary - 29.12.2013

Lecture numérique - Usages - téléchargement de musique - piratage de livres - contrefaçon numérique


Voilà une idée pleine de bon sens : profiter des données que l'on peut obtenir concernant le piratage d'oeuvres, et s'en emparer pour proposer aux pirates des occasions d'aller à la rencontre des artistes. Sans perdre de son modèle économique nouveau, et en répondant à une demande exprimée clairement : la solution miracle ? TorrentFreak raconte comment le groupe Iron Maiden, figure de proue du hard rock, s'est emparé de données relatives au piratage de leurs albums : la chasse au pirate s'est alors transformée en chasse aux trésors. 

[Une mise à jour importante intervient en fin d'article, originellement publié le 25 décembre]

 

 

Iron Maiden @ Olympiastadion, 2011-07-08

Adrián Pérez, CC BY SA 2.0

 

 

C'est désormais un fait admis, montré dans plusieurs études, le piratage ne tue ni la création, ni les créateurs : c'est avant tout un outil de découverte d'oeuvres, et les utilisateurs des réseaux pirates sont régulièrement mentionnés comme de plus importants acheteurs que ceux qui ne piratent pas. Or, pour les amateurs de musique, parmi les achats qu'ils effectuent, on compte aussi, bien entendu, des billets de concert. C'est ici qu'intervient Iron Maiden. 

 

Voilà que les musiciens, en s'appuyant sur les données fournies par le site MusicMetric, ont établi quelques relevés entre les achats légaux et les téléchargements pirates. En croisant ces chiffres, on obtient alors des outils permettant aux artistes de mieux définir comment organiser... leurs tournées. Attendu que, finalement, un téléchargeur illégal est finalement un bien meilleur client - et donc un fan plus important encore - Gregory Mead, cofondateur de MusicMetric assure que les artistes disposent de meilleurs renseignements sur la manière dont ils peuvent répondre à leurs fans, et les pirates parmi eux.

 

En organisant des concerts, à des endroits où la demande pirate a été particulièrement forte, les groupes se rapprochent de leur public. Et plus encore : la notion de piratage des oeuvres s'estompent, au profit de celle de partage, puisque l'on parle bien de fans qui proposent à d'autres de découvrir les oeuvres d'artistes qu'ils affectionnent. Ainsi, plutôt que de perdre temps, argent et ressources dans des procédures judiciaires, autant investir ces trois données dans la conception de tournées. 

 

 

 

Diagramme à l'appui, on se rend compte que ces derniers temps, Iron Maiden est particulièrement populaire au Brésil, et de très loin, et que dans des villes telles que Sao Paulo, San Diego ou Rio de Janeiro, les fans sont particulièrement nombreux. Pas évident, pour autant, que les populations locales aient les moyens d'assister à un concert dont les places seraient alors trop onéreuses, mais ce sont là des indicateurs intéressantset cohérents, pour définir les endroits du globe où la demande est forte. 

 

MusicMetric a travaillé avec Iron Maiden pour présenter cette étude, et finalement, le groupe a joué pour la première fois au Paraguay, et l'ensemble des billets pour les différents concerts ont été vendus dans toute la région, en assez peu de temps, finalement. S'il sera toujours possible de pirater une version studio ou un enregistrement live de concert, jamais l'expérience même du concert ne pourra être remplacée. En revanche, les possibilités qu'un pirate s'offre l'entrée pour le concert, en particulier quand jamais le groupe ne s'est déplacé dans sa ville ou son pays, deviennent alors des sources de revenus qu'il serait regrettable de négliger...

 

Il reste bien plus gratifiant pour un fan d'avoir la chance de s'offrir une place de concert, que de s'offrir une place au tribunal...

 

 

 

 

MIse à jour du 27 décembre : 

 

L'histoire, qui avait tout du conte de fées de Noël, s'est avérée fausse. En réalité, le groupe de hard rock ne travaille pas avec les outils de MusicMetric, et n'a pas planifié en fonction de ces données, ses concerts en Amérique du Sud. CiteWorld, à l'origine de l'information a publié un message d'excuses à ses lecteurs. 

 

Mais c'est TorrentFreak qui a raison : cette histoire s'est diffusée, propagée dans toutes les langues, revue et corrigée avec des milliers de points de vue, commentant et décortiquant cette nouvelle. Simplement parce que, pour une fois, l'info était positive, montrait une évolution des moeurs du côté des gros artistes, et qu'elle apportait une forme d'espoir, que les armées d'avocats et d'ayants droit ont tendance à réprimer. 

 

L'histoire d'Iron Maiden et de ces données recueillies pour proposer des concerts dans les endroits du monde où l'on piraterait le plus leurs albums, n'est pas simplement un hoax, une mauvaise information, ou un simple manque de vérification des éléments. C'est avant tout un symbole de ce qu'internet a besoin de respiration, de temps à autre, pour sortir des lois liberticides comme SOPA, ou d'assister à des fermetures de sites en pagaille, de constater, blasé, le lobbying qui revendique la protection du droit d'auteur, au détriment de la liberté. 

 

Effectivement, l'histoire d'Iron Maiden restera comme une histoire de Noël, un joli conte auquel on aurait aimé croire. Mais qu'importe : l'enthousiasme pour cet article montre combien les internautes, les rédactions web et tant d'autres, souhaitent que ce genre de miracle arrive...