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Ironie : Calameo, un repaire idéal pour les pirates de livres

Nicolas Gary - 14.06.2017

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Longtemps, internet a permis de pirater de bonne heure : la contrefaçon n’a jamais connu de limites sur la toile, suivant l’adage, « tout ce qu’internet touche, il le rend gratuit ». Le livre n’a pas fait exception, et bien avant même les premiers temps de sa dématérialisation, les pirates, perroquet sur l’épaule, souriaient de toutes leurs dents. Mais la menace vient parfois de ses propres alliés. 



 

 

Longtemps, donc, les accusations de contrefaçons ont lourdement pesé contre la société Scribd : le service même facilitait en effet l’upload de documents, et par là même, invitait à partager dans la joie et l’allégresse, tout ce qui bouge. Scribd, à ce titre, comptait parmi les outils propices, dans l’éventail de l’offre illégale : simplicité d’usage, d’upload et de lecture ou de téléchargement. 

 

En 2014, l’industrie américaine avait fait les gros yeux et Trip Adler, le fondateur, était contraint de le reconnaître. Oui, la contrefaçon sévissait sur la plateforme Scribd, mais des mesures seraient prises.

 

Or, un réel effort a été fait depuis, s’appuyant sur les bases de données communiquées par les maisons d’édition. La promesse d’Andrew Weinstein, cofondateur, a été tenue, dans la limite du possible. S’il niait alors que Scribd encourage à la diffusion de contenus piratés, il avait promis d’œuvrer pour parvenir à une offre qui soit la plus légale et respectueuse possible. Les solutions techniques évoluent, se perfectionnent : tout était possible, avec un peu de bonne volonté de tous les côtés. 

 

Entre temps, des solutions de téléchargement direct, très pratique pour des ebooks qui pèsent rarement plus de quelques Mo ont fleuri, fâné et repoussé. Et de toute manière, l’offre torrent reste significative. 
 

Gratuite ou moins chère : pourquoi la contrefaçon séduit les jeunes sur internet


Mais ce que ne pouvait pas forcément envisager l’édition française, c’est que la bête qu’elle nourrissait finirait par la mordre. En effet, le service Calaméo est utilisé par de nombreuses structures qui profitent des solutions d’embed pour partager des extraits de leurs nouveautés. Fameux, puisque la plateforme fonctionne sur un modèle d’affichage publicitaire : plus elle est alimentée en contenu, plus elle peut diffuser de la publicité. 

 

En somme, les éditeurs partenaires – ou se servant de cette solution – ont servi à alimenter la bête, qui aujourd’hui leur rit au visage. Calameo représente près de 11,5 millions de visiteurs mensuels, en constante croissance depuis ces six derniers mois, et avec 25 % d’utilisateurs issus du territoire français. 

 

Alors, quand on retrouve des profils d’utilisateurs qui proposent la lecture de livres, dans leur intégralité, sortis des catalogues de Milady, Addict Editions, Hugo & Cie, ou encore HarperCollins France, Bragelonne, Harlequin, J’ai lu, XO Edition, PKJ, JC Lattès, avec des best-sellers du type Hunger Games, Grey, etc., en consultation complète... on doute. Une mention spéciale, par ailleurs, pour les livres dont vous êtes le héros, dont l’offre est non négligeable.

 

Évidemment, quelques contraintes pèsent sur le lecteur empressé : consultation en ligne uniquement, pas de téléchargement possible – mais nous n’avons pas pu tester cela avec un compte payant... Oups : non seulement l’affichage publicitaire rapporte à Calameo, partenaire privilégié des éditeurs, mais, en plus, un abonnement au site permettrait de pirater des livres, tout en continuant d’enrichir le service ? 
 

A-t-on bien mesuré l'enjeu du piratage de livres en France ?


Autant la diffusion d’extraits par cet intermédiaire pouvait se comprendre, autant il faudra demander à Calameo d’expliquer la facilité avec laquelle une offre pirate peut être ainsi proposée. Seul avantage pour l’heure, le format EPUB n’est pas supporté pour l’upload de documents, ce qui cantonne les fichiers à du PDF ou du format texte...

 

Le Calameo de la paix n’est pas près d’être fumé....