iTunes supprimait des fichiers musicaux : les propriétaires d'iPod furieux

Clément Solym - 04.12.2014

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Voici un autre cas symptomatique des formats propriétaires, où les usagers n'ont aucun contrôle des contenus disponibles sur leur appareil. Une plainte dénonce en effet qu'entre 2007 et 2009, Apple a fait disparaître des iPods des musiques téléchargées depuis des services de vente concurrents de iTunes. Un recours collectif est en cours. 

 

 

iPod Amnesty Bin

Rew Sorgatz, CC BY 2.0

 

 

En janvier 2009, Apple décidait d'abandonner les DRM pour son service de musique, mais durant les deux années qui précédent, les clients ont été sauvagement abusés. Quand le client connectait son appareil, un message d'erreur lui demandait de réinstaller les paramètres d'usine du lecteur MP3. Une procédure qui avait alors le don de supprimer tous les fichiers musicaux issus de la concurrence.

 

Les plaignants réclament quelque 350 millions $ pour cette plainte, mais le montant, en vertu des lois antitrust, pourrait être triplé. 

 

Apple se défend en clamant qu'il s'agissait là de mesure de sécurité légitime, mais les avocats des clients lésés rétorquent à juste titre qu'aucune communication n'a été faite à l'époque. « Nous n'avons pas besoin de donner aux utilisateurs trop d'informations », avance la société. Ou encore : « Nous ne voulons pas dérouter les utilisateurs. » Certes. 

 

D'autant que la mise à jour servait, toujours selon Apple, à supprimer les fichiers piratés, qui auraient pu contenir des logiciels malveillants, et perturber la sacro-sainte expérience utilisateur. Et une fois n'est pas coutume, Eddy Cue, très impliqué dans les négociations avec les éditeurs, devrait être appelé à témoigner cette semaine, étant devenu avec le temps le bras droit de Jobs. (via Wall Street Journal)

 

L'affaire Orwell, ou Big Brother is deleting you

 

Outre qu'Apple devrait installer une tente dans les services judiciaires antitrust, l'affaire n'est pas sans rappeler que deux problèmes se posent en permanence. 

 

En juillet 2009, et Amazon se traînera cette casserole bien des années encore, la firme de Jeff Bezos s'infiltrait dans les Kindle des clients, pour en supprimer des ebooks de George Orwell. Une forme de censure, clamait des uns, ironie du sort, assuraient les autres : les deux livres éradiqués dénoncent justement tout ce qui est manipulation des foules et censure de la liberté d'expression...

 

« Les livres ont été ajoutés à notre catalogue en utilisant notre plateforme d'autopublication, par un tiers qui ne disposait pas des droits pour ces ouvrages », expliquait alors Drew Herdener, porte-parole de la firme. Le rapport avec l'affaire Apple est donc moindre, tant que l'on ne se penche pas sur la question des écosystèmes propriétaires.

 

Bien entendu, les clients avaient finalement été remboursés un mois après l'histoire. Cependant, le Kindle apparaissait alors comme un outil de surveillance des clients, autant qu'Apple a pu traquer les possesseurs d'iPod, qui gavaient leur lecteur de MP3 plus ou moins légaux. Voilà qui est assez épicé, en effet. Car il faut pointer une fois de plus, et avec vigilance, le lien qui relie Amazon à son appareil : permettre l'envoi de mises à jour est intéressant. Prendre le contrôle de l'appareil pour en supprimer des fichiers à loisir, cela incite à une certaine paranoïa. 

 

Bezos s'était montré plus intelligent qu'Apple, pour le coup : « Notre “solution" au problème a été stupide, irréfléchie et douloureusement éloignée de nos principes habituels. Nous nous sommes infligé cette situation seuls et nous méritons toutes les critiques que nous avons reçues. Nous garderons la cicatrice pénible de cette erreur pour nous aider à prendre à l'avenir de meilleures décisions, qui entrent en adéquation avec notre mission », assurait Jeff Bezos. 

 

Légaliser le piratage, la solution miracle

 

Surtout que deux ans après les faits reprochés à Apple, la firme annonçait, en juin 2011, que son service iCloud permettrait de transformer un fichier pirate, en fichier légal. Grâce à des métadonnées, le service iTunes Match obtenait le pouvoir de convertir un fichier musical contrefait en musique officielle

 

« Un autre avantage d'iTunes Match est que, pour tous les titres reconnus par Apple, vous avez accès à une version de haute qualité sonore (256 kbps), sans doute meilleure que celle qui existe dans votre collection. Et ce, même si vous n'avez pas acheté la chanson », expliquait alors Ben Barjarin, d'Apple. 

 

Le service allait coûter 25 $ par an, pour disposer de fichier de bonne qualité, avec à l'époque, 18 millions de fichiers identifiables. Un problème de synchronisation... dans les agendas ?