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Japon : assurer la stabilité des ebookstores pour assurer celle des ebooks

Louis Mallié - 24.06.2014

Lecture numérique - Lecteur eBook - Rakuten group - Yamada Kendi - Japon


Dans une tribune publiée sur le site du Japan Time, Le blogueur Akky Akimoto est revenu sur l'instabilité des plateformes de vente de livres numériques au Japon.  En effet, si le pays possède bon nombre d'ebookstores et un lectorat enclin à la lecture numérique, les consommateurs ont perdu plus d'une fois la totalité de leurs ebooks suite à la fermeture de certaines plateformes… Et c'est encore ce qui vient de se produire avec la plateforme Yamada ebook de Yamada Kendi. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. 

 

 

Electronic book.

Miki Yoshihito, CC BY 2.0 

 

 

Le 29 mai dernier, Yamada Kendi, plus grosse chaîne de distribution d'appareils électriques au Japon, avait annoncé la fermeture de leur plateforme Yamada ebook, à compter de début juillet. Lancée en juin 2012, elle n'aura donc duré que tout juste deux ans… Le comble de l'exaspération avait été atteint lorsque le site avait annoncé que les ebooks que les internautes avaient pu acheter au cours des deux dernières années deviendraient à compter de cette date… obsolètes. Bien sur, aucune possibilité de remboursement - ni d'avoir. Cerise sur le gâteau, Yamada Kendi pensait même consoler ses clients en leur annonçant l'éventuelle ouverture d'un nouvel ebookstore. 

 

Mais le mécontentement provoqué avait alors été tel, que Yamada Kendi avait immédiatement réagi. Une nouvelle annonce avait été faite, qui stipulait que les sommes dépensées seraient bien transposées en avoir. De plus, les utilisateurs passant sur la nouvelle plateforme auraient dorénavant la possibilité de conserver les achats effectués sur la précédente… Et plutôt que d'admettre un revirement de politique, Yamada s'était excusé que l'annonce précédente ait donné lieu à « un malentendu de la part des consommateurs »…

 

Quoi qu'il en soit, cette petite mésaventure desserre profondément le marché de l'ebook au Japon. En effet, elle rappelle tout simplement aux lecteurs japonais qu'il leur faut choisir avec soin les plateformes sur lesquelles ils achètent leurs livres numériques… À défaut de quoi ils encourent le risque de voir la totalité de leur bibliothèque verrouillée avant peu. Un cas similaire avait été observé en 2011, lorsque Rakuten Group avait racheté le Canadien Kobo, fermant ainsi son propre magasin Raboo. En compensation, des avoirs à hauteur 40 % de la somme originelle dépensée sur le site avaient été distribués. Floués et vexés, les consommateurs avaient alors fui la plateforme au profit de Kindle…

 

En effet, celui-ci a su se tailler une bonne réputation au pays du soleil levant. Et le fait que la firme n'entende pas fermer avant encore longtemps place les acheteurs en confiance. Rendre caduques les bibliothèques numériques des consommateurs : voilà ce qui fait le jeu d'Amazon souligne Akky Akimoto. Car la « protection » des ebooks imposée par auteurs et éditeurs fait que les ouvrages ne peuvent être lus qu'à travers l'application du distributeur; et c'est ainsi la raison pour laquelle les ebooks sont arrachés des mains de ceux qui s'en croyaient les possesseurs au moment où les plateformes disparaissent…. 

 

Aussi, Akky Akimoto conclue, non sans provocation en donnant une solution à ceux qui souhaiteraient acquérir une ebibliothèque durable : jisui. Littéralement « cuisine maison » en japonais, le terme désigne les entreprises proposant de scanner ses propres livres papiers afin de les transposer au format numérique. Voilà quelques années, plus d'une centaine de sociétés offraient ce service - interdit en France à moins de posséder soi-même la machine. Mais plusieurs associations d'éditeurs et d'auteurs auraient protesté, alléguant la violation des copyrights, et entraînant ainsi la fermeture de bon nombre de sociétés…

 

Il est clair qu'une telle solution se devait d'être réglementée. Mais si les lecteurs ne peuvent acheter un ebook au prix fort sans courir le risque de gaspiller leur argent et de perdre le produit dans les deux années à venir, ils finiront par retourner sans regret au format papier qui lui, ne disparaît pas avec ses éditeurs.