Les appareils d'Amazon se prennent-ils les pieds dans le tapis ?

Nicolas Gary - 28.08.2015

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Le hardware, chez Amazon, ne représente pas le cœur de son activité : les appareils sont avant tout des outils destinés à accueillir les contenus achetés. Bien différente d’Apple sur ce principe, la firme disposait jusqu’à présent du Lab126, un centre de recherche et de développement de matériel. Or, au cours de ces dernières années, plusieurs vagues de licenciements sont intervenues. Le Lab secret a-t-il perdu le Feu Sacré ?


 Amazon Fire Phone_6

TechStage, CC BY ND 2.0

 

 

En 2013, le rachat de la société spécialisée dans l’electrowetting, Liquavista, avait provoqué une vague de spéculations, sans fin. La recherche de nouvelles technologies pour les appareils Kindle se déploierait sur de nouvelles pistes – tablette, lecteur ebook et smartphone, tout était permis. Un achat de 100 millions $ estimait-on, sans que l’on n’en ait vu les retombées pour l’instant. 

 

Fusionner Liquavista avec le Lab126 faisait d’autant plus sens que Jeff Bezos a besoin de nouveautés. L’an passé, pourtant, le smartphone Fire Phone a essuyé un échec commercial cuisant. Ceci expliquant cela ? Dans tous les cas, des dizaines de licenciements sont survenus. Le bilan est difficile à établir, souligne le Wall Street Journal, attendu que les départs sont souvent accompagnés de clauses de confidentialité, largement indémnisées. 

 

La diffusion d’une vidéo de présentation, voilà deux semaines, des équipes du Lab126 avait pourtant fait frémir. Que représentait cette plongée, sous contrôle, dans le monde des ingénieurs ?

 

 

 

Manifestement, pas grand-chose...

 

En outre, plusieurs projets ont été stoppés – comme une tablette à écran plus large –, et le Lab126 aurait été profondément remanié. Les deux unités matérielles sont désormais fondues en une seule. 

 

Des coupes dans le personnel, des arrêts subits : ces choix stratégiques se comprennent mal. Depuis toujours, ou presque, les bénéfices sont réinjectés dans divers développements, au risque de s’attirer les foudres d’actionnaires mécontents. Il est indéniable que le ratage du Fire Phone a porté un vilain coup au moral, mais d’autres événements apportent de l’eau au moulin.

 

Ainsi, le départ de Jon McCormack, passé chez Google Inc, alors qu’il était responsable de la division Devices fait mal. Après six années de loyaux services chez Amazon...

 

Selon certains témoignages, le Lab126 serait malgré tout un endroit obscur : il soulève de multiples questions, tant les employés auraient du mal à comprendre quelle logique sous-tend son fonctionnement. Des priorités difficilement intelligibles, des rôles dans le travail mal définis : juste assez pour inciter le personnel à accepter d’autres emplois, ailleurs. 

 

Et pourtant, l’endroit a vu sortir, au cours de l’année passée, une dizaine d’appareils, pour la télévision, son enceinte Echo, servant de commande vocale, ou encore un outil pour scanner des codes barres. « Ce qu’Amazon produit, ce sont des appareils qui ne sont pas super flashy, mais ne coûtent pas cher et sont simples à utiliser. Généralement, ils ouvrent une nouvelle voie à la manière dont Amazon peut vous vendre des contenus », explique l’analyste Toma Mainelli, de IDC. 

 

Selon les projections actuelles, Amazon tendrait à la fabrication d’objets connectés, une forme de domotique plus perfectionnée. « Avec les données dont ils disposent, ils pourraient bientôt faire arriver toutes les choses à votre domicile, sans même que vous les commandiez », poursuit l’analyste. Et parmi les produits que le Lab126 promettait, il se trouvait cette batterie pour lecteur ebook, avec une autonomie de deux ans, contre six à huit semaines actuellement. 

 

Mais on en revient donc toujours aux questions liées à ce laboratoire. Plusieurs ingénieurs se déclareraient déçus de son fonctionnement : en se focalisant encore et toujours sur des machines incitant à acheter sur Amazon, on en perdrait le goût d’innovations réelles. 

 

L’événement du fameux bouton, vendu pour 5 $, par lequel les clients peuvent effectuer des commandes instantanément, pour des produits spécifiques, illustre clairement l’ambiance.