Registre ReLIRE : "Nous avons les preuves de leur incompétence"

Nicolas Gary - 15.09.2015

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Le registre ReLIRE est doucement sorti de ses vacances. Alors que 15.000 livres numérisés doivent faire leur apparition d’ici la fin du mois – on en attendait 5000 en juillet qui ne sont toujours pas arrivés – les erreurs se poursuivent. L’une d’elles pourrait coûter particulièrement cher aux artisans de « cette pétaudière », comme l’a surnommée Joël Houssin.

 

Joël Houssin, © Didier Coehn

 

 

Voilà une dizaine de jours, nous révélions une partie des premiers dégâts constatés : les couvertures d’une grande majorité de livres avaient été numérisées sauvagement. De quoi donner l’impression d’une vente d’ouvrages d’occasion, avec des photos des titres prises par un vendeur amateur. Comble : une petite étiquette notant la référence du livre, dans le classement du Dépôt légal de la BnF se retrouvait presque systématiquement. Du gros vilain.

 

« Autant d’erreurs dans si peu de livres, c’est infernal. Et combien de problèmes quand ils auront mis des 50 000 dans la base ? », s’étranglait un auteur. Maintenant, plus de 1100 titres sont commercialisés, mais ReLIRE compte un ennemi plus remonté encore dans ses rangs. 

 

Joël Houssin a toujours interdit la vente de ses livres, en format numérique. « J’y suis opposé, parce que je tiens au livre, véritablement. Ce n’est pas un fichier MP3 : l’objet m’est essentiel. Et puis, j’ai vu des chiffres, les revenus d’auteurs, en BD notamment : pour le numérique, c’est ridiculement faible. Économiquement, et j’ai eu cette conversation avec des amis musiciens, c’est un vrai naufrage. »

 

Et puis, l’actualité lui donne des bouffées d’angoisse : « Je suis suffoqué de voir que la plupart des ouvrages, qui sont retenus pour les prix littéraires du moment, sont déjà piratés. » Un fichier compilant une quarantaine de romans de la rentrée littéraire circule en effet sur les réseaux pirates. Tout comme l’an passé, et certainement comme ce sera le cas l’an prochain. 

 

"Ils sont fautifs doublement. C’est une manifestation d’ignorance totale. Pour faire court, j’appelle cela du vol."

 

Fort de tout cela, et voyant le registre ReLIRE arriver avec ses gros sabots, Joël Houssin assure « avoir fait opposition sur tous les livres qui ont été référencés. Mon avocate et moi avons fait le nécessaire pour qu’ils soient interdits de publication dans ReLIRE ». Et en dépit de ces efforts, passablement humiliants, comme l’ont déjà souligné les auteurs, voici que deux romans se retrouvaient référencés – pire, l’un d’eux était mis en vente, et comble, avec une couverture qui n’était pas la sienne.

 

 

 

« En mettant dans leur registre un de mes livres, Locomotive Rictus, qui est réédité sous le nom Loco, chez Ring, et en vendant L’Écho des suppliciés, ils sont fautifs doublement. C’est une manifestation d’ignorance totale. Pour faire court, j’appelle cela du vol. Et dans des circonstances aggravantes, puisque je m’oppose à toute production numérique de mes œuvres », poursuit-il.

 

Bien entendu, et après intervention de son avocate, les ouvrages référencés ont disparu du site ReLIRE qu'héberge la BnF, ainsi que des librairies en ligne.

 

D’ailleurs, cette expression d’indisponible, pour désigner les ouvrages du XXe siècle qui tombent sous le coup de ReLIRE, ne lui convient pas. « En 1989, j’ai publié chez Denoël Argentine. Et depuis trois ou quatre années, il est épuisé, totalement. Mais Folio va le reprendre. Qu’est-ce qui est donc indisponible ? Ce n’est jamais que momentané, quand un livre intéresse les lecteurs et un éditeur. »

 

Le romancier revendique d’ailleurs d’avoir « le droit, tout de même, de choisir mes éditeurs. C’est complètement odieux de se faire imposer un bonhomme, sous prétexte qu’il a tiré votre manuscrit numérique de la liste ». S’il n’y avait que cela... « Les auteurs sont-ils simplement informés de tout cela ? » C’est que, oui, logiquement si l'on en croit les affirmations du ministère de la Culture... « Et quand bien même on les autorise à faire opposition, ce qui est audacieux, ces gens de ReLIRE n’en tiennent pas compte. La preuve ? Malgré mes interdictions, ils le font tout de même. »

 

"Mais pour moi, et je suis peut-être un vieux schnoque, l’édition numérique c’est du vent. On n’a rien entre les mains"

 

Un collectif d’auteurs, qui porterait la voix contre ce procédé, n’aurait aujourd’hui qu’à patienter : ReLIRE passe devant la Cour de Justice de l’Union européenne, après que le Conseil d’État a botté en touche. Mais Joël Houssin s’y mêlerait volontiers : « Nous avons déjà des exemples concrets de leur incompétence. Ça me paraît épique, comme bricolage, c’est une pétaudière, oui ! Rééditer des livres pour lesquels a été fait opposition, on devrait pouvoir jouer. »

 

Cela ne signifie pas nier le droit à l’erreur, humaine. « Bien sûr, ils peuvent se tromper, mais la moindre des choses quand on prétend éditer un ouvrage, c’est de se renseigner, savoir d’où il vient. » À moins de le traiter comme un vulgaire contenu, que l’on peut à l’envi passer dans tel ou tel tuyau – ce qui est aujourd’hui largement reproché par le Syndicat des éditeurs... aux GAFA (Google Amazon Facebook – ou Fnac, c'est selon – Apple).

 

Quant à ce fichu numérique... « pour l’instant, il est à la marge, en France : très peu de gens équipés en tablettes, mais cela pourra changer », constate le romancier. « Mais pour moi, et je suis peut-être un vieux schnoque, l’édition numérique c’est du vent. On n’a rien entre les mains. Je veux bien que l’on troque tous les livres des bibliothèques pour des clefs USB, mais ça risque de ne pas faire le même effet. Et vous imaginez, arrêter de lire, parce qu’on est en panne de batterie ? »

 

Cette numérisation qualifiée de patrimoniale, à travers ReLIRE, ressemblerait alors à une tentative de tirer encore quelques euros de ces titres. « Qu’ils nous fichent la paix. Les musiciens ne gagnent pas un sou avec le numérique, et sont obligé de passer par une merchandising permanent, de multiplier les concerts pour tenter de vivre, parce que les albums numériques ne se vendent pas. Quand on est écrivain, c’est quoi, le merchandising ? J’avais proposé à un ami de faire un gang bang avec les lectrices, mais je ne suis pas certain que ça marcherait », conclut-il avec humour.

 

À la différence de ReLIRE : non seulement ça ne va pas marcher, mais cela ne fera rire personne.


Pour approfondir

Editeur : Ring
Genre : policier &...
Total pages : 1239
Traducteur :
ISBN : 9791091447072

Dobermann ; intégrale t.1

de Joël Houssin

Né en Janvier 1981, le Dobermann a, en 4 ans et 19 romans, taillé une sanglante balafre dans le paysage du polar. Une anthologie du braquage, un best-of du hold-up ! Côté police, le mot d'ordre est clair : " Personne n'a envie de voir le Dobermann et son gang en prison. Y'a des voyous qu'on n'arrête pas. Le Dobermann, c'est pas un gangster comme les autres. Il respecte rien. Il braque les banques pour le plaisir. C'est pas humain. On n'a pas le droit de mépriser l'argent comme ça. L'argent, ça se mérite. Et le Dobermann , il mérite que d'aller au trou... Un trou bien profond avec de la terre par-dessus. Alors collez-moi un paquet de balles dans la tête de ces tueurs de flics ! " Le problème, c'est que pour mettre le Dobermann dans le trou, faut d'abord le trouver. Pas facile de traquer un gibier qui a toujours le doigt sur la gachette. C'est comme ça. Il y a des hommes qui naissent pour fleurir les cimetières, d'autres pour les remplir.

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