Journée du droit d'auteur : quand l'UNESCO anticipait le rapport Reda

Nicolas Gary - 23.04.2015

Lecture numérique - Usages - rapport Reda - droit auteur - alphabétisation livres


« Des millions de personnes ne lisent pas pour la seule et unique raison qu'ils n'ont pas accès à des textes écrits. Mais les téléphones portables et réseaux cellulaires sont en train de transformer une denrée rare en ressource abondante », écrivait l'UNESCO, dans une étude de 2014. À l'occasion de la Journée internationale du livre et du droit d'auteur, dont l'organisation est l'initiatrice, voici qu'elle revient sur... les avantages du livre numérique...

 

 

Le questionnaire avait été rempli par plus de 4000 personnes, et détaillait « les habitudes, opinions et profils des lecteurs mobiles ». Pour aboutir à une conclusion simple : la lecture mobile « peut développer l'alphabétisation et l'apprentissage dans les communautés défavorisées autour du monde ». ActuaLitté avait rendu compte de cette étude, réalisée en partenariat avec Nokia, en avril 2014.

 

 

 

Sauf qu'en ce 23 avril, la date devient spécifique. Voilà 20 ans précisément que la Journée a été officialisée, adoptée lors de la Conférence générale de l'UNESCO. Irina Bokova, la directrice générale, revient dans un message sur un rendez-vous international.

Ces derniers mois, nous avons assisté à des attaques contre des enfants à l'école ainsi qu'à des autodafés de livres. Dans ce contexte, notre devoir est clair : nous devons redoubler d'efforts afin de promouvoir le livre, le stylo, l'ordinateur, ainsi que toutes les formes de lecture et d'écriture, pour lutter contre l'analphabétisme et la pauvreté, construire des sociétés durables et renforcer les fondements de la paix.

Et ajoute, un peu plus loin

Les livres sont des plates-formes inestimables pour la liberté d'expression et la libre circulation de l'information, qui sont des composantes essentielles de toutes les sociétés aujourd'hui. L'avenir du livre en tant qu'objet culturel est inséparable du rôle de la culture dans la promotion de voies de développement plus durables et inclusives. 

 

L'occasion d'évoquer qu'à travers le monde, 175 millions d'adolescents, et une majorité d'adolescentes et de jeunes femmes ne savent ni lire ni écrire. La directrice rappelle alors l'importance de « mobiliser les technologies de l'information et de la communication, en particulier les technologies mobiles, afin de développer l'alphabétisation et d'offrir aux exclus une éducation de qualité. »

 

Ce constat, indiscutable, a motivé Numerama à replonger dans la fameuse étude d'avril 2014. Et d'en exhumer quelques éléments qui étaient certainement passés à l'as, à cette époque. 

 

La peur du pirate, ou la politique de l'autruche ?

 

Le document de l'UNESCO pointait en effet que si disposer d'un appareil en mesure de lire des ebooks était indispensable, ce travail pouvait s'opérer avec le temps. Cette perspective permettrait d'éliminer une partie des obstacles qui se posent, pour les femmes, dans l'accès à la culture. Certains utilisateurs, familiers de l'application WorldReader (développée par Nokia) affirmaient également avoir adopté cette solution pour lire.

 

Elle examinait également l'espace de stockage disponible sur les appareils, mais pour arriver à un tout autre point. « Même si l'espace n'était pas un problème, permettre aux utilisateurs de télécharger un livre intégralement est problématique, pour les éditeurs, du fait des lois sur le droit d'auteur et de leur préoccupation par rapport au piratage. »

 

Et de souligner les restrictions alors imposées, auxquelles on pourrait répondre par une solution simple : « Encourager plus d'éditeurs et d'auteurs à autoriser librement la lecture de leurs textes sur des sites mobiles, à des fins pédagogiques. »

 

On croirait lire... le rapport de l'eurodéputée, Julia Reda, qui invite à l'instauration d'exceptions pour la recherche et l'éducation. L'idée d'élargir l'exception pédagogique actuelle pour moderniser le droit d'auteur avait soulevé les boucliers. Car pour aller plus loin, l'eurodéputée « demand[ait] l'adoption d'une exception obligatoire permettant aux bibliothèques de prêter des livres au public, dans des formats numériques, quel que soit leur lieu d'accès ». 

 

Au Royaume-Uni, la directrice de la Society of Authors, Nicola Solomon, expliquait à ActuaLitté, en marge de la London Book Fair : « Nous rejoignons les éditeurs pour rappeler qu'un régime de copyright fort est très important. Nous pensons par ailleurs qu'il ne devrait pas y avoir d'élargissement des exceptions, dans la mesure où les conditions de rémunération des auteurs ne sont pas connues. »

 

Seul l'IABD, interassociation regroupant Archives, Bibliothèques et Documentation, avait finalement salué les conclusions du rapport Reda. Elle considérait notamment tout l'intérêt d'« élargir l'exception pour l'éducation et la recherche à toutes les formes d'éducation, y compris non formelle, en dehors des seuls établissements scolaires ou universitaires ». 

 

Dans son étude, l'UNESCO envisageait différentes pistes, pour résoudre la question du droit d'auteur et des restrictions imposées par l'édition. L'idée d'acheter les droits sur les contenus, ou de convaincre les éditeurs de les rendre accessibles à des tarifs revus à prix libre, ou bas, était la première. Elle encourageait également à la numérisation d'œuvres qui ne relèvent plus du droit d'auteur. Favoriser les traductions dans des contenus en langues locales et inciter les auteurs et les éditeurs à produire plus de contenus, accessibles pour lecteurs mobiles, étaient les dernières.

 

Changer le monde, au moins un peu

 

Mark West, chargé de projet à l'UNESCO ne disait pas autre chose, intervenant l'an passé à la Foire de Francfort : « Nous allons tenter de développer une fonctionnalité pour qu'il soit possible de télécharger les livres libres de droits, tandis que ceux sous copyright resteront en streaming. » Et d'ajouter : « Car les populations ont une véritable envie d'accéder aux textes. J'ai vu des gens lire 10 livres par mois sur un écran monochrome, où 4 lignes de texte seulement peuvent être affichées. »  

 

Des pistes qui rejoignent d'ailleurs celles développées par le ministre de la Culture de Côte d'Ivoire, Maurice Bandaman. « Nous avons, en Côte d'Ivoire, 22 millions d'habitants, et quelque 18 millions d'abonnés à des offres portables. Les transactions financières, les mandats, s'effectuent ainsi. Or, on peut aussi recevoir un livre, un texte, un poème, que sais-je, simplement sur sa boîte email. Le territoire dispose d'un réseau internet dense, ce qui apportera, avec les téléphones portables, la meilleure voie pour encourager la lecture et diffuser les livres. C'est pourquoi je crois que le livre numérique sera l'accès le plus démocratique. »

 

Ce dernier porte depuis maintenant un an, le projet de constituer un Centre francophone du livre, une ONG destinée au développement de la lecture. Et notamment la dimension numérique, à même de simplifier la commercialisation et la distribution des livres, dans des territoires où les librairies sont totalement absentes.