Kindle : Matchbook, ou l'offre couplée papier+numérique rétroactive

Nicolas Gary - 06.09.2013

Lecture numérique - Législation - offre couplée - papier et numérique - matchbook


On pensait qu'en l'absence de concurrence sur le secteur, Amazon n'étendrait pas son offre Autorip, déployée en janvier 2013. Grâce à cette opération, un album physique acheté sur le site du marchand donnait accès à une version dématérialisée, pour un tarif moindre. Les analystes eux-mêmes ne croyaient pas une seconde que l'on puisse assister à une pareille offre pour les livres. Et pourtant, Matchbook sortira en octobre, outre-Atlantique, avec 10.000 livres concernés. 

 

 

 

 

Matchbook, ou l'offre commerciale suprême : pour un montant de 2,99 $, 1,99 $, 0,99 $ ou pour rien, les clients d'Amazon qui ont acheté un livre papier entre 1995 et aujourd'hui pourront obtenir une version numérique. « C'est une offre typique des marchés qui n'ont pas de régulation sur le prix de vente des livres », assure le Syndicat national de l'édition, contacté par ActuaLitté. Car bien évidemment, en France, rien ne permet d'assurer qu'une pareille offre verrait le jour. 

 

« En première analyse, il nous semble que Matchbook est problématique en regard de la loi sur le prix unique du livre numérique. Ce qui justifiait l'instauration de cette loi auprès de la Commission européenne, c'était justement la commercialisation de fichier homothétique, ou dont l'homothétie était grande. Ici, Amazon mettrait en place un système qui va à l'encontre même de la loi ou de son esprit. »

 

Les difficultés ne tournent pas seulement autour de cette forme « d'offre couplée rétroactive ». De fait, même si cette solution commerciale « était ouverte à tous les revendeurs, ce qui est la condition sine qua non », elle doit venir des éditeurs, qui en France fixent le prix de vente de leurs ouvrages. Or, comment faire cohabiter un ebook vendu à prix fort, et une offre qui, parce que la version papier a déjà été achetée, autoriserait le consommateur à se procurer la version numérique pour un prix moindre. » 

 

L'offre couplée... rétroactive

 

Selon le SNE, l'offre Matchbook serait d'autant plus difficile à introduire en France que la question de l'offre couplée, papier+numérique, n'est pas complètement réglée. La loi du 26 mai 2011 prévoit pourtant des modalités ouvrant la porte à des variations du prix de vente des livres numériques

Ce prix peut différer en fonction du contenu de l'offre et de ses modalités d'accès ou d'usage.

 

Mais c'est là que le bât pourrait blesser. « Il est possible d'introduire des offres couplées, mais il faut pour cela manier les textes, et cette solution n'est pas explicitement prévue par la loi sur le prix unique du livre numérique », nous explique un juriste. 

 

Faisons simple : un éditeur français impose un prix de vente pour l'édition papier (grand format ou poche), avec une possibilité de remise de 5 % que le libraire a le droit d'accorder. Or, cette variation de 5 % mise à part - et qui n'est en rien obligatoire - le prix de vente d'un livre est donc le même pour l'ensemble des revendeurs. Il en va de même pour le livre numérique, qui lui ne dispose pas même de remise possible.

 

« Dans le cas d'une vente couplée, on joue donc sur la variable que la loi du 26 mai concède, et l'éditeur instaure un prix unique qui inclut le papier et le numérique », poursuit le juriste. Or, si l'article 2 de la loi PULN permet cette modulation, elle ne peut porter que sur le livre numérique, puisque rien dans la loi Lang de 81 sur les livres papier n'introduit pareille opération. 

 

Le cas d'Amazon, une fois encore, possible uniquement dans un pays où il n'existe aucune régulation sur le prix de vente, se présente donc bien comme une vente couplée rétroactive, où l'achat passé donne droit à un avantage commercial. Sur le marché français, ce dernier devrait être le fait de l'éditeur. Pour le SNE, cette situation « dépendrait d'un consensus », mais celui-ci n'est pas vraiment à l'ordre du jour. Quant au marché américain, le fait qu'une solution de gratuité soit proposée étonne un peu plus : 

« Cela doit dépendre de l'accord que l'éditeur a obtenu de l'auteur, mais on comprend mal l'intérêt pour l'éditeur et l'auteur de proposer gracieusement cette version. »

 

De son côté, Amazon France n'a pas souhaité commenter le lancement prochain de cette nouvelle offre, n'ayant pas pour habitude de gloser sur les opérations menées sur d'autres territoires.