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Kindle réussit aux auteurs britanniques autoédités

Clément Solym - 08.02.2012

Lecture numérique - Usages - Kindle - autoédition - ebooks


En juin 2011, John Locke rejoignait le club très fermé des auteurs atteignant le million d'exemplaires  vendus d'e-books Kindle. Détail notable : Locke s'était autoédité. Un succès qui vient de trouver des réponses avec le succès de deux auteurs british autoédités avec l'outil Kindle, et qui figurent en tête des ventes des troisième et quatrième trimestres d'Amazon.

 

Kerry Wilkinson est un homme heureux. Il a utilisé l'outil d'édition proposé par Kindle pour distribuer son nouveau roman policier Locked In, et a touché le gros lot puisque « des centaines de milliers d'ouvrages » ont été écoulés pendant le quatrième trimestre de 2011, d'après Amazon. Et c'est visiblement une vraie pente du succès qui se dessine pour les auteurs autoédités plébiscitant Amazon : le trimestre précédent, Katie Stephens s'était vue gratifier d'une honnête seconde place dans le classement pour son livre Candles on the Sand.

 

Les raisons qui peuvent pousser un auteur en quête d'autonomie à céder son exclusivité (et donc sa liberté chérie) à Amazon sont nombreuses : il y a bien sûr l'assurance d'avoir à ses côtés un distributeur plutôt visible dans le marché de l'édition, mais aussi l'appât du gain.

 

Le programme de distribution Kindle pour les auteurs autoédités promet en effet à ces derniers des royalties sur les emprunts de leur livre sur le Kindle Store : ainsi, en cédant l'exclusivité de son ouvrage pour 90 jours à Amazon (une des clauses du contrat), l'auteur s'engage à le mettre en emprunt gratuit pour les membres premium sur une durée de cinq jours minimum. Et l'auteur de recevoir une rémunération au prorata des emprunts.

 

 

Le site marchand est prêt à faire des sacrifices : ou, plus exactement, il est obligé d'en faire, puisque les éditeurs ont refusé de participer à son programme de prêt à destination des membres Premium.

L'un d'entre eux écrivait même une lettre incendiaire il y a deux semaines : « Mais Amazon n'est pas un imbécile. Ils le font intentionnellement pour conserver des acomptes élevés ( et des acomptes élevés mettront les maisons d'édition en faillite). Et ils s'approprient des auteurs à succès. Ils ont offert à Seth Godin un contrat aux termes qui lui sont très favorables. Ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'ils obtiennent James Patterson ou d'autres auteurs de fiction très connus. » (voir notre actualitté)

 

Du coup, pour nourrir son catalogue de titres, Amazon s'est tourné vers des auteurs moins protégés auxquels il peut jeter sa poudre aux yeux.

 

Tant et si bien qu'Amazon se gargarise des incroyables émoluments de « ses » auteurs : le top 10 des auteurs autoédités via l'outil Kindle aurait vu ses revenus augmenter de 449 % en un peu plus d'un mois. Évidemment, en dévoilant uniquement le revenu du haut de l'échelle, Amazon évite de mentionner les centaines d'auteurs au succès bien moins spectaculaire...

 

Pour sa part, Gordon Willoughby, représentant de Kindle en Europe, s'est fendu d'une vraie déclaration de mécène régnant sur son empire : « C'est un moment important pour l'édition indépendante au Royaume-Uni et nous sommes très heureux de voir des auteurs bénéficier du succès du Kindle. » Attendez, il a bien dit « édition indépendante »?