Kindle Worlds : 4 auteurs acceptent que les fans continuent leurs oeuvres

Antoine Oury - 28.06.2014

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Avec Kindle Worlds, une plateforme mise en ligne en mai 2013, Amazon démontrait tout son intérêt pour les fan fictions : des lecteurs s'emparent des oeuvres de leurs auteurs favoris, pour les poursuivre ou proposer des fins alternatives. La grande innovation vient du fait que la firme de Seattle achète des licences, afin que les écrits amateurs puissent être vendus via sa plateforme en toute légalité, quand ce type de texte est habituellement partagé gratuitement sur le Web, pour éviter de froisser les ayants droit.

 


Les différents univers de Kindle Worlds

 

 

À l'aide de sa force de frappe financière, Amazon s'est d'abord tourné vers les séries télé les plus populaires, particulièrement sujettes à l'imagination des fans : Pretty Little Liars, ou The Vampire Diaries furent les premiers « univers » signés par le ecommerçant. Vinrent ensuite les écrits de Kurt Vonnegut (1922-2007), sur lesquels les amateurs ne finissaient pas d'user leur clavier.

 

Hugh Howey, auteur autoédité devenu populaire grâce à sa saga SF Silo, n'a pas hésité une seule seconde à ouvrir lui aussi son univers fictif à l'imagination de ses admirateurs : comme il le soulignait sur son blog au moment de l'ouverture du service, Kindle Worlds lui semble un moyen formidable « de conduire plus de gens à l'écriture ». Il s'est lui-même essayé à l'exercice, en rédigeant une nouvelle ancrée dans l'univers de Vonnegut, Peace in Amber.

 

Si la science-fiction est un genre particulièrement nourri par les écrits amateurs, la romance n'est pas en reste, et sa popularité ne décroît pas. Par ailleurs, personne n'ignore le succès de Fifty Shades of Grey, de EL James, qui se présentait au départ comme une fan fiction inspirée de Twilight... Ainsi, 4 auteurs de romance ont à leur tour accepté la poursuite de leurs oeuvres par les fans : Barbara Freethy, Bella Andre, H.M. Ward et Lucy Kevin.

 

Comme ne l'omet pas Amazon dans son communiqué, les 4 écrivains ont vu leurs oeuvres classées dans les best-sellers du New York Times, d'USA Today ou de... Kindle Direct Publishing, le programme d'Amazon pour l'autoédition. La popularité est donc d'emblée assurée.

 

Les conditions du programme sont les suivantes : pour un texte d'au moins 10.000 mots, les fans-auteurs reçoivent 35 % du revenu net, le reste étant partagé entre Amazon et les ayants droit. En élargissant la poursuite d'oeuvres à celles d'écrivains vivants, populaires et toujours en activité, Amazon transforme également le statut de l'auteur : celui de l'amateur, en faisant entrer ses écrits dans le champ commercial, et celui de l'écrivain professionnel, qui n'attache plus autant d'importance à l'intégrité de son oeuvre.

 

En France aussi, selon les genres et les auteurs, l'idée d'une poursuite de l'oeuvre par les lecteurs eux-mêmes n'est pas totalement écartée : en 2013, lors du Salon du Livre de Paris, Bernard Werber avait ainsi souligné qu'il n'avait rien contre de telles réappropriations, « tant que l'on sait qui a écrit l'oeuvre originale »...