Kobo conteste l'accord autour du prix des ebooks au Canada

Antoine Oury - 07.03.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - Kobo - Canada - contrat d'agence


Le principe du contrat d'agence, qui limite les remises consenties aux revendeurs pour la vente de livres numériques, n'est pas seulement sous surveillance aux États-Unis. Le Canada, pays voisin, a également mis sous nez dans les affaires des différents acteurs de l'ebook, et somme ces derniers d'abandonner ce modèle pour se prêter à un accord limitant les possibilités d'entente entre éditeurs et revendeurs.

 


CONTRACT

Steve Snodgrass, CC BY 2.0

 

 

L'un des grands revendeurs du territoire, Kobo, vient toutefois de déposer des objections contre ce projet de règlement, mis au point par le Bureau de la Compétition canadien, qui encadre les relations entre éditeurs et revendeurs. Ce règlement est sensiblement similaire à celui proposé aux États-Unis, qui visait à réguler les relations entre éditeurs et revendeurs en autorisant ces derniers à effectuer des remises.

 

Comme au pays de la bannière étoilée, le règlement comporte deux clauses particulièrement suivies, ou dénoncées, par les revendeurs face à leur principal concurrent, Amazon. La première stipule que les revendeurs pourront proposer des remises sur les livres, selon leur bon vouloir, quand la seconde interdit le principe de « Nation la plus favorisée », qui permet d'avantager un revendeur par rapport à un autre. 

 

Aux États-Unis, le point le plus contestable du modèle d'agence résidait dans les soupçons de collusion entre les éditeurs. Si, au Canada, les différents groupes sont pour la plupart les mêmes que dans le pays voisin (Hachette Book Group, HarperCollins Canada, Macmillan, et Simon & Schuster), Kobo assure que le contrat d'agence mis en place ne relève que de sa seule initiative, à une échelle individuelle avec chaque groupe.

 

Kobo insiste sur ce point, puisqu'une collusion entre éditeurs serait bien plus dommageable qu'un simple contrat individuel, aux yeux de l'autorité de la Concurrence. D'après le revendeur, nombre d'éditeurs s'étaient alors montrés très « réticents » à conclure un contrat d'agence avec la société canadienne, aujourd'hui propriété du japonais Rakuten.

 

Kobo entend également mettre en avant ses origines, et ainsi obtenir les faveurs du Bureau de la Compétition : sous le modèle traditionnel du « prix de gros », la société aurait « perdu des millions de dollars par an ». La société suggère également que le marché américain, depuis l'adoption du règlement interdisant le contrat d'agence, ne serait plus dans ses priorités.

Aux États-Unis, dès que le modèle « Agency Lite » a été adopté, les revenus de Kobo n'ont cessé de baisser. Kobo a depuis stoppé les investissements pour son marketing aux États-Unis, a fermé ses bureaux à Chicago, et se concentre sur d'autres marchés. Les revenus et sa part du marché américain sont désormais quantité négligeable. 

Le revendeur termine, sans surprise, en précisant que l'interdiction du contrat d'agence au Canada entamerait considérablement sa force d'action, et que l'impossibilité de nouer des relations commerciales personnalisées avec les éditeurs mènerait tout droit « au départ des sociétés du Canada, laissant une énorme pression financière sur celles qui y resteraient ».

 

(via Quill & Quire)