Les auteurs indés rémunérés à la page avec Kindle Unlimited

Clément Solym - 16.06.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Kindle Unlimited - lecture illimitée - auteurs autopubliés


Amazon et Apple, même combat ? Du moins peut-on lire en filigrane des actions de l’un, les méthodes de l’autre. Depuis que ces deux mastodontes se sont lancés dans une concurrence acharnée autour de la distribution de contenus dans des écosystèmes propriétaire, ça fuse. Et les dernières nouvelles font en faire déchanter plus d’un...

 

 

Apple s’est donc lancé dans une offre de streaming, et qui agace certainement les majors, déjà bien ennuyées avec les autres concurrents en piste. Ce qui est plaisant, c’est d’apprendre que la période d’essai du service de 30 jours ne rapporte pas un cent aux labels de musique indépendants, pas plus qu’aux majors. Non, pas un cent reversé. Les labels n’ont donc plus qu’à croiser les doigts pour que leurs titres ne figurent pas parmi ceux les plus écoutés durant la période d’essai.

 

Et puis, au passage, en vertu de la règle des 30 % pour Apple, 70 % pour le contenu, il est bien entendu que l’abonnement à 10 $ ne sera pas à partager entre les acteurs. Non, ces derniers ne disposeront que de 7 $ à se disputer. (via ReCode)

 

Peut-on, d’un cas particulier, faire une généralité, et envisager que toute offre d’essai dans le streaming musical ne rapporte donc rien aux labels ? Et par extension, irait-on jusqu’à croire que c’est donc le cas pour toutes les offres de biens culturels dématérialisés en illimité ? Que Kindle Unlimited propose donc aux éditeurs de s’asseoir sur les œuvres consultées durant les 30 jours offerts ? Nous avons posé la question, sans grand espoir de réponse – de réponse qui contredise cette hypothèse, s’entend.

 

Ce qui va en revanche faire grincer des dents, selon le type d'ouvrage que les auteurs publient, c’est que l’économie du Kindle Direct Publishing Select va être modifiée en profondeur. Une profonde légèreté, de type insoutenable, en réalité.

 

Jusqu’à lors, les auteurs indépendants qui avaient accepté les conditions commerciales de KDP Select, et faisaient donc figurer leurs ebooks dans Kindle Unlimited, étaient rémunéré chichement, certes, mais sur la base d’un achat de livre. Autrement dit, dès que 10 % de leur ouvrage étaient lus, ils percevaient des revenus, comme si l’utilisateur de Kindle Unlimited avait acheté l’ebook. Ce qui était injuste, c'est qu'un roman de mille pages était alors rémunéré sur la même base d'un essai de 100.

 

Time after time, Page after page

 

Substantiel changement, à compter du 1er juillet, les auteurs ne seront plus rémunérés qu’en fonction du nombre de pages lues, et non plus du simple nombre de livres consultés. Autrement dit, on semble arriver à un moment crucial du service d’Amazon. 

 

Pour mémoire, la firme avait besoin de contenus, puisque les grands groupes éditoriaux américains – mais en France également – refusaient le modèle de lecture illimité. Ce dernier était considéré, de part et d’autre de l’Atlantique, comme une dépréciation de la valeur du livre. Soit. De plus, en France, des problèmes de conformité avec la législation se posaient – qui devraient se régler sous peu.

 

Pour séduire les consommateurs, avec une offre et un catalogue volumineux, Amazon avait fait appel aux auteurs autopubliés. Et ce, dans des conditions commerciales très contraignantes : la démarche avait le mérite de faire grossir le nombre de titres proposés. Pour s’attirer malgré tout les faveurs des auteurs, Amazon mettait alors en place une dotation spécifique, garantissant une rémunération importante. Et le fonds était grassement abondé. 

 

Les nouvelles modalités de règlement sont détaillées ici, avec force de chiffres mirobolants pour que le miroir aux alouettes continue de briller. Cependant, les histoires courtes rapporteront enfin moins que les gros romans, et cet ajustement semble compréhensible. Grosso modo, 10 textes de 10 pages rapporteront autant que 1 seul de 100 pages. 

 

Cette modification apportée permettra donc de diminuer le montant de la cagnotte allouée pour KU – et accessoirement pour la Kindle Owners Lending Library, la bibliothèque de prêt associée au compte Prime du client. Pour opérer ce nivellement, Amazon va "formater" tous les ouvrages sur la même base (police, interlignage, etc.) afin de les mettre tous en conformité – c'est-à-dire configurer un paramètrage qui mettra tous les livres sur un pied d'égalité en termes de pages.

 

Dans l’absolu, il faut évidemment comprendre que 10 % d’un livre de 20 pages est plus facile à atteindre que 10 % d’un ouvrage de 200. Et que rémunérer l’un et l’autre sur la même base était déloyal. Cependant, la transition à la page signifie également qu’Amazon n’a peut-être plus besoin de séduire autant les écrivain(e)s avec une offre alléchante. La firme annonce cependant une cagnotte supérieure à 11 millions $ pour les mois de juillet et août.

 

Notons que pour les conditions proposées aux éditeurs, ces derniers profitaient jusqu’à lors d’un modèle similaire. Dès 10 % du livre passé, Amazon reversait à l’éditeur le prix de l’ebook, comme s’il s’agissait d’un achat à l’unité – après déduction de sa remise. Bientôt le modèle page à page pour eux également ? On peut en effet considérer que les ouvrages jeunesse, contenant moins de pages qu'un roman adulte, seraient en effet lesés, là où les vendeurs de titres massifs le seront moins. A condition qu'ils soient lus.

 

mise à jour :

une première version de ce billet annonçait quelques bêtises, désormais corrigées.