L'édition 2.0, forcément « participative » ?

Clément Solym - 18.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - édition numérique - Les autres gens - participatif


Qui dit Internet et livre suppose presque immédiatement autoédition. Mais le travail de l'éditeur ne s'est pas vraiment désengagé du Web, bien au contraire : si le réseau facilite le transfert des informations, l'éditeur semble conserver, ou retrouver, ses prérogatives de décideur et de gestionnaire.


Autres gens, autres moeurs


Pour introduire le débat, Valérie Rouxel vient sur la Scène Numérique présenter le Labo de l'édition : elle en est la déléguée générale et fait un petit tour du propriétaire en quelques phrases. (voir notre actualitté) Dotée d'un « incubateur » destiné « à une grande variété de start-up », la structure propose aussi un espace de travail commun, que chaque éditeur peut occuper selon son bon vouloir, à la seule condition d'apporter son propre matériel.

 

La jeune femme laisse ensuite la place aux intervenants et au modérateur du débat, François Quinton, d'Inaglobal.fr. S'installent autour de la table des maisons d'édition que l'on pourrait catégoriser comme « traditionnelles », mais qui ont sauté le pas de la découverte numérique : La Musardine, en la personne d'Anne Hautecoeur, directrice éditoriale, Marabout, avec l'éditrice Hélène Gédouin et Dupuis, représenté par l'éditeur Louis-Antoine Dujardin.

 

Ça commence fort, avec le projet carrément barré, et mené à son terme, de Thomas Cadène, le créateur de la série Les autres gens. Le pari fou de publier sur Internet un feuilleton bande dessinée où chaque épisode est dessiné par un auteur différent. Une véritable « fenêtre pour l'expérimentation » d'après les propres termes de Cadène (on aurait aussi pu dire « case »), qui souligne toute la difficulté intrinsèque au projet : « Les dessinateurs sont cadrés par le scénario et les personnages, puisqu'il faut que le lecteur puisse s'y retrouver, mais ensuite, il y a une vraie liberté dans le dessin. »

 

De gauche à droite : François Quinton (Inaglobal.fr), Louis-Antoine Dujardin (Dupuis), Thomas Cadène (auteur, Les autres gens)

 

C'est sûrement cet aspect qui a tapé dans l'oeil de Louis-Antoine Dujardin, qui évoque les racines de l'initiative Les autres gens : « C'est la technologie au service d'une forme plutôt traditionnelle, celle du feuilleton ». L'éditeur et Dupuis ont relevé le défi : publier Les autres gens en format papier, soit « une BD énorme, près de 2000 ou 3000 pages » assure Thomas Cadène. La rencontre avec l'éditeur s'est faite « au cours d'une conférence sur le web-crossing » : le hasard fait bien les choses, et malgré des débuts difficiles (« la rémunération des auteurs était dérisoire » dixit Thomas Cadène) et une fin de l'aventure prévue en juin, les auteurs des Autres gens bénéficieront des fruits de l'exploitation par Dupuis.

 

Deux ou trois choses que je sais d'elle


Anne Hautecoeur a été surprise par son association avec la plateforme dédiée aux auteurs We Love Words, (voir notre actualitté) qui visait à faire apparaître quelques auteurs repérés sur le Web dans un recueil de 20 nouvelles « autour d'un seul thème, la spécialité de la maison, le sexe ». La tendance s'est inversée : au départ, la Musardine puisait surtout dans son réservoir d'auteurs, désormais les nouvelles sont surtout signées par des anonymes (qui ne le sont du coup plus vraiment).

 

De gauche à droite : Anne Hautecoeur (La Musardine), Hélène Gédouin (Marabout), François Quinton

 

La jolie éditrice a trouvé un allié de poids avec We Love Words, « 500 000 pages vues par mois » d'après son créateur Grégory Nicolaïdis, pour qui le site est un moyen « de créer le bel accident qui mettra en relation auteur et éditeur ». Jonglant avec les anglicismes et son expérience passée chez Universal, Nicolaïdis s'excuse en parlant de modèle « b-to-b-to-c » (prononcez bitoubitouci), pour « business-to-business-to-consumer », soit un modèle économique qui repose sur une certaine part prélevée sur les à-valoirs et un revenu sur les ventes des ouvrages publiés (1€/ouvrage vendu). Plus ambigü est le concept de Words Protect, qui propose aux auteurs de signer numériquement leur texte via un horodatage, moyennant finances (seulement 6€/an, mais tout de même...).

 

Hélène Gédouin, notamment responsable de la collection à succès Les paresseuses, partage son expérience du blog et d'un rapport un peu particulier aux lectrices et lecteurs. « Le blog nous a permis de cerner les goûts et les attentes des lectrices, mais n'a pas influencé la ligné éditoriale, parce que l'éditeur était déjà dans le bon créneau ». Pratiquement tous les intervenants acquiescent, et Thomas Cadène évoque le rapport particulier des japonais avec certains mangas : ils « dictent » leurs désirs à l'auteur, qui s'attache alors plus ou moins à les assouvir. Une pratique peu répandue en France : « Sur Twitter, les échanges sont plus de l'ordre du commentaire que de la demande. Chacun reste à sa place, sans vouloir être sévère. » Aux éditeurs de se montrer dignes de la leur.




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