medias

L'utopique bibliothèque universelle, incompatible avec le copyright ?

Clément Solym - 12.06.2012

Lecture numérique - Législation - Digital Public Library of America - Internet Archive - copyright


Comme son homologue The Internet Archive, la Digital Public Library of America (DPLA) entend proposer une plateforme à but non lucratif, dans le but de mettre à la disposition du plus grand nombre des livres gratuits, et ce, sans transgresser le copyright des auteurs. Une façon de réaliser le rêve de H.G. Wells, exposé dans World Brain : « Le temps est proche, où n'importe quel étudiant, n'importe où dans le monde, pourra s'installer avec son projecteur [...] pour étudier la réplique parfaite de n'importe quel livre, n'importe quel document. »

 

Si, depuis 1938 et la publication de World Brain, la technologie ne s'est pas arrêtée au microfilm, l'idée reste la même pour les responsables de la DPLA :  « Le moment est venu de lancer un projet ambitieux à même de réaliser la grande promesse d'un Internet au service du partage de l'information et d'utiliser la technologie pour promouvoir de nouveaux savoirs et découvertes aux États-Unis » peut-on lire sur le site du projet, qui devrait être en ligne pour avril 2013.



A Digital Library

 

À moins d'un an de l'échéance, les porteurs du projet, programmeurs, philosophes ou universitaires ne dissimulent pas le problème majeur auquel ils font face : « Les problèmes juridiques sont très nombreux », commente laconiquement Robert Darnton, un éminent historien. Les procès à répétition intentés à Google Books (voir notre actualitté) ont obligé les porteurs du projet DPLA à la prudence.

 

Cela dit, la DPLA dispose d'un argument de poids face à Google : à but non lucratif, la bibliothèque utilise par ailleurs un code open source. « La commercialisation du contenu de nos bibliothèques pourrait transformer Internet en instrument de privatisation du savoir public » prévient Darnton. La législation américaine du copyright prévoyait, à ses origines en 1970, une protection de 14 ans renouvelable 1 fois, et dont la mise en place dépendait uniquement de l'auteur, qui devait lui-même enregistrer son oeuvre.

 

Mais, au début des années 1970, la législation fut retoquée par le Congrès américain, qui étendit la durée du copyright à 70 années après la mort de l'auteur, et son application à toute oeuvre dès sa création, notamment sous la pression des studios cinématographiques. Rétroactive, la loi retirait de fait du domaine public la plupart des oeuvres du XXe siècle, y compris les oeuvres dites orphelines, c'est-à-dire sans ayants droit. Plusieurs pays, dont la France, ont adopté des mesures légales similaires.

 

« Aujourd'hui, l'innovation est sous la contrainte de la législation, et non de la technologie » explique David K. Levine, économiste à l'université de Washington et auteur de l'ouvrage Against Intellectual Monopoly. Si la DPLA ne parvient pas à faire plier les ayant droit à travers des accords avec auteurs et surtout éditeurs, elle sera limitée aux ouvrages libres de droits que l'on peut déjà largement trouver sur le web. Mais le copyright ne limite pas seulement la variété des titres que la DPLA peut espérer proposer : les métadonnées utilisées pour le classement et l'archivage des ouvrages tombent aussi sous le coup de la propriété intellectuelle. Las, les métadonnées de la DPLA sont déjà annoncées comme « limitées », en attendant mieux.




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.