L'abonnement ebook illimité, piste antipirate et antisalaire ?

Nicolas Gary - 10.12.2013

Lecture numérique - Usages - forfait illimité - abonnement - lecture numérique


2013 aura marqué l'éclosion des outils de streaming dans le monde du livre. Autant de services qui se sont développés pour offrir un accès illimité aux livres, contre une formule d'abonnement mensuel. Une solution présentée souvent comme l'alternative au piratage, d'autant plus qu'elle se doublait d'une offre gratuite, contre publicité. Spotify pour le livre ?

 

 

 All you can eat

quinn.anya, CC BY SA 2.0

 

 

Les éditeurs, autant que les sociétés de distribution se sont montrées réticentes, et aujourd'hui encore, le streaming n'est pas vraiment privilégié. La peur de voir les actuels modèles de commercialisation - pour le numérique nouveau-né, autant que le papier - cannibalisés, fait traîner les pieds. 

 

Mais les pays où le piratage est un fléau plus constaté qu'ailleurs par les producteurs de livres, l'option semble pertinente : plutôt que d'assister à des ventes d'ebooks moribondes, l'offre de streaming offrirait une solution pour capter des revenus jusqu'à lors inexistant. C'est dans ce contexte que Dream Industries a lancé son application Bookmate en Russie, depuis 2009, et a réussi à décrocher un contrat avec le nouveau smartphone russe, Yota, disposant d'un écran LCD et encre électronique.

 

En Russie, les partenaires se sont rapidement manifestés, et les grands éditeurs sont satisfaits d'avoir au moins une alternative légale, et marchande. Pour 150 roubles, un abonnement mensuel illimité est une manne inattendue, voire inespérée face à la masse du piratage. Et l'accord avec Yota implique que pour tout téléphone acheté, ce sont trois mois qui sont offerts. Et d'autres accords avec des sociétés de télécommunications russes sont prévus dans les prochains mois. 

 

Le fondateur de Waterstones, les librairies britanniques, avait annoncé son Spotify du livre pour avril 2013. Lui-même avait annoncé qu'un pareil outil avait l'avantage de disposer d'informations particulièrement intéressantes sur les habitudes de lecture, et permettre d'utiliser les datas pour satisfaire les besoins marketing les plus divers et variés. Et si cela fonctionne pour les éditeurs, les auteurs sont aussi susceptibles d'en disposer...

 

Pour Bookmate, la priorité actuelle est le développement du marché russe, mais les ambitions de la société sont bien plus vastes, puisque des négociations ont commencé avec différents pays pour un déploiement du service prochainement. Principalement sur des territoires de langue anglaise : Royaume-Uni, États-Unis, et consorts.

 

 

Spotify tente actuellement de rassurer les artistes, mais le modèle scandinave est mal vécu par les artistes, tant la rémunération qu'il rapporte semble insuffisante.

 

 

Mais les pays comme les Philippines, le Pakistan ou encore la Turquie et le Nigeria ne sont pas exclus, bien au contraire. On compterait, selon la firme, 380 millions de locuteurs anglais, qui auront immanquablement envie de lire, et il faut travailler avec les éditeurs pour faire accepter le modèle économique et le développement du service chez eux. 

 

La limite du projet, Spotify l'a dernièrement atteinte : les auteurs qui perçoivent une partie des 70 % reversés par la société à l'éditeur, trouvent que l'outil est loin d'être rémunérateur pour eux. Musiciens, artistes, tous considèrent que s'il fallait attendre les seuls revenus de Spotify pour vivre, ils arrêteraient immédiatement.

 

En effet, 1000 écoutes d'un album complet rapporteraient 30 €, selon le modèle présenté par le groupe britannique Uniform Motion, qui a tenté l'aventure. À ce titre, si le piratage diminue, les revenus, pour leur part n'augmentent pas pour autant. Il faut donc appréhender Spotify comme une solution en mesure de remplir un stade pour un concert, et s'en servir pour appâter le chaland. 

 

Peut-il en être de même pour le secteur du livre ? Difficile, quand les lectures publiques sont de plus en plus complexes à rémunérer. Certes l'innovation est au rendez-vous, mais un Spotify pour le livre numérique ne peut pas entrer autrement que comme l'une des sources de revenus pour un éditeur. Des sources à diversifier, impérativement... 

 

Et ce, sans même prendre en compte que l'on ne consommera jamais des livres comme de la musique. L'offre illimitée d'ebooks touche là une autre limite : il est probablement préférable de donner accès à une offre limitée et éditorialisée, plutôt que de jouer sur l'approche Eat All You Can Eat, qui a tendance à donner la nausée...

 

via Telegraph