L'art minutieux de tirer à soi la couverture : Stephen King gèle

Clément Solym - 07.08.2014

Lecture numérique - Usages - Stephen King - couverture interactive - application Facebook


L'engagement de l'internaute fait partie des grands dadas du marketing aujourd'hui. Inciter le lecteur à pratiquer le sport worldwideweb, le clic, n'est plus autant à la mode : il faut favoriser le partage sur les réseaux sociaux. Et à ce jeu, Stephen King avait pourtant bien commencé, avec ses couvertures interactives. Mais le mieux est l'ennemi du bien.

 

 

 

 

A l'occasion de la sortie de Doctor Sleep, la suite de Shining, King avait brillé, en proposant une couverture interactive. Celle-ci contenait des éléments additionnels : interview vidéo, extraits, et petits compléments essentiels, comme la précommande du titre. Et surtout, on pouvait assurer l'export - et donc le partage - de ladite couverture, grâce à un code embed. 

 

Le Guardian fait état ce jour de la nouvelle entreprise de communication, toujours autour de la couverture. Mais cette fois, l'interactivité est très différente : la couverture est floutée, laissant à peine apparaître une sorte de visage démoniaque, ou quelque chose du genre. Revival, le prochain et 58e roman de Stephen King s'offre donc une campagne de communication reposant sur la viralité.

 

Revival est situé dans les années 60, dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, où un jeune garçon tombe sous le charme d'un prêtre. Quelques décennies plus tard, les deux se retrouvent, et s'ensuit une folle échappée, à travers le rock'n roll, la toxicomanie, la religion et un stage d'invocation des démons. Fort bien, du vrai King.

 

Or, pour découvrir les morceaux de la couverture, il faut partager un maximum pour révéler progressivement des carrés. Une application Facebook propose de découvrir l'ensemble, en partageant sur les réseaux sociaux la page en question. Facebook, Twitter, le tout avec un hashtag : l'ensemble est relativement bien pensé. Mais finalement très raté.

 

Le trône du King secoué

 

D'abord, la page n'est pas accessible depuis une version mobile de Facebook, pas plus qu'avec l'application iOS ou Android dédiée. De fait, seule la version ordinateur classique est opérationnelle, pour parvenir à débrouiller l'ensemble. Ensuite, l'effet escompté devient finalement contraire à ce qui se passe.

 

« Le concept est bon pour créer de l'engagement et recruter des fans. Cependant, l'application ne permet pas aux internautes de voir l'impact de leur implication - absence de compteur, pas de dévoilement progressif de l'image. Mais surtout, on sait que 70 % des utilisateurs de Facebook se connectent via mobile : l'application ne fonctionnant qu'avec un navigateur d'ordinateur, on constate que les commentaires font état de plaintes et d'un grand mécontentement. Bonne idée, mais mal réalisée », commente Adrien Aszerman, PDG de la société Versacom, spécialisée dans la communication digitale.

 

« C'est un excellent exemple d'opération qui aurait dû connaître un succès retentissant, de par la communauté qui entoure le romancier. Tous les ingrédients sont réunis : grand nombre de fans sur la page, forte réactivité, immense notoriété de l'auteur et demande constante. C'est d'autant plus regrettable que le concept est malgré tout peu exploité et que les fans sont toujours en attente d'informations », analyse-t-il. 

 

Après plusieurs partages, nous ne sommes en effet parvenus qu'à dégager un petit coin de la couverture - sans savoir combien de partages supplémentaires il faudrait réaliser pour obtenir un nouvel aperçu.

 

Je veux que tu partages, pour te donner accès à ma couverture super inédite, est une bonne idée. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions. D'ailleurs, le dernier roi qui a dit « Je veux », en France, on lui a coupé la tête.