L’Ebook : pourquoi tant d’amour et encore plus de haine ?

Auteur invité - 25.02.2018

Lecture numérique - Usages - livre numérique usages - amour haine ebook - Arnaud Nourry ebook


L’interview d’Arnaud Nourry qualifiant l’ebook de « stupide » fait couler beaucoup d’encre et je trempe à mon tour ma plume dans l’encrier. Le débat est passionnel tant les enjeux affectifs et matériels sont importants. Tentons de le dépassionner pour examiner les choses objectivement.

 

par Marie Oneissi

Editrice-libraire LMD | Dicoland


Ereader PocketBook Aqua
On se jette à l'eau ? ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 


Dans son éditorial (Actualitté du 23/02/2018) Nicolas Gary souligne, à juste titre, l'apport du poche au livre. Un prix réduit qui permet l’accès de tous ou presque au livre ; la transportabilité tout en préservant l'essentiel aux yeux de certains : avoir un livre en main ou dans sa bibliothèque. Certes, écrit en caractères moins lisibles, moins bien relié mais moins cher et plus facile à transporter. 


Le succès est immense, l’offre a clairement trouvé son public. Sur ce, arrive l'ebook avec dans ses bagages quelques belles promesses dont peu sont tenues à ce jour. Prêtons-nous au jeu des questions-réponses, les FAQ les plus récurrentes concernant l’ebook :

  1.  
  2. Peut-on l'acheter partout? 


- Non, Amazon, par exemple, délimite les territoires où il peut être vendu ; [Ndlr : les conditions sont toutefois imposées par les éditeurs]


- Et non, parce que les formats sont propriétaires et il faut opter, dès le départ, pour une commercialisation sur Kindle ou sur Kobo, etc. [Ndlr : le format EPUB peut s'adapter, à la différence du Kindle, qui ne fonctionnera que dans l'environnement Amazon]

  1.  
  2. Peut-on le lire partout et sur n'importe quel support ?


- Oui, on peut le lire partout et on peut même zoomer pour lire en grand et même faire appel à un dictionnaire pour traduire certains mots et les comprendre ;
 

- Non, si on l'a téléchargé sur un appareil qu'on n'a pas sur soi ou qu'on n'a plus ; un achat d'ebook correspond à un seul et unique téléchargement non duplicable. [Ndlr : les systèmes tendent à évoluer sur ce point, en permettant un usage cloud – c'est le cas de Google Books – ou des modèles applicatifs, dès lors que l'on dispose d'appareils connectés qui se “parlent” entre eux]

  1.  
  2. Peut-on le prêter à ses potes ? 


Non pour les raisons invoquées ci-dessus. Pour l’ebook, oubliez la convivialité, ce n’est pas sa tasse de thé. Un avantage tout de même : vous êtes sûr que votre livre ne s’appelle pas « reviens ». [Ndlr : et pourtant, rien de plus “facile” que d'envoyer par email un fichier ebook...]
 

  1. Peut-on en faire cadeau ?
  2.  

- non car c'est celui qui paye en ligne qui télécharge l'ebook sur son appareil ; et arriver les mains vides à un anniversaire, ça ne le fait pas trop non ? [Ndlr : il existe toutefois des solutions techniques pour “offrir” une version numérique – ainsi que des éditeurs, encore rares, qui permettent de télécharger l'ebook gratuitement si l'on a acheté la version papier]

  1.  
  2. Peut-on le garder en bibliothèque?


- non, pas dans une bibliothèque physique mais dans une bibliothèque virtuelle, sur votre iPad, liseuse ou votre ordinateur ; [NdlR : ou encore en cloud]

  1.  
  2. Peut-on l'emprunter en bibliothèque ?
  3.  

- Pas si simple ce qui met à mal l'argument voulant qu'il donne accès à la lecture au plus grand nombre. En effet, il faut être équipé d’une liseuse (on peut en emprunter une dans certaines bibliothèques parisiennes mais pas partout). En outre, tous les livres n’existent pas au format ebook soit parce qu’ils ont été édités avant la généralisation des formats ebooks soit parce que les éditeurs n’ont pas jugé bon de les numériser ; [Ndlr : pour plus d'informations, consulter cet article]
 

Arnaud Nourry : “Le livre numérique est un produit stupide”

  1.  
  2. Et la place des libraires dans tout ça ? 


Ce sont les plus gros perdants de ce « marché » et plus ils sont petits, plus grosse est leur frustration. Car pour vendre des ebooks en librairies, il faut passer par un « prestataire » qui facture souvent un abonnement et il faut surtout disposer d’un site internet offrant la possibilité de télécharger des ebooks et de les payer en ligne. A ce jeu-là, à quoi sert le libraire en ville si les livres ne sont plus dans ses rayons mais sur son site internet ? Autant qu’il se transforme en libraire « en chambre » ou qu’il cède sa place, de guerre lasse, aux géants du Net. 

  1.  
  2. Et l’auteur dites-moi ?
  3.  

« Je n’ai pas trouvé mon livre à la FNAC » ou « Mon ami a commandé mon livre chez son libraire qui ne l’avait pas » : ces phrases-là, vous les avez tous entendues et je n’ose imaginer ce que dira un auteur dont le livre n’existerait plus qu’en ebook et jamais sur la table ou dans la vitrine d’un libraire. Or l’ebook est programmé pour signer la mort du livre physique [Ndlr : cette assertion n'est pas défendue par ActuaLitté]. Mais pour les raisons que je viens d’énumérer il y a des bugs dans le programme. 
 

Le droit de prêt numérique, grand absent du rapport Orsenna
 

Et je peux continuer à énumérer longtemps les frustrations de l'ebook mais j'en oublie, du coup, de parler de ses apports et il y'en a : ActuaLitté rappelle à juste titre que l'ebook est un défricheur de talents : peu d'éditeurs se risquent à éditer un premier livre...sauf s'il a déjà rencontré un certain succès sur internet. Notons quand même que c’est là un argument paradoxal puisqu’il signifie que, finalement, c’est seulement quand il « existe » au format « papier » que le livre prend son véritable envol.
 

L'autre apport de l'ebook est de permettre à des auteurs d'exister même s'ils ne vendent que quelques exemplaires de leur livre mais il est bien là, en ligne, avec leur nom dessus, et leur prose dedans.


Enfin, l’immense apport de l’ebook c’est de permettre de télécharger gratuitement des livres « feedbook » tombés dans le domaine public ; libres de droit. Relire à son rythme, Victor Hugo, Lamartine, James Joyce et j’en passe… si on est équipé d’une liseuse ou même d’un simple smartphone, c’est une chance inouïe… À condition de trouver les textes complets gratuits sur le Net !
 




Commentaires

Un autre attrait des ebooks, tant que le format est sans DRM, c'est justement la lisibilité. Le livre papier est une plaie pour certains publics. L'ebook peut être lisible sur une grande variété d'appareils. J'ai ainsi pu mettre la totalité de ma bibliothèque sur mon bloc-note braille et ne pas perdre la lecture en même temps que ma vue. Avoir un exemplaire braille papier du livre est un parcours du combattant quand il ne figure pas dans le catalogue des livres adaptés. Et un livre, c'est gros, très gros. 5 à 7 classeurs pour un simple petit roman. Oui, les gros classeurs utilisés pour les archives. Il serait d'ailleurs temps que les plateformes permettent toutes un accès des ebooks sur l'appareil de son choix. Le cloud est rarement une bonne solution d'ailleurs, beaucoup de sites ont un rendu en image et non pas en texte. Le résultat : impossible d'envoyer ça via le lecteur d'écran vers la barrette braille ou la synthèse vocale. Dans ces cas-là, autant acheter une ramette de papier vierge ou une image totalement noire, ça revient au même et c'est moins cher.
Des propos intéressants mais qui manquent peut-être un peu de nuances. En réalité il est tout à fait possible d'acheter presque partout des ebooks, ou d'en faire cadeau.

Il n'y a pas qu'Amazon ou Kobo pour acheter des ebooks et le format epub non propriétaire, sans DRM, existe bel et bien auprès de libraires en ligne indépendants tout à fait sérieux.

Et ne nous voilons pas la face, même pour ceux qui achètent auprès des géants du net qui verrouillent les fichiers, pas besoin d'être très qualifié pour craquer les protections (bon, évidemment on ne peut pas développer un écosystème sur cette base...)
Précision sur les livres numériques prêtés par le s bibliothèques : on peut les lire sur n’importe quel outil, pas forcément une liseuse. Mais le système français, laborieusement mis au point entre le ministère de la culture et les bibliothèques, est très coûteux pouR les bibliothèques et donc l’éventail des titres relativement réduit. Globalement, pour ma part je lis un peu de tout sous toutes les forme, et je dois dire que la lecture numérique, si elle est parfaite pour les « pages turner « , est un peu penible pour des essais plus compliqués quand on a besoin d’aller et venir dans l'ouvrage. Par contre si on recherche une citation dans un format ePub c’est génial.
Et il y a des libraires numériques qui ne cèdent pas face aux GAKA, bien peu capables d'un conseil de qualité : https://www.dpaysage.com

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