L'écriture SMS serait utile à l'orthographe et à la grammaire

Antoine Oury - 01.09.2014

Lecture numérique - Usages - écriture SMS texto - orthographe grammaire - linguistique


Ce fut la grande peur des années 2000, le texting, art de pratiquer le SMS (ou texto en VF), allait générer toute une génération d'illettrés, remplaçant les prépositions par des chiffres, n'accordant plus les verbes ou confondant les terminaisons -é et -er. Des professeurs britanniques ont observé les messages de leurs élèves pendant un an, afin d'en tirer des conclusions de dégradation linguistique.

 


Future Texting

"Future Texting" par Dan Zen, CC BY 2.0

 

 

Clare Wood, Sam Waldron et Nenagh Kemp ont voulu en avoir le coeur net : les trois professeures en université ont proposé à leurs élèves de participer à une expérience sur l'influence de « l'écriture SMS » sur leurs compétences linguistiques. Afin de proposer des résultats représentatifs, elles ont sélectionné 250 élèves, dans les écoles primaires, les lycées et les universités des alentours de Coventry, en Angleterre.

 

Les textos envoyés les deux jours précédents par les participants ont été analysés, afin de relever les fautes grammaticales ou orthographiques les plus courantes dans les messages. La correction a fait apparaître des omissions de majuscules et de ponctuation, des omissions de mots similaires à celles du langage parlé (comme « Tu viens ? ») ou encore l'usage d'une ponctuation inédite, associant plusieurs signes (« ?!!! »), des initiales (« lol ») ou des signes non reconnus dans l'écriture traditionnelle, comme les smileys.

 

Des transgressions grammaticales, des accords fantaisistes (« does they »), ou des contractions de mots (« hafta » pour « have to », par exemple) ont également été relevés, tandis que les élèves des différents niveaux se prêtaient à des tests grammaticaux pour évaluer leurs performances. 

 

Un an plus tard, un test similaire, ne comportant toutefois pas les mêmes questions, fut à nouveau proposé aux élèves : si ceux du primaire sont victimes de lacunes en ponctuation, impossible de conclure que les autres élèves ont vu leur niveau baisser suite à l'écriture particulière des textos. « Les transgressions grammaticales des élèves du primaire et du lycée, les omissions de ponctuation et les abréviations des lycéens ont toutes été associées avec un développement plus rapide et plus efficace de l'orthographe », assurent les professeurs.

 

L'observation ne semble pas si fantaisiste : pour être utilisés et compris, les mots abrégés doivent être connus dans leur forme originale, et les élèves font encore la différence entre une copie de cours et l'écran de leur smartphone. Les élèves de l'université ont également vu leurs performances en orthographe augmenter, même si l'omission de la ponctuation et des majuscules « prédit des difficultés à venir dans le domaine de la grammaire ».

 

Une nouvelle fois, la technologie et les usages de la jeunesse ont donc pu servir de coupables tout désignés, quand les professeurs soulignent que « les différences générales de niveau » pèsent bien plus dans l'illettrisme ou l'orthographe défaillante que l'écriture à vitesse grand V sur les claviers des smartphones.

 

(via The Conversation)