L'éditeur refuse un modèle Spotify-like : ne pas habituer à la gratuité

Clément Solym - 16.01.2014

Lecture numérique - Usages - lecture en streaming - modèles d'abonnement - livres numériques


Le service de lecture en streaming Oyseter vient de lever 14 millions $ pour assurer le développement de ses outils. Scribd, aux États unis, et d'autres, se lancent dans des formules d'abonnement, permettant de lire une quantité X ou Y de livres, en ligne et hors ligne, par le biais de ces souscriptions. Après s'être attaquée aux domaines de la musique, des séries télé et des films, la Silicon Valley dématérialise à tour de bras les biens culturels, et c'est maintenant le tour du livre.

 

 

 

 

Maintenant, mais surtout, depuis quelque temps déjà. Et en la matière, la société qui fait frémir, de par son audace, son innovation, mais également ses dérives fiscales, cela reste Amazon. Depuis son Kindle avec une librairie numérique intégrée, la croissance du livre numérique ne s'est pas démentie outre-Atlantique. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, et avant que l'abonnement ne devienne la règle, il se tournera encore quelques pages. 

 

Les questions liées à cette pratique sont multiples : rémunération des éditeurs et des auteurs, respect de la vie privée - après le moissonnage de Big data des clients - mais également pérennité du service. 

 

Tim O'Reilly, fondateur de O'Reilly Media, qui fut l'un des précurseurs de la commercialisation dématériailsée de livres, sanctionne sévèrement les éditeurs. « Toute personne qui ne recherche pas les modèles d'abonnement est stupide. Tout d'abord, les modèles de revenus réguliers sont importants. Mais il existe des preuves dans de nombreux domaines, que c'est ce que les gens veulent. » Mais l'enthousiasme ne doit pas prendre le pas sur une certaine prudence.

 

Il ne faut pas tomber sous le joug des services numériques et de ces sociétés.

 

L'une des maisons les plus agressives en la matière serait manifestement HarperCollins. Chantal Restivo-Alessi, directrice de la société, est originaire du monde de la musique. Elle pointe que le modèle d'abonnement fait partie des solutions numériques pour les revenus inévitables. Son entreprise a signé avec Oyster et Scribd, mais souligne que les éditeurs ne peuvent pas habituer les consommateurs à ce que la lecture soit gratuite. « La seule chose que nous ne voulons pas, c'est un modèle Spotify-like, type All-You-Can-Eat-For-free », ajoute-t-elle.

 

D'autant que si le modèle d'abonnement est inéluctable, les éditeurs sont donc dépendants de sociétés tierces pour le proposer. Une idée assez saugrenue : on pourrait, entre autres exemples, citer le modèle de Publie.net en France, qui offre la lecture en streaming de ses publications, depuis quelques années déjà. Soit. Une société tierce représente cependant une source importante, réunissant différents catalogues, plus séduisante pour les consommateurs. 

 

"La seule chose que nous ne voulons pas, c'est un modèle Spotify-like, type All-You-Can-Eat-For-free"

Chantal Restivo-Alessi, directrice de HarperCollins

 

 

Oyster reconnaît que les maisons se défient encore de cette approche d'abonnement. Avec 100.000 titres dans son catalogue, la société est loin encore d'une offre complète - surtout si on la mesure aux millions de livres disponibles à la vente chez Amazon. Surtout que l'achat de livres à l'unité, particulièrement aux États-Unis, en l'absence de législation imposant un prix unique de vente, se révèle plus intéressant pour les clients. Une enquête de 2012, réalisée par Pew Internet & American Life Project montre que la moitié des Américains qui lisent au moins un livre par an, avait lu plus de six ouvrages. 

 

Autrement dit : 10 $ par mois, pour une offre illimitée, cela ne ferait pas vraiment sens financièrement. Chose discutable, ô combien.

 

Surtout qu'Éric Stromberg insiste : les gens qui souscrivent à Oyster ont tendance à lire plus qu'ils ne le faisaient. On finit en effet par lire des ouvrages que l'on n'aurait pas achetés, un argument particulièrement intéressant, puisqu'il est souvent mis en avant par... les études sur le piratage. 

 

Pourtant, il n'est pas possible d'oublier dans cette liste de prestataire que, justement, Amazon, dispose déjà de son outil d'abonnement, de manière assez détournée. Pour le client Amazon qui a souscrit à l'offre Prime, il est possible d'obtenir un livre numérique gratuitement, dans un catalogue de 350.000 exemplaires. Certes, une grande partie sont autopubliés, et l'on retrouve plus difficilement les grands best-sellers. Mais le service n'en est pas moins présent. 

 

Et pour 79 $ annuellement, les clients profitent de cette manne, et d'autres avantages également, comme la livraison en deux jours gratuite, l'abonnement à un service streaming de vidéo, gratuitement. Le prix annuel est impossible à concurrencer - moins de 6 $ par mois, finalement, et Amazon a déjà gagné une partie de la bataille sur le sujet. Une fois de plus, pourrait-on dire. 

 

via Business Week