Les lecteurs allemands bientôt libérés des DRM Adobe

Antoine Oury - 18.08.2015

Lecture numérique - Usages - DRM durs - Allemagne - Random House


En début d'année, Heinrich Riethmüller, directeur de la chaîne de librairies Osiander et à la tête de l'association des libraires du Börsenverein (syndicat des éditeurs et des librairies allemands), jetait une bouteille à la mer. Les vendeurs de livres en avaient marre de faire le SAV pour des mesures techniques de protection, les DRM, ajoutées au livre numérique. Ces DRM durs, principalement celui d'Adobe, étaient devenus des « programmes de fidélité pour Amazon », qui utilise un système propriétaire, mais bien plus simple. Les éditeurs ont largement entendu son appel.

 

Clef nécessaire

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

C'est un véritable consensus qui a émergé outre-Rhin, en quelques mois : interrogé par ActuaLitté, Alexander Skipis, directeur général du Börsenverein, avait rapidement apporté son soutien à la demande de son collègue Heinrich Riethmüller. « Comme représentants du secteur du livre, nous avons pour but de faciliter le plus possible l'accès aux écosystèmes ouverts. Sinon, les libraires allemands se retrouvent incapables de s'imposer contre la concurrence des grands écosystèmes propriétaires. Les systèmes de protection “durs” constituent souvent un obstacle pour les clients, car ces techniques de protection entraînent des problèmes d'utilisation des livres numériques », expliquait Alexander Skipis.

 

« Mais, à notre avis, les responsables devront renoncer aux systèmes de DRM dur, quand c'est possible », concluait le responsable du Börsenverein. Une fois l'avis de l'organisme professionnel connu, les différents groupes d'édition se sont succédé dans leurs annonces de l'abandon du DRM dur au profit du watermark, un tatouage numérique beaucoup moins intrusif et problématique que la solution Adobe.

 

DuMont, Bonnier, Holtzbrinck et désormais Random House : peu à peu, ces groupes et leurs maisons abandonneront la solution dure d'Adobe, au profit du watermark. « L'abandon des DRM durs facilite la gestion des fichiers ebooks par les vendeurs et les clients, améliore la satisfaction des clients et réduit les difficultés de traitement », explique le PDG Frank Sambeth au BuchReport. La transition sera effective le 1er octobre prochain.

 

Au sein de l'industrie, on évoque carrément un consensus, à présent. Il est vrai que Random House était particulièrement attendu, et pour de vrai, cette fois. Les observateurs tournent désormais leur regard vers Suhrkamp, sorte d'équivalent de Gallimard outre-Rhin, pour le prochain abandon des DRM.

 

Des lecteurs, mais aussi des libraires, soulagés

 

Sans aucun doute, les lecteurs seront heureux de savoir que le transfert des livres dans un cercle privé sera simplifié : le watermark, s'il est plus discret que le DRM dur, contrôle tout de même le partage de fichier en masse en incluant dans le fichier les coordonnés de l'acheteur, afin de retrouver aisément ce dernier en cas d'infraction. Même si cette protection soulève des questions en matière de confidentialité des données, elle constitue un progrès par rapport au DRM d'Adobe, extrêmement compliqués à gérer et sujets aux hacks en tous genres.

 

L'un des premiers à se féliciter de la décision des éditeurs allemands n'était autre que Tolino : la solution de lecture numérique labellisée « Production allemande » pourra désormais faire valoir un système de lecture aussi simple que celui d'Amazon, la fermeture en moins. Une des clés de la réussite de cet acteur local, qui menace la firme américaine sur le terrain des parts de marché.

 

En France, le Syndicat de la librairie française (SLF) a bien essayé de faire valoir un raisonnement similaire : « Le Syndicat de la Librairie Française a toujours considéré et dit que les DRM « lourdes » nuisaient à l’expérience client lors de l’achat de livres numériques auprès des librairies et qu’ils pénalisaient la capacité des libraires à se développer sur ce marché » affirmait Guillaume Husson, le délégué général du Syndicat de la Librairie Française, sollicité par ActuaLitté.

 

Mais aucune réaction n'avait agité le Syndicat National de l'édition (SNE), contrairement à ses homologues allemands.