L'édition américaine sous surveillance : Bons baisers de Bezos

Clément Solym - 04.06.2014

Lecture numérique - Législation - Jeff Bezos - éditeurs américains - ebooks entente


C'est avec un sourire gêné, dans ce cas de figure, que l'on préfère évoquer « des personnes proches du dossier ». Mais voilà, le Wall Street Journal dévoilait hier que la Justice américaine avait convoqué trois grands groupes éditoriaux américains : Hachette , Simon & Schuster et HarperCollins. Ce furent les trois premiers à accepter le règlement, lorsque le DoJ décida de mener l'enquête pour entente sur le prix des ebooks.

 

 

Jeff Bezos

jurvetson, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Les preuves n'ont pas encore été exposées, le DoJ ferait simplement son travail, et finalement, toute cette histoire n'est que la suite d'une grande enquête. Elle a déjà coûté 166 millions $ aux éditeurs américains, et pourrait, en dommages-intérêts, en coûter 840 millions de plus à la firme Apple, dans le cadre du recours collectif lancé par les procureurs des États américains. 

 

La seule chose qu'en retiennent les éditorialistes aujourd'hui dans la presse, c'est que le DoJ continue de surveiller les éditeurs accusés d'entente. C'est qu'en rouvrant ce dossier, que certains avaient espéré clos. Et surtout, on doit croiser les doigts pour que personne ne se décide, au DoJ, à chercher de nouveau la petite bête. 

 

C'est surtout la conjonction de cette information, avec le conflit qui actuellement oppose Amazon à Hachette Book Group. En effet, nombre d'observateurs soulignaient l'absence de la firme de Jeff Bezos dans cette affaire, et pourtant, sa main quasi omniprésente : à croire, selon certains, que tout le procès avait été initié depuis Seattle, et ses lobbyistes auprès de l'administration Obama...

 

Simple prudence de la part des autorités américaines, ou autre tentative pour déstabiliser les négociations ? Voire, plus contrariant encore, l'idée qu'une nouvelle preuve de conspiration ait pu voir le jour...

 

Chacun des éditeurs qui avaient pris part au règlement avait obtenu de pouvoir renégocier ses accords commerciaux après une période de deux ans - c'est-à-dire, en avril 2014. Hachette Book Group sera le premier, avec en perspective, pour le DoJ, le fait que cela ramène une certaine concurrence dans le secteur du livre. Dans les faits, la position de Hachette devrait donner le « la » pour l'ensemble du secteur. 

 

Mais Amazon a adopté depuis quelques années le même type de comportement que celui d'un certain Google : pousser le plus loin possible les limites contractuelles, ou légales, en attendant de voir comment les acteurs et les autorités réagissent. Les lobbyistes d'Amazon travaillent également, comme il se doit, avec les autorités américaines, et le retour du DoJ dans les affaires de l'industrie du livre américaine fait véritablement grincer des dents. 

 

Toute l'influence de la firme de Bezos s'était retrouvée dans la décision de la juge Denise Cote, qui avait condamné Apple, en juillet 2013. Et imposé que le contrat d'agence soit retoqué, au profit de la vente au gros. Trop heureux, Bezos, de pouvoir compter sur ses copains du Ministère de la Justice ?

 

Andrew Wylie, l'agent littéraire avait largement accusé Amazon d'avoir multiplié les preuves, apportées sur un plateau au DoJ, d'avoir accentué le lobbyisme, au point que le Ministère est devenu l'outil d'Amazon. « Donc, je suis opposé à Amazon, car c'est un monopole, ils ont le soutien du gouvernement et contrairement à l'industrie de la musique, je pense que si vous détruisez l'édition, vous détruisez la culture. » Sans oublier de gifler Bezos au passage : « Bezos a perdu son intérêt pour les livres physiques et voulu que les gens achètent du numérique. Il a encourage le Département de la Justice américain à ouvrir un procès contre l'industrie du livre. »