L'encre électronique serait-elle déjà sèche ?

Clément Solym - 31.05.2012

Lecture numérique - Usages - encre électronique - évolution du marché - tablettes


 Les lecteurs le savent bien : pour ne pas lâcher un ebook de 300 pages, mieux vaut opter pour une lecture sur un écran à encre électronique. Et disposer d'un peu de temps devant soi. Moins gourmande en énergie, dotée d'un affichage plus confortable, la technologie epaper est un indispensable, mais qui doit encore s'atteler à des développements conséquents comme la couleur, et ce afin de s'imposer face au LCD, la solution technologique mise en avant par les tablettes, qui ont assurément le vent en poupe.


Les concepteurs de lecteur ebook à encre électronique se félicitaient encore de proposer une expérience de lecture similaire au papier qu'un concurrent de taille faisait son entrée : l'iPad et ses promesses de mobilité « post-PC ». 2 ans et quelques dizaines de modèles de tablettes plus tard, les développeurs de l'encre électronique sont lancés dans une grande course à l'innovation. L'arrivée potentielle de l'iPad Mini est surveillée de près, parce qu'elle pourrait un peu plus fragiliser un marché encore incertain.

 

e-ink under a microscope.

Un Kindle sous le microscope, vue X40



La société E-Ink, leader sur le marché des écrans à encre électronique, ne s'y est pas trompée : son directeur du marketing, Sri Peruvemba, ne manque pas de signaler que sa filiale dédiée au LCD, Hydis Technologies, est investie dans des partenariats « avec à peu près toutes les tablettes » du secteur. Du côté encre électronique, il dévoile la sortie d'un écran à la résolution 300 dpi, contre 167 actuellement.

 

Mais il y a aussi la couleur, un passage obligé pour proposer aux lecteurs une véritable expérience de la BD numérique. Sur ce terrain, E-Ink devra rivaliser avec Plastic Logic, qui a dévoilé il y a peu son premier écran e-ink flexible et en couleur. (voir notre actualitté) Même si le progrès est visible, les couleurs restent ternes et ne rendent pas encore totalement justice à l'encrage des dessinateurs, ou à la mise en page des magazines. Mais les centres d'intérêt des deux sociétés ne se résument pas à la seule lecture numérique.

 

En première ligne, il y a la publicité, avec des annonceurs vivement intéressés par l'affichage dynamique qu'autorise l'encre électronique. Son intégration à des surfaces papier ou textiles est possible, et ouvre donc la porte à des exploitations sans bornes, de la promotion pure et dure à l'affichage des prix en magasins, entre autres. Plastic Logic dévoilait ainsi, en même temps que ses écrans couleur, une montre dont l'affichage repose uniquement sur l'encre électronique.

 

L'utilisation de l'affichage électronique dans les milieux scolaires et universitaires va pratiquement de soi, mais se heurte une fois de plus aux limites technologiques : de nombreux pays, quand ils utilisent des écrans pour l'apprentissage, limitent leur usage à 50 minutes pour ne pas abîmer les yeux des bambins et étudiants. À l'inverse, l'adoption de l'encre électronique pour l'affichage public (bus, métros, hôpitaux) a de grandes chances de s'imposer dans quelques années.

 

Comme l'analyse Sri Peruvemba, les usagers qui « ont essayé de lire un livre sur tablette... n'ont pas vraiment apprécié l'expérience de lecture. » Mais l'argument du confort suffira-t-il à convaincre un consommateur d'image, de vidéos, de musique et de sites Internet a se contenter d'un lecteur e-book ?

 

Rien n'est moins sûr : l'encre électronique doit couler, mais pas trop quand même...