Beigbeder renoue avec l'ebook, pour exciter les pirates de livres

Nicolas Gary - 25.08.2015

Lecture numérique - Usages - Frederic Beigbeder - piratage livres - Conversations


Pour ne pas manquer la rentrée littéraire, Frédéric Beigbeder s’est emparé de tout ce qu’il avait fait entre 1999 et 2014, et l’a compilé dans un bouquin à sortir le 16 septembre. Un recueil d’interviews, « ses écrivains favoris », assure l’éditeur Grasset. Et qu’il avait assuré dans le cadre de ses fonctions. Mais pire que cet amas de recyclage, voici que l’on prend le Beig' la main dans le pot à confiture...

 

Frédéric Beigbeder - Livre sur la Place 2014

Frédéric Beigbeder, au Livre sur la Place 2014 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Bon, les ouvrages qui viennent polluer les tables de libraires ne se comptent pas : ils s’effeuillent. Interviews, articles, tribunes, éditos : tout est bon à compiler dans un livre, sans que cela ne coûte grand-chose. Et tant pis si l’on s’attire des articles désagréables, après tout, vu le temps passé et investi, cela reste rentable. On se réconfortera l’amour-propre avec de meilleures lignes, bien blanches.

 

Non, ce n’est pas tant son recueil – à quand l’intégrale de ses meilleures blagues ? – qui fait sourire. Pas plus que le regard profond d’intellectuel barbu autant que chevelu. On ne s’attardera pas plus au titre – Le Beig' a démontré qu’il avait deux sous de culture, et qu’à défaut d’imagination, il pouvait allégrement recycler des œuvres anciennes, ici celle de Musset.

 

Non. Souviens-toi avec moi, lecteur, de ces propos corrosifs en septembre 2011, alors qu’il sortait son Premier bilan après l’apocalypse : « Je dis à la fin que ce livre n’est pas disponible sur Internet, donc si vous le trouvez, c’est que vous l’avez piraté, et par conséquent, c’est ma main dans la gueule. » Qu’il fallait être sot pour tant pester contre le format numérique. 

 

Surtout que les pirates ne s’y sont pas trompés : ils ont toujours préféré pirater Kundera à Beigbeder.

 

« Je passe pour le vieux con de service en défendant l’idée du livre, du papier, des vieilles librairies ; le numérique me fait peur, Facebook, c’est le nouvel opium du peuple », affirmait en ces temps lointains (août 2012), le Beig'. 

 

 

 

On pourra se rappeler que Beigbeder est également hors sujet : il est tout à fait légal, sans encourir la paluche de l’auteur, de numériser son livre, à condition de ne pas le partager. Parce que c’est cela, qui est interdit.

 

Mais tout cela, c’était avant : avant que l’on ne voie notre chroniqueur du Figaro réunir à la hâte ses feuillets, les jeter foutraques dans une chemise cartonnée et refiler cela à l’imprimeur. Et voici les conversations, fruits d’instants rares et précieux, qu’il était impératif d’immortaliser. Et puis, le mythe s’effondre : Beigbeder a cédé. Alors que tous ses livres avant Premier Bilan étaient vendus en numérique, les suivants étaient strictement imprimés.

 

Et voici que Conversation met fin au combat – probablement faute de combattants – où Le Croisé Beigbeder s’était aventuré. Triste monde : les plus valeureux baissent les bras, les convictions s’effondrent face à l’appât du gain, la brutalité mercantile fait plier la volonté des Justes.

 

On rappellera deux choses : la première, à l’attention des forces de police. Beigbeder, invité au Livre sur la Place à Nancy, avait avoué un larcin, passible de 3 ans de prison et/ou 300.000 € d’amende. Non, ce n’est pas la consommation de cocaïne sur un capot de voiture, mais le piratage de livres numériques.

 

Et la seconde, juste pour sourire, c’est cette envolée lyrique, qui, maintenant, prête à hurler de rire. Sacré Beig'...

 


Beigbeder : "Je me bats pour la légèreté" par Europe1fr