L'enthousiasme pour les livres papier, et l'avenir des livres numériques

Nicolas Gary - 10.01.2015

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La demande accrue pour les livres papier dans les librairies britanniques soulève l'enthousiasme en Grande-Bretagne. C'est Waterstones qui a donné le ton, en se réjouissant des ventes. Dans le même temps, le patron expliquait que les ventes numériques, opérées avec Amazon dans son cas, s'étaient réduites à peau de chagrin. Une tendance nouvelle ?

 

 lecteur ebook marché livres numériques

Richard Unten, CC BY 2.0

 

 

Les fêtes de fin d'année ont donc enregistré une croissance de 5 % pour les ventes de livres papier, assurait James Daunt, patron de Waterstones. « Les ebooks ont développé une part de marché, bien sûr, mais tout à porte à croire – et certainement, si l'on regarde l'Amérique – que cette part est déjà en déclin. Les indicateurs pointent qu'il en sera exactement de même pour le marché britannique », insistait-il en fin de semaine.

 

Un constat qu'opérait également Sam Husain, directeur général de Foyles, autre chaîne de librairies britanniques, pour qui les ventes avaient augmenté de 11 %. Et lui, qui travaille avec Barnes & Noble pour assurer ses ventes numériques, promettait qu'elles « n'étaient pas aussi impressionnantes que l'on s'y attendait ». 

 

Chez Enders Analysis, Douglas McCabe estime que « la croissance rapide des ventes d'ebooks a ralenti de façon spectaculaire, et il y a certains éléments prouvant que ce marché est en recul ». Au point que Waterstones, pour exemple, envisage désormais d'ouvrir une douzaine de nouveaux magasins sur le territoire cette année. 

 

Pourtant les titres de la presse, annonçant une baisse des ventes sont en réalité trompeuses. De fait, la commercialisation de livres numériques, en soi, ne connaît certainement pas de baisse : le nombre de titres disponibles dans les catalogues est en augmentation constante. Les ventes, elles, affiche tout bonnement un ralentissement compréhensible : les résultats astronomiques constatés ces dernières années, et d'un trimestre à l'autre, ne pouvaient pas se poursuivre indéfiniment. 

 

Le taux d'équipement, véritablement ralenti

 

En revanche, du côté des lecteurs ebook, appareils strictement dédiés à la lecture, accuse effectivement le coup. Car le parc d'appareils ne se renouvelle pas aussi rapidement que les ventes de livres numériques s'opèrent. Une fois équipé, un consommateur attendra que son eReader casse avant de le remplacer. Une logique que l'on constate d'ailleurs avec les smartphones, où le taux de remplacement est de deux années minimum – du fait des programmes proposés par les opérateurs téléphoniques. 

 

Et puis, ces appareils semblent avoir atteint un seuil technologique. Aujourd'hui, les grandes caractéristiques sont communes : un rétroéclairage, initié par Bookeen, un écran tactile de 6 pouces et une autonomie de quatre semaines. Les différentes optimisations présentées ces derniers temps n'ont pas convaincu outre mesure : le concept du lecteur ebook waterproof n'est pas spectaculaire en soi. Et puis, on dispose de moins de fonctionnalités avec un eReader qu'avec une tablette : si les usages sont distincts, notre époque vit au rythme de la convergence des outils – pour preuve, les smartphones ou phablets, réunissant de multiples options. 

 

Les perspectives pour les lecteurs ebook seraient à chercher du côté de l'electrowetting, probablement, pour améliorer la capacité d'affichage, et la possibilité de lire des fichiers contenant de la couleur. Mais ce n'est pas tout. L'appareil cumulant écran LCD ou LED, et écran à encre électronique représente une alternative hybride non négligeable. Des améliorations matérielles qui pourraient toutefois ne pas convaincre les clients de changer leur équipement. 

 

Innovation, mon amour

 

Évidemment, on a beaucoup parlé du support, pour le eReader de Netronix, d'un stylo numérique. De quoi prendre des notes sur son appareil, et les exporter : un outil de travail intéressant, d'autant plus que la machine dispose d'un écran de 6,8 pouces, dévoilé l'an passé, et qu'un nouveau modèle arrivera en version 13,3 pouces. Or, cette fonction de bloc-notes est encore trop timide, et certainement pas en mesure de remplacer l'usage d'une feuille et d'un crayon. Et pour l'heure, on ne présente que les prototypes, à des prix qui feront sans aucun doute frémir. 

 

 

 

Les perspectives de développement, à chercher ailleurs

 

D'autres, comme Kobo, ont décidé de ne plus se lancer dans la commercialisation de tablettes. Il est vrai que ce segment est ultra-concurrentiel, et que les gros acteurs du secteur se nomment Apple, Google ou Samsung, et sont autrement plus gros que Kobo – voire même qu'Amazon. Cette concurrence avait d'ailleurs conduit Barnes & Noble à s'associer avec Samsung après avoir également décidé d'abandonner les investissements dans les tablettes. 

 

Kobo souhaite également "prêter" son ebookstore, pour qu'il soit installé sur d'autres appareils de lecture numérique. Disposer d'une librairie numérique intégrée est une vraie opportunité : Kobo a choisi de la prendre et sa librairie est déjà accessible pour certains modèles de la gamme Sony ainsi que de multiples smartphones. Et l'on comprend mieux comment se déploie donc l'application de lecture. En généralisant la librairie Kobo aux autres lecteurs ebook, le Canadien décide de profiter d'un sérieux avantage : le format EPUB.

 

Interopérable, ce dernier permet de lire des fichiers numériques sur l'ensemble des eReaders actuels, à l'exception de la gamme Kindle, soumise au format propriétaire d'Amazon. Les partenaires de la société E Ink Holdings disposeront alors d'une solution pour rendre leurs produits plus attractifs. Les formalités contractuelles n'ont pas été dévoilées, et resteront à la discrétion des partenaires.

 

Ainsi, de là à conclure que les livres numériques se vendent moins, ou que l'on assiste à un recul des ventes, il y a un fossé. Les auteurs indépendants se plaignent des résultats qu'ils constatent depuis que Kindle Unlimited est sorti aux États-Unis. Mais si leurs revenus diminuent, les opportunités offertes par la commercialisation d'ebooks ne diminuent pas. Les success-stories continuent d'alimenter la presse, avec des résultats étonnants et des auteurs qui disposent de solutions pour toucher des lecteurs, mettre en vente leurs ouvrages, etc. 

 

Et puis les perspectives de développement restent particulièrement optimistes : Statista estime que pour 2014, l'ebook a généré 5,69 milliards $ de résultats, et pour 2018, ce montant devrait avoisiner les 8,69 milliards $. Difficile de croire que les ebooks perdent du terrain. En revanche, il semble de plus en plus évident que ce marché appartient aux géants du web, et aux pures players, les ebookstores en ligne. Et certainement pas aux libraires physiques.