L'Europe s'ouvre au livre numérique, les agents s'y ferment

Clément Solym - 10.10.2011

Lecture numérique - Usages - livre numerique - europe - agents


Entre le rôle des agents, destinés à fluidifier les échanges entre auteurs et éditeurs, et leur position de négociateur, la Foire du livre de Francfort s'est ouverte sur un passionnant débat.


Riccardo Cavallero, directeur général du groupe Mondadori (Italie) a tenté de faire valoir que les livres numériques n'étaient pas vendus trop cher, et qu'il fallait que les agents comprennent que leur position n'était pas tenable. Son groupe a décidé de commercialiser ses ebooks pour 9,99 €, soit 50 % de moins que le prix affiché sur la couverture.

 

Agents de conservation

 

Cependant, les agents tiennent position : selon eux, 30 % de moins est la limite maximale. « Si vous pensez que les éditeurs sont des conservateurs, vous n'avez jamais rencontré un agent. Nous sommes des révolutionnaires face à eux », lance-t-il.

 

Selon une étude dévoilée ce matin par Bookrepublic Italia et AT Kearney, le prix des livres numériques était en moyenne de 10,50 € net.

 

Un tarif inférieur à celui pratiqué au Royaume-Uni, de 10,80 € en moyenne et 1,50 € plus cher que pour les ebooks vendus outre-Atlantique. Cependant, cela reste bien moins cher que les offres allemandes, françaises ou espagnoles.

 

L'Europe traîne moins les pieds

 

Pour autant, il semble que les éditeurs européens soient moins réticents devant la révolution numérique. O'Reilly Media a fait valoir que les obstacles étaient toujours là - tarif de vente et TVA - et que le marché restait encore embryonnaire, avec autour de 1 % du chiffre d'affaires réalisé.

 

En Amérique du Sud, comme au Brésil, ou même en Chine, le rapport au papier n'est vraiment plus souverain. L'Empire du Milieu dévore ainsi beaucoup d'ouvrages en ligne, et le net constitue un canal de diffusion des oeuvres privilégié. Au Brésil, ce sont les contenus pédagogiques et éducatifs qui pourraient tirer le marché, et devenir le principal moteur de croissance pour ce segment.

 

La résistance culturelle au livre numérique resterait ainsi fortement ancrée dans les traditions européennes et le livre papier demeurerait alors un symbole de résistance. Cependant, jusqu'en 2010, on constatait que les efforts de l'industrie visaient principalement à contenir l'explosion étatsunienne, alors que 2011 aura marqué, pour de nombreux territoires, l'acceptation, et finalement le début de démocratisation de cet outil.

 

Le mètre-étalon anglosaxon

 

Reste qu'il faut de moins en moins sous-estimer le marché numérique, et son potentiel. Pour preuve, les précommandes de la biographie de Steve Jobs en Italie, qui sont arrivées numéro 1 dans la version traduite, alors que la version anglaise était numéro 5.

 

Mais, comme le notait Giovanni Bonfanti, de AT Kearney, c'est encore le marché du livre numérique venu d'outre-Atlantique qu'il faut ici observer.