L'industrie du livre et Hadopi : toujours d'actualité, mais...

Clément Solym - 08.07.2011

Lecture numérique - Législation - ebook - industrie - livre


La décision n'est donc toujours pas arrêtée. Durant le Salon du livre de Paris, le président du Syndicat national de l'édition, Antoine Gallimard, avait expliqué combien le recours à Hadopi s'avérait « relativement coûteux », pour « un petit marché » qu'est le livre numérique.

Cependant, relate Édition Multimédi@, au cours de l'Assemblée générale qui s'est tenue la semaine passée, le président a maintenu que « les éditeurs envisageaient de rejoindre l'Hadopi », confirmant des propos de la secrétaire générale, tenus en janvier 2011. Pour autant, aucune information n'a filtré sur le dépôt de dossier, obligatoire, auprès de la CNIL.

Plutôt l'appel à la délation

Et pour cause : il n'est pas impossible que l'édition s'oriente vers une autre solution, à base de marquage et de surveillance. Celle-là même qu'a adoptée l'édition outre-Atlantique, et dernièrement Harlequin, qui a choisi de faire appel au portail de dénonciation mis en place par Attributor. Auteurs et agents sont invités à la délation active, pour préserver les droits de chacun. (notre actualitté)


Citant le rapport d'activité, nos confrères pointent : « Le SNE a dernièrement multiplié les contacts avec les ayants droit de la musique et du cinéma, ainsi qu'avec divers prestataires techniques afin d'étudier le mécanisme de réponse graduée mis en oeuvre par l'Hadopi2 [volet pénal de la loi, daté du 29 octobre 2009, ndlr] et l'intérêt pour le secteur de l'édition de rejoindre le dispositif. »

Ainsi, l'idée pourrait être de faire appel aux outils de TMG-Civolution, Advestigo ou Audible Magic, pour surveiller la toile. Mais là encore, les méthodes sont coûteuses.

Traquer et fliquer

Dès lors, le SNE « étudie actuellement les solutions techniques et pratiques existantes relatives à une procédure automatisée de notification et retrait des contenus illicites » et d'ores et déjà, prêche en invitant les éditeurs à « communiquer les adresses de sites proposant des téléchargements illégaux », retrouvés sur les sites.

Pour ce faire, l'adresse juridique@sne.fr a été mise en place pour simplifier la vie de ceux qui souhaitent aider à la mise en place d'une « liste [qui] permettra par recoupement d'identifier les sites et réseaux les plus actifs dans le domaine du piratage de livres ».

Plus précisément, il est difficile d'entrer dans le secret des dieux. Le SNE est manifestement et effectivement en contact avec la direction juridique de Hadopi, mais ça ne va pour l'instant pas plus loin.

Quel intérêt ?

Pour autant, au sortir de l'AG, nous citions les propos du président, qui, évoquant le 1,8 % de ventes numériques, en regard des 4,6 milliards € de CA de l'édition, souriait : « Vous conviendrez avec moi qu'il y a un vrai décalage entre la fascination qu'exerce le numérique aujourd'hui et sa réalité commerciale. Difficile de faire la part entre les promesses crédibles d'ouverture et de croissance de nos marchés et les fantasmes que peut engendrer ce nouvel âge technologique. » (notre actualitté)

Difficile de savoir, dans ce contexte, si l'on peut d'un côté chercher des solutions, de l'autre considérer que le marché relève du fantasme...

À l'épreuve du feu

Du côté de l'Hadopi, par ailleurs, on nous avait expliqué combien le marché du livre numérique, pour humble qu'il puisse être aujourd'hui - 1,8 % du chiffre d'affaires de l'édition française, selon les données du SNE - représentait un secteur important. Et surtout, qu'il y avait tout à gagner de prendre les mesures nécessaires pour préserver le secteur des écueils rencontrés par la musique ou le cinéma.

« Non, c'est certain, le livre n'est pas la musique. Mais comment empêcher la présence d'un fichier à télécharger contenant 1500 livres sous droit - et qui ne seront jamais lus ? » (notre actualitté)