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L'intelligence collective, un véritable avenir pour l'édition

Clément Solym - 19.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Site du Zéro - édition - interactivité


Matthieu Nebra, entrepreneur du site du Zéro et cofondateur de Simple IT, propose des tutoriels et des cours destinés aux étudiants en informatique, gratuitement sur son site. Occasionnellement, ces contenus, qui entre temps ont été évalués, revus, corrigés grâce aux commentaires des lecteurs, peuvent être édités par Simple IT. Une façon comme une autre de proposer un ouvrage à jour, précis et bien construit, dans le contexte bien précis de l'édition scientifique.

 

Matthieu Nebra n'y va pas par quatre chemins. « L'auteur est mort », déclare-t-il en guise d'introduction. Mort, ou a-t-il simplement changé de route ?

 

Matthieu Nebra, fondateur du Site du Zéro et cofondateur de Simple IT

 

L'auteur n'est plus le même à l'ère du web

 

Son métier a en effet beaucoup évolué. Il n'écrit plus, du moins sur le web, pour des lecteurs-consommateurs. Le modèle de l'enseignant seul face à des étudiants passifs ne s'applique plus. Car il ne permet pas de s'adapter à celui qui reçoit l'information. Aujourd'hui, l'interconnexion des usagers du Net fait que chacun est censé parler de façon égale. Tous peuvent dire ce qu'ils ont à dire, tous peuvent tenir un blog... Ce maillage de personnes interconnectées définit l'intelligence collective. « C'est vous, c'est moi, c'est eux, ce sont toutes les personnes qui contribuent à l'intelligence humaine ».

 

Quand un « auteur » (c'est-à-dire un producteur de contenu : blogueur, journaliste, amateur, etc.) publie un texte sur internet, ce contenu est susceptible d'attirer trois types de lecteurs qui commenteront de façon assez spécifique : le débutant (« J'ai compris, merci ! », ou « Je n'ai pas compris, que voulez vous dire ? »), l'expert (« Je précise que... » ou « Ceci est faux ») et celui que Matthieu Nebra définit comme « le type de passage (« Il y a une faute au premier paragraphe »). Les nouveaux modes de communication permettent cette interactivité entre l'auteur et son public. Et l'auteur doit prendre en compte toutes les remarques qui peuvent être émises sur le contenu publié, dans la perspective de l'améliorer, de le rendre plus juste, tant dans le fond que sur la forme.

 

L'exemple du Site du Zéro

 

Le site attire plus de 2 millions de visiteurs uniques par mois, et comprend 300 000 membres inscrits qui font partie de la communauté. « Le site n'avait, à son origine que du contenu à lire, c'est devenu un contenu à vivre », explique son fondateur. « Les lecteurs s'entraident, échangent, donnent leur avis. Ce sont des experts, mais pas forcément des auteurs. Par ailleurs, les auteurs de contenus n'auraient probablement le temps de répondre à toutes les questions des internautes. Ce n'est pas l'auteur qui aide, mais les lecteurs qui s'entraident. ». Un cercle vertueux, par le biais des forums sur le site, par le biais des commentaires publics.

 

D'où provient l'enrichissement du contenu publié ?

 

Sur ce site, l'internaute est invité à participer à la vie du site.

 

Ils peuvent voter sur les cours ou tutoriels qui leur plaisent le plus. Cela permet en passant d'indiquer à l'administration du site certaines données sur les cours les plus appréciés, et donc de faire le tri en cas de besoin. Cela permet de dégager les cours qui ont le profil pour être édités.

 

Il est également possible de publier le contenu en bêta, c'est-à-dire le tester sur une portion précise de la communauté, pour recueillir sa réaction et décider par la suite de le publier sur le site ou non.

 

Les commentaires des usagers, éternel tiroir à remarques en tous genres et repère des trolls en manque de conflits, sont indispensables, mais insuffisants. Matthieu Nebra note l'avantage des commentaires contextuels. Les lecteurs doivent indiquer où ils décrochent, où le contenu est inexact. Formellement, cela se présente comme « bulle » pointant vers le texte en question. Exemple : « Ce code est-il toujours exact en HTML 5 ? ».

 

D'autres personnes peuvent répondre, et s'il y a effectivement une autre proposition pour cette ligne de code, un autre internaute peut la proposer par la même voie, et dans la bulle le changement par rapport au code d'origine apparaîtra en rouge pour plus de clarté. Les commentaires en tout genre sont aussi classés avec un code de couleurs, selon si on est débutant en la matière ou plus expérimenté. Cela permet à l'auteur de comprendre en un clin d'oeil si son cours contient de nombreuses failles pédagogiques, ou s'il est sujet à débat d'experts. Le tout facilite l'organisation du cours, et organise clairement les changements qu'il faudrait lui apporter.

 

Le livre est un vrai support de consommation

 

« Si le web est idéal pour collaborer, le livre est idéal pour rester concentré. Il engendre moins de fatigue, et est aussi un gage de crédibilité, alors que sur le web on ignore qui a publié en général ».

Dans la collaboration du web et du livre édité, le premier est un support de base, et permet d'améliorer un contenu, tandis que le livre, quel que soit son format, est un support de consommation.

 

Simple IT édite le livre lui-même, tout simplement en transformant l'HTML en PDF. Sur le site, les gens intéressés peuvent avoir accès au cours au format numérique ou physique s'il existe. Ils peuvent ainsi être redirigés vers une page où ils pourront acheter le livre imprimé si c'est ce qu'ils souhaitent. N'est-ce pas déstabilisant de passer d'un contenu constamment en interaction avec les lecteurs et susceptible d'être constamment amélioré à un produit fixe, fini ? Pire, n'est-ce pas contradictoire avec l'intention d'origine du site de Zéro ? « Quand j'édite, je fais confiance, même s'il n'y a plus d'interactivité. Je sais qu'il y a eu un vrai travail d'amélioration et de correction avant l'édition ».

 

Par ailleurs, le livre imprimé n'a pas tout perdu de son interactivité d'origine. Les ouvrages papier sont dotés de codes permettant d'avoir accès, via le site, à des pages en relation avec le sujet. Il est possible de constamment mettre à jour ces pages auxquelles le livre est « lié ». La démarche est moins naturelle, mais elle permet certainement d'avoir accès à des contenus actualisés.

 

Matthieu Nebra conserve donc la tête froide. Il édite dans tous les formats, il vend par Internet, et estime que les commerces ne devraient pas s'effrayer d'une éventuelle concurrence du web. Les gens naviguent entre les sites de vente en ligne et des commerces en ville, ils se renseignent chez l'un et se familiarisent avec le produit de l'autre. « C'est l'avantage d'une stratégie multicanal : cela bénéficiera toujours à la marque », conclut-il.

 

Une série de propositions qui ne laissera pas de marbre, même si le jeune entrepreneur s'exprimait plutôt au sujet des publications à caractère pédagogique et scientifique. Pourrait-on appliquer cette même interactivité pour la publication de romans et de nouvelles en ligne ? Que diraient les débutants, les experts, et les types de passage ?