Dès la publication des premières étapes de la stratégie de l'Union européenne, la ministre de la Culture et de la Communication soulignait que « le développement des industries culturelles » était prioritaire, et que les plateformes devraient s'y conformer. Mais, au fil des mois, c'est le sujet de l'interopérabilité qui est devenu le premier souci de la rue de Valois.

 

Martin Adjari (directeur général des médias et des industries culturelles)

Martin Ajdari, directeur général des médias et des industries culturelles, ministère de la Culture

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Dans ce débat européen, notre ambition est de faire en sorte que la création, sous toutes ses formes, reste la plus vivace possible. La rémunération et le partage de la chaîne de valeur sont la garantie de la future création », expliquait hier Martin Ajdari, directeur général des médias et des industries culturelles, au Forum de la SGDL consacré à L'Europe du Livre et de la Création.

 

Le ministère de la Culture avait rapidement apporté des preuves de soutien aux industries culturelles, aux auteurs et aux ayants droit, en soulignant que le programme de la Commission européenne nécessitait des ajustements, pour devenir « une stratégie plus ambitieuse encore pour le développement des industries culturelles en Europe ». Un comité de liaison sur la réforme du droit d'auteur, qui rassemble les acteurs des secteurs culturels, a été créé en mars dernier et élaborera des propositions qui pourront être présentées par la France dans les enceintes européennes. « Il faut montrer que nous avons des idées nouvelles, et pas seulement nous poser en défenseurs d'un pré carré », explique Martin Ajdari.

 

À ce titre, le programme du gouvernement français se développe malgré tout sur des bases connues : lutte contre la multiplication des exceptions, au bénéfice des solutions interprofessionnelles, lutte contre le piratage, et contribution des plateformes à la création, directement ou à travers des mécanismes fiscaux.

 

L'interopérabilité, un projecteur sur le livre numérique

 

Parmi les idées nouvelles, même si on l'évoque depuis des années, l'interopérabilité des livres numériques, dont l'objectif est de permettre un véritable acte d'achat du livre numérique, et non plus seulement un droit d'accès sur une seule plateforme propriétaire : « Ces stratégies ont des effets néfastes : elles favorisent la concentration et une uniformisation de l'offre disponible qui sont néfastes à la diversité de la création éditoriale », assure Martin Ajdari. 

 

Par ailleurs, l'idée de disposer d'un livre numérique qu'il serait possible de lire sur plusieurs plateformes et appareils serait un moyen de revaloriser le livre numérique : « En rétablissant la confiance dans l'acquisition du livre numérique, on pourrait améliorer le consentement à payer des lecteurs. »

 

« Avec le format EPUB et Readium, nous sommes techniquement prêts pour l'interopérabilité », assurait Pierre Danet, directeur de l'Innovation numérique du Groupe Hachette, au cours d'une table ronde organisée à la Foire de Francfort par la fédération internationale et européenne des libraires (EIBF). Le premier est un format interopérable, et le second est un moteur de lecture open source, deux outils pour lire en numérique sur n'importe quel support. Le DRM LCP, verrou numérique léger et interopérable, permettra même de protéger des fichiers interopérables.

 

L'industrie et le ministère sont motivés, et Tolino, le système de lecture numérique allemand, a prouvé qu'un positionnement qui met en avant l'interopérabilité est porteur. Depuis plusieurs années, l'EIBF tente de convaincre les autorités européennes de faciliter la mise en place de l'interopérabilité, sur le modèle de la législation qui contraignait les fabricants de chargeurs téléphoniques, et imposait un standard commun.

 

« Nous sommes au courant du problème, qui concerne à la fois le client, l'éditeur et le distributeur. Nous n'avons pas de solution pour le moment, mais je peux vous garantir que nous y travaillons », expliquait Albert Gauthier, conseiller scientifique pour la direction générale de la Communication, Réseaux, Contenu et Technologie à la Commission européenne. Qui insistait surtout sur la difficulté des négociations : « Je suis heureux d'entendre que la France est favorable à l'interopérabilité, mais ce n'est pas forcément le cas de tous les États membres. »