Abonnement illimité pour ebooks : vers une sortie de crise

Nicolas Gary - 12.06.2015

Lecture numérique - Législation - abonnement illimité - ebooks - Laurence Engel


L’abonnement illimité pour les livres numériques en France a été placé dans les mains de Laurence Engel, médiatrice du livre. Fleur Pellerin avait saisi l’autorité, considérant que cette offre n’était « pas conforme à la loi » sur le prix unique du livre numérique. Sur le principe, pour une somme mensuelle fixe, le lecteur accède donc à un large catalogue d’œuvres. Un principe de bibliothèque numérique – ou de licence globale, en somme.

 

Speed Limit Sign

Chad Elliott, CC BY SA 2.0

 

 

Pour les différents acteurs en présence, le calendrier des médiations touche à sa fin. Et les dossiers présentant une solution de mise en conformité avec la loi Prisunic ont été remis. Comme, selon la loi, l’éditeur doit fixer le prix de vente de ses livres, il a fallu travailler dur pour trouver une voie de sortie. « L’illimité, par définition, c’est inquiétant : c’est une forme de gratuité qui a quelque chose d’effrayant », nous explique un opérateur. 

 

La mise en conformité avec la législation est impérative pour que le modèle survive, et chacun semble avoir envisagé ses propres solutions. « Ce qui était problématique, c’est l’offre multi-éditeur, où le prix de vente n’était pas défini à l’unité. » Il suffisait donc que l’éditeur vende au prestataire son ouvrage, comme il le ferait avec un libraire. C’est la suite qui devient complexe.

 

L’une des solutions consisterait donc à traiter sur cette base : l’opérateur d’abonnement achète l’ebook à l’éditeur, et soustrait le montant de la remise. La somme qui en résulte serait alors divisée par le nombre de pages du livre numérique. Et l’éditeur serait alors rémunéré sur cette base, en ayant bien fixé le prix de vente au départ. Toute la question sera de savoir si cette manipulation répond à l’article 2 qui veut que l’éditeur fixe un prix de vente à destination du public. 

 

« Les modes de distribution évoluent, mais nous sommes confiants sur le fait que les inquiétudes par rapport à la législation, et son respect seront levées », estime un éditeur impliqué dans ce modèle. La question se posera bien entendu de savoir ce qu’Amazon décidera. « Contrairement à d’autres pays européens, la France dispose déjà d’acteurs français en mesure de proposer cette offre : va-t-on les sanctionner ? » s’interroge-t-on.

 

Bien entendu, on sait que l’édition est habituée à obtenir des réactions favorables de la part du ministère de la Culture, quand la rue de Valois est sollicitée. « Fleur Pellerin est ouverte sur le sujet : elle cherche un compromis avant tout. » Un compromis qui s’impose : « Amazon a les moyens d’attendre, ou de contourner encore le problème, en portant la contestation au niveau européen. » Une issue que l’on souhaiterait volontiers éviter. 

 

« Il faut qu’un signal fort soit envoyé, et que la médiation apporte une réponse claire, pour que chacun puisse entrer sur ce marché. Aujourd’hui, l’abonnement représente un chiffre d’affaires complémentaire, et un public additionnel », nous précise-t-on.

 

D’ici à la fin juin les conclusions seront rendues – il faut compter qu’au cours des Rencontres de la librairie, à Lille ces 21 et 22 juin, le sujet sera certainement abordé. « Nous avons eu des discussions constructives, et j’ai bon espoir que chacun trouve chaussure à son pied, une chaussure légale », explique Laurence Engel. Certains projets sont en cours de finalisation, « mais la médiation pourrait intervenir très rapidement désormais ». Début juillet, dans tous les cas, le sort de l’abonnement sera résolu. « Ce qui est de toute manière évident, c’est que la lecture par abonnement reste encore un revenu extrêmement marginal. »

 

Restera alors les mêmes questions, passé cet épisode, insiste un acteur de l'édition : « Ce que l’on a pu constater, c’est que les acteurs en présence freinent massivement sur la question. Je veux dire, les acteurs importants, certains groupes... Pourtant, dans l’accélération de la transformation numérique, cette solution d’abonnement ramène des gens coutumiers du digital vers la lecture. »  

 

Seule question toujours en attente : quelle sera la rémunération des auteurs, dans ce futur contexte.