La chick-lit, maquée avec le numérique ?

Clément Solym - 12.03.2012

Lecture numérique - Usages - chick-lit - ebooks - Bridget Jones


C'est comme si Bridget Jones s'était trouvé un mec suffisamment solide pour supporter ses plaintes incessantes à propos de ses cheveux, de son talon de chaussure ou de la dernière nouvelle que Mark a révélée à Katie sans lui en toucher un mot. Bref, un petit miracle dans le monde de la chick-lit. Menacé de disparition imminente, le genre pourrait bien profiter de l'engouement pour la lecture numérique.

 

L'héroïne de la chick-lit (littérature pour poulettes), après avoir été présentée comme la femme libérée et hédoniste du XXIème siècle (merci Sex & the City), a fini par saouler tout le monde avec son petit cercle de préoccupations amusantes, mais terriblement futiles. Linda Evans, de Transworld Books, un éditeur papier et numérique, assène un dernier coup de pelle sur le mythe : « [La chick-lit] parle d'une jeune femme qui a des problèmes avec ses petits copains et ses cheveux. Je ne peux pas imaginer publier quelque chose comme ça en 2012. » Elle salue pourtant les « bons titres » qui abordaient des concepts comme « l'argent et la propriété », se risquant même à une comparaison avec l'Orgueil et Préjugés de Jane Austen. 

 

Du rose, un pot de glace, une culotte, un journal intime: il s'agit bien de chick-lit

 

 

Quand on s'évanouit à l'idée de se casser un ongle, difficile de faire face à vampires et loup-garous sexys, à des zombies retors et affamés, ou à des aventures autrement plus excitantes (voir notre actualitté). Entre 2010 et 2011, les ventes de la chick-lit ont largement diminué, avec une baisse de 20 % en Grande-Bretagne. (voir notre actualitté) La concurrence est rude, certes, mais elle n'explique pas tout : Teresa Chris, agent littéraire, y voit avant tout une saturation du marché, qui s'est trop lourdement apesanti sur les mêmes formules gagnantes, les mêmes personnages stéréotypés et interchangeables (même le Diable s'habillait en Prada, d'ailleurs).

 

L'année dernière, une auteure américaine, Polly Courtney, avait d'ailleurs attaqué Harper Collins pour avoir présenté son roman sous une couverture « niaise et condescendante » qui la cataloguait au rayon chick-lit. Si même la perspective d'une popularité facile ne fait plus rêver, que reste-t-il à la chick-lit ? Peut-être la lecture numérique, qui permet d'outrepasser quelques-uns des facteurs qui causèrent la chute du genre.

 

D'abord, la réticence des éditeurs papier, qui considèrent que le genre n'est plus rentable : l'autoédition devient alors une voie alternative bien pratique pour ces auteurs qui finissent toujours par trouver leur lectorat. Gemma Halliday, auteure d'une chick-lit mâtinée de technologie et d'enquête, a ainsi 2 « romans pour ados » disponibles en version numérique, tandis qu'elle annonce fièrement faire partie du classement des meilleures ventes du New York Times.

 

La lecture numérique lève également le tabou de la chick-lit, qui incarne aujourd'hui ce qu'on peut faire de pire en matière de féminisme : en véritables hooligans du consumérisme, les poulettes du genre ne renvoient pas vraiment une image de la femme à son avantage... Mais l'écran des readers cache remarquablement bien la couverture « niaise et condescendante » du dernier volet des aventures de Bridget Jones... « Le lecteur est un animal à deux têtes : l'une est publique, et aime James Joyce, la seconde est privée et adore la fantasy. L'ebook leur permet de vivre de façon décomplexée » leur amour pour tel ou tel genres, comme le révèlent les chiffres de vente un peu partout dans le monde. (voir notre actualitté)

 

Bon, ce n'est pas le tout, il reste encore à s'occuper de la BD girly et de ses midinettes aux silhouettes longilignes... 

 

 

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