La Chine et Internet, une connexion impossible ?

Antoine Oury - 24.03.2014

Lecture numérique - Usages - Internet - Chine - Qiu Xiaolong


Shanghai, ville invitée du Salon du Livre de Paris, cela ne signifie pas pour autant autocensure pour les conférences organisées. Pierre Haski, familier d'Internet et de la situation chinoise, conversait avec l'écrivain Qiu Xiaolong à propos de la liberté d'expression et des usages d'Internet dans le pays. Contrairement aux idées reçues, tout n'est pas systématiquement bloqué sur les ordinateurs chinois. Et quand bien même, la population a appris à faire avec...

 


Qiu Xiaolong - Salon du Livre de Paris

Qiu Xiaolong - Salon du Livre de Paris (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'expérience de Qiu Xiaolong est un peu particulière : écrivain chinois, il s'exile régulièrement du pays, et connaît donc l'Internet « hors Chine » : Google, Facebook, Twitter... Autant d'outils qu'il découvre, dont il reconnaît l'aspect pratique, mais sans que ces derniers ne soient indispensables à la Chine. « Je fais beaucoup de recherches sur Internet pour l'écriture de mes romans. Évidemment, dès que l'on tape un nom un peu sensible, on tombe sur une page d'erreur », explique-t-il.

 

Pour autant, les 550 millions d'internautes chinois ont rapidement trouvé et développé des solutions pour pallier aux blocages : « Il y a WeChat, par exemple, qui est très rapide et permet d'apprendre des informations qui ne sont pas dans les médias traditionnels. » Il y a aussi les blogueurs, certains disposant d'autant d'influence que les médias traditionnels.

 

Pierre Haski relativise lui aussi la vision extérieure de la liberté d'expression en Chine. « La censure dans le pays est une immense zone grise : il y a bien entendu la censure et la cyberpolice la plus développée, mais la vivacité des débats sur Internet est assez folle. L'opinion publique chinoise s'exprime, d'une manière qui n'a jamais été vue dans l'histoire de la Chine », souligne-t-il.

 

 

Pierre Haski - Salon du Livre de Paris 2014

Pierre Haski - Salon du Livre de Paris 2014 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

« Le pouvoir a laissé se développer Internet en Chine, principalement pour des raisons économiques », ajoute encore Pierre Haski. Plusieurs cas de réactions du gouvernement suite à l'émotion collective sur Internet ont toutefois été observés au cours de ces dernières années : un cadre du Parti, surpris en train de fumer des cigarettes d'un paquet coûtant un mois de salaire d'un ouvrier, a ainsi été limogé suite à la publication d'une photographie sur le Web.

 

Malgré tout, difficile de voir dans le Web un moyen de faire tomber les autorités qui maîtrisent le pays : « On rappelle souvent que le télégramme a aidé à faire chuter l'Empire. Pour autant, le pouvoir chinois se voit suffisamment puissant pour contrôler Internet, et en tirer des bénéfices économiques », analyse Pierre Haski.

 

Ainsi, les rédactions reçoivent chaque matin les instructions des censeurs, tandis que « l'armée des 5 centimes », des individus payés pour poster des commentaires favorables au pouvoir, réagit au quart de tour. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier de comparer avec la situation française : « C'est un peu le même phénomène lorsque IPSOS ou Sofres indiquent aux politiques quels sont les sujets à aborder », souligne Pierre Haski.

 

Qiu Xiaolong note tout de même que certaines réactions des censeurs restent extrêmement arbitraires : « Je participais régulièrement à un forum littéraire, "Un petit jardin pour un petit groupe", qui a été fermé par la censure, alors même que le seul sujet abordé était la littérature. » En plein Salon du Livre, la remarque laisse un petit goût amer.