La contrefaçon, un marché d'occasions pour l'édition

Clément Solym - 17.01.2013

Lecture numérique - Usages - piratage - incidence sur les ventes - livres numériques


Voilà une synthèse qui justifierait tous les investissements réalisés par les groupes éditoriaux, dans leur lutte contre la contrefaçon. Mais elle livre également les solutions pour que cette lutte soit plus efficace. Largement plus. À l'occasion du Digital Book World Forum, édition 2013, la grande question aura donc trouvé sa réponse : oui, le piratage impacte les ventes. 

 

 

Piracy

ToobyDoo, (CC BY 2.0)

 

 

Ce qu'il faudra retenir, c'est que l'on continue de tourner en rond : certains internautes piratent parce qu'ils n'ont pas les moyens, d'autres pour découvrir, car ils n'auraient jamais acheté, certains veulent juste prendre ce qui est gratuit. Les motivations varient d'une personne à l'autre, et dans tous les cas, les comprendre ne réduit pas nécessairement la quantité d'oeuvres piratées. 

 

Le professeur Michael D. Smith de technologie de l'information et de marketing (Université Carnegie Mellon), venu pour une conférence traitant de la contrefaçon aura simplement cité ces chiffres : pour 4 études montrant que le piratage n'impacte pas les ventes, 25 démontrent le contraire. Mais ce n'est pas le plus important, assure le professeur. En fait, pour les éditeurs, les deux seules stratégies qui payent, plutôt que d'investir des sommes astronomiques, sont de rendre un maximum de contenus disponibles en ligne et de recourir aux lois antipiratage existantes. (via DBW)

 

Et là, on se demande tout de même s'il faut être professeur à l'université pour parvenir à ces conclusions. 

 

Selon Smith, les éditeurs peuvent lutter efficacement, en proposant eux-mêmes des contenus gratuits, ainsi que les grands réseaux de télévision le font, en ajoutant des contenus additionnels pour les consommateurs qui payent. Lorsque la chaîne ABC a ajouté du contenu à Hulu, le site de partage de vidéos, le piratage a diminué de 37 %.

 

D'un autre côté, un éditeur a fait les frais d'une politique de publication étonnante : en choisissant de publier le livre numérique après la sortie du papier, il attendait une augmentation des ventes de livres papier. Constat accablant : 0,4 % de hausse sur les ventes de ebooks, et diminution de 52 % des ventes d'ebooks. Au total, un recul de 22 % des ventes. Faut-il évoquer le piratage dans ces questions ?

 

Dans tous les cas, Smith va très loin : il cite en effet la législation française de lutte contre le piratage, assurant que celle-ci serait parvenue à doper les ventes de contenus numériques, apportant des croissances de 5 à 30 % selon les secteurs. Et couplée à la fermeture de Megaupload, cette nouvelle aurait donc été positive. Difficile à voir, depuis la France, justement, et surtout, on s'interroge sur la réalité de ces chiffres. En avril dernier, un article du Nouvel Obs semblait plutôt démontrer le contraire : Hadopi n'avait pas relancé les ventes de CD ni de DVD, et pas plus les ventes de contenus dématerialisés.

 

Ce qui est salutaire, c'est l'intervention de Hugh Howey, auteur de best-sellers, qui prendra la parole au cours, depuis la salle : « J'aime les pirates. Je reçois en permanence de l'argent venant d'eux. Ils m'ont envoyé de l'argent pour me remercier parce qu'ils avaient aimé mon livre. Je vais parfois sur les sites de liens torrent, et si je n'y trouve pas mon livre, je me sens mal, parce que cela signifie que je ne suis plus dans le coup, ni demandé. »

 

De quoi rappeler que cette auteure qui, depuis Twitter, avait lancé une amusante : celle de mettre sur les couvertures de ses livres ‘Piraté sur BitTorrent', plutôt que ‘Figure sur la liste des meilleures ventes du New York Times'. Les temps changent.