La différence de prix entre ebook traditionnel et autoédité se comprend vite

Nicolas Gary - 22.03.2014

Lecture numérique - Usages - Marie-Pierre Sangouard - Amazon - Kindle Direct Publishing


Le stand de la société que l'on adore détester faisait ce matin l'objet de beaucoup d'attentions. En effet, une petite annonce, destinée à promouvoir le service d'auto-édition. « Nous avons choisi les auteurs les plus emblématiques », autrement dit, les meilleures ventes, avant tout, mais surtout un vaste brassage avec des expériences et des origines très différentes. Et l'on traite les auteurs avec attention, sur cet espace, au point que l'on se demande si l'on n'est pas arrivé sur le stand d'une improbable maison d'édition qui se serait baptisée Kindle Direct Publishing. 

 

 

Stand Amazon SDL14

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Une auteure regrettée, manque à l'appel : Alice Quinn. « L'année dernière, sur le top 5 des ventes, d'ouvrages autoédités et traditionnels en numérique, figuraient trois de ses ouvrages. » Et les deux autres ouvrages en format numérique étaient bien évidemment de grands habitués des meilleures ventes… Alice Quinn n'avait donc pas à rougir.

 

Conclusion : « Les auteurs indépendants produisent des oeuvres qui intéressent les lecteurs. Et un bon marketing, avec une couverture élégante, des textes solides, avec une politique tarifaire de qualité, cela fonctionne très très bien. » Et avec cette formule magique, l'auteur perçoit 70 % du prix de vente, le restant est conservé par Amazon.

 

Sauf que, tout cela n'a rien de magique. « Notre solution de commercialisation n'est qu'un outil. Tous les auteurs qui réussissent travaillent leurs textes, que ce soit leur page Facebook, leur blog, leurs propres réseaux, en fait. » Et dans le même temps, les outils s'affinent, du côté du KDP, les reversements de droits sont effectués chaque mois, toutes les données chiffrées sont mises à disposition.

 

 Un couple d'auteurs, les Vandroux, ont signé avec Amazon Crossing, pour la traduction de leurs ouvrages en anglais et dans d'autres langues, avec une grande campagne de visibilité. Reste que cet enthousiasme pour l'autoédition ne cache pas les volontés de la firme d'arriver sur le marché de l'édition, en tant qu'éditeur. La filiale Amazon Publishing doit faire paraître 500 titres l'année prochaine sur le seul territoire britannique, la version allemande a été annoncée. Mais le culte du secret, chez Amazon, on le travaille. « Rien à déclarer », et il faudra s'en contenter.

 

"Notre solution de commercialisation n'est qu'un outil. Tous les auteurs qui réussissent travaillent leurs textes, que ce soit leur page Facebook, leur blog, leurs propres réseaux, en fait."

 

 

En revanche, les propos de l'agent littéraire, Wylie Andrew, pour qui rien de ce qui se publie chez Amazon ne vaut même la peine d'être lu, ne sont pas passés inaperçus. « C'est faire insulte à la fois aux auteurs et aux lecteurs. C'est ce discours récurrent, qui décrit l'autoédition comme les poubelles du livre. Mais sur YouTube, on trouve de tout : des vidéos qui plaisent et d'autres non. Notre plateforme est parvenue à faire émerger des auteurs, signés par des éditeurs traditionnels, nous comptons des auteurs lus, et je pense que c'est bien là ce qui compte. »

 

On compte aujourd'hui près d'un million de livres autopubliés toutes langues confondues, et si la firme, comme à son habitude, ne fournira pas de chiffres, il se recense plusieurs dizaines de milliers de titres autoédités, en langue française. « Nous avons quelques centaines de titres qui sont enregistrés chaque semaine », assure Marie-Pierre Sangouard. Incontrôlable, invérifiable, mais la campagne de communication est de toute manière lancée. Il faut rappeler que l'offre légale traditionnelle recense 150.000 ouvrages, incluant des titres du domaine public. Et là encore, il faut distinguer les textes nus, de ceux qui sont commercialisés avec un appareil critique. 

 

« On est très contents de nos ventes de lecteurs ebook », explique Amazon, qui ne communique pas non plus de chiffres sur ce point. « Et nous avons remarqué une chose intéressante : les clients, qui achetaient auparavant des livres papier chez nous, et se sont équipés avec un Kindle, ou ont simplement téléchargé une application, ont une consommation de livres qui explosent. Ces clients achètent en effet trois fois plus de livres qu'auparavant. » Données intéressantes, mais là encore, combien de clients se décident à opérer la bascule ? 

 

Le numérique reste donc une nouvelle approche de la lecture. « Les clients ne sont pas idiots : quand il suffit de faire une soustraction pour comprendre la différence entre le prix des oeuvres traditionnelles et celles autoéditées, on comprend vite. » Dans le même temps, les éditeurs commencent à adopter une politique tarifaire plus engagée, avec des évolutions dans les campagnes de promotion, constate la firme. Pas trop visible, ni très probant, mais, sourire à l'appui, on nous garantit que si. « De plus en plus, les éditeurs animent leurs catalogues, participent aux programmes spécifiques, fabriquent des offres. C'est un moyen pour valoriser leurs oeuvres, pour réaliser du chiffre d'affaires. C'est un apprentissage. »

 

Un peu laborieux, nous glissera un autre intervenant sur le stand. « On aimerait tout de même que ça aille un peu plus vite, que ce soit chez nous, comme chez les concurrents. »