La lecture numérique pour les mal-voyants : quelles innovations ?

Association Effervescence - 08.03.2016

Lecture numérique - Usages - lecture numérique - mal-voyants handicaps - innovations développement


Chaque semaine, ActuaLitté et l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donnent rendez-vous. Retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique réalisée par les étudiants de la formation, mettant en lumière les nouvelles problématiques liées au numérique dans le monde de l’édition. Cette semaine, les tablettes en braille adaptées aux non-voyants.

Par Sophie Dziengelewski

 

blind cross

the microscopic giant, CC BY 2.0

 

 

Tout semble être fait pour rendre le livre de plus en plus accessible à un nombre de lecteurs potentiels de plus en plus important  : grâce au livre de poche, à la création de collections à petit prix, le livre est un bien culturel qui se démocratise de plus en plus. On pourrait penser qu’avec le numérique on a encore progressé dans ce sens  : le livre dématérialisé peut s’acheter plus facilement, à moindre coût, sans même sortir de chez soi… Pourtant, à l’heure actuelle, une partie du lectorat est toujours exclue de cette démocratisation de la lecture : les non-voyants. 

 

Pour ce qui est du papier, les livres en braille sont bien plus rares (1 % des livres existants !), plus chers et plus encombrants que les livres imprimés  : comptez 122 € pour 9 volumes de Du côté de chez Swann de Marcel Proust en braille, d’après le Centre de Transcription et d’édition en Braille. Quelle meilleure solution à ce problème de manque d’accessibilité que le numérique ? Les coûts de fabrication exorbitants, le volume très important que prend le moindre roman en braille dans une bibliothèque, tout cela balayé par un support de lecture maniable et pratique donnant accès à des fichiers numériques à coût raisonnable.

 

De nombreuses avancées technologiques ont été faites dans ce sens ces dernières années, avec plus ou moins de succès. 

 

L’un des outils actuellement à disposition est proposé par HIMS. Il s’agit d’une sorte de liseuse en forme de clavier ne permettant d’afficher qu’une seule ligne de texte à la fois. Les « bulles » sortent en relief de manière électronique pour créer les signes en braille. Cet outil, très cher (presque 2 800 dollars, soit environ 2 500 €), n’est pas dédié uniquement à la lecture de livres longs, et est en réalité assez inconfortable dans son utilisation  : imaginez lire tout un roman qui ne s’afficherait que ligne à ligne… Les recherches vont donc plutôt dans le sens d’une tablette, au prix raisonnable, qui proposerait une page complète à la lecture.

 

Les Anglais de Pera Technology avaient lancé en 2013 la création de cette liseuse. L’écran, recouvert de cristaux qui « sortaient » grâce à des impulsions électriques, proposait une page complète en braille. Hélas, faute d’un financement suffisamment conséquent, les recherches ont pris fin en 2014. 

 

En 2015, la première tablette en braille, Blitab, est née en Autriche. Les textes s’affichent en braille, mais pas seulement  : des images, des cartes, des figures peuvent également apparaître en relief grâce à cette technologie. Le problème reste son prix  : 2500 € pour cette liseuse qui peut convertir facilement n’importe quel texte implémenté via clé USB. 

 

C’est fin 2015 que des chercheurs de l’Université du Michigan ont présenté leur projet de liseuse en braille révolutionnaire en cela qu’elle est bien moins chère que les autres. L’idée est de mettre à profit une technologie basée sur l’utilisation pneumatique de l’air et de l’eau  : les « bulles » formant les signes se remplissent et se vident d’air et/ou d’eau en fonction de l’avancement de la lecture. C’est cette innovation technique qui rend possible son moindre prix : moins de 1000 dollars (soit 920 €).

 

Si le chemin est encore long vers l’accessibilité véritable de la lecture en braille chez les non-voyants, il semble que nous soyons malgré tout sur la bonne voie ! On peut par ailleurs rappeler d’autres initiatives allant dans ce sens, comme Bookshare, une bibliothèque numérique mondiale pour lecteurs handicapés. Inutile de préciser que le but de la manœuvre ne recouvre pas simplement l’accès des personnes non voyantes aux livres, mais aussi, et surtout, à l’indépendance à l’école, au travail et dans la vie de tous les jours. 

 

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À mardi prochain  !