La lecture, une liberté qui ne peut souffrir ni restriction ni surveillance

Nicolas Gary - 11.04.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - DRM ebooks - journée DRM - defective by design


Chaque année, le 6 mai, l'organisation Defective by Design sonne le rassemblement. Objectif : faire tomber les DRM de tous les biens culturels numériques. Rien n'y échappe, livres, jeux vidéo, musique, film, série. Les DRM sont une plaie béante dans la commercialisation, et une protection chaque jour plus vaine appliquée aux œuvres. Donc, le 6 mai, sonnez trompettes, résonnez tambours.

 

 

 

 

Pour la 9e année consécutive, la Journée internationale contre les DRM sera ouverte. Un seul message : protester contre la présence de verrous numériques sur les œuvres. « Nous prévoyons que ce sera une des plus importantes, des plus riches journées d'action contre les DRM que l'on aura jamais vues », assure avec confiance le site

 

Bien entendu, tout cela n'arrivera que dans un mois, mais, d'ores et déjà, les outils de communication sont mis à disposition. Des flyers à imprimer et/ou diffuser largement auprès des médias sont proposés en libre téléchargement. Ils sont en anglais, mais les bonnes volontés qui le souhaitent pourront prendre part à la traduction. 

 

De même, sur les réseaux, un hashtag unique, #DayAgainstDRM pour accompagner chaque message qui ira dans ce sens. Pour plus de renseignements, ou signaler un événement spécifique, que le site Dayagainstdrm.org relaiera, il suffit de prendre contact directement par email.

 

Comme le note Bruce Schneier, cryptologue de notoriété internationale, spécialiste de la sécurité et écrivain américain, « chercher à empêcher qu'un fichier numérique soit copié, revient à empêcher l'eau d'être humide ». Certainement à mettre en relation avec une déclaration du directeur exécutif de Disney, Peter Lee, qui affirmait : « Si les consommateurs viennent à savoir qu'il y a un DRM, ce que c'est, et comment cela fonctionne, alors nous avons déjà perdu. » (The Economist)

 

Dans le monde du livre, les DRM ne sont pas simplement des outils technologiques qui limitent les partages, empêchent l'impression (sic !) et d'autres choses. Ils relèvent d'une politique affichée par des sociétés comme Apple ou Amazon de contraindre l'utilisateur à rester dans un écosystème unique et totalement contrôlé par la société. 

 

Des solutions existent, comme le watermarking, par lequel on ajoute sur le fichier des données strictement liées à l'acheteur, comme une adresse email. Mais les DRM semblent être une option privilégiée par le secteur pour garantir à l'auteur que les efforts nécessaires sont faits pour protéger son œuvre de la contrefaçon. Démarche illusoire, qui consiste en réalité à se mettre la tête dans le sable, tout en enrichissant la société Adobe, dont la solution technologique est aujourd'hui largement répandue. 

 

À ce titre, rappelons que la firme Adobe profite également de la présence de DRM pour espionner littéralement les lecteurs. Une collecte de données effectuées à travers son logiciel d'authentification qui avait provoqué un véritable scandale en octobre 2014

 

En parallèle, l'adoption de cet outil a rendu les choses complexes : « Tous les détaillants et distributeurs ont investi dans les outils Adobe, ce qui rend le retour en arrière difficile, et même coûteux. Pendant ce temps Amazon, Apple et Kobo se détachent avec des systèmes propriétaires, donc des DRM applicatifs très exigeants et des possibilités d'intrusion dans la sphère privée encore plus inquiétantes », nous précisait un acteur numérique. Et d'ajouter : « Amazon sait tout de ses usagers, à la page lue près. C'est d'ailleurs comme ça que fonctionne Kindle Unlimited. »

 

Précisons immédiatement qu'avec cet article, ActuaLitté ne revendique rien. Encourager à ce que les DRM disparaissent n'est pas une position idéologique et moins encore un plaidoyer en faveur du piratage. Les DRM favorisent le piratage : le comprendre, c'est déjà faire une partie du chemin. Et les supprimer n'ouvrira pas la porte à un piratage de masse. 

 

ActuaLitté a publié de nombreux articles pour défendre le droit des auteurs à percevoir une meilleure rémunération. Combattre les DRM n'est pas antithétique : les contraintes exercées par ce verrou limitent le nombre de ventes, et ont un effet nuisible sur les clients qui ne parviennent pas à s'en sortir. Il a pour conséquence de décourager les lecteurs dans l'adoption du numérique.

 

Si telle est la volonté des acteurs qui y sont favorables, l'honnêteté intellectuelle serait alors de ne pas s'abriter derrière la lutte contre le piratage, et de le revendiquer ouvertement. Il est tout à fait compréhensible que l'industrie de l'édition tire de meilleurs revenus du livre papier, et à ce titre veuille protéger son marché. Mais il est hypocrite au dernier point de brandir les DRM comme outil de défense du droit d'auteur.