Trop de contraintes en Inde pour que l'ebook ne se développe

Clément Solym - 08.01.2015

Lecture numérique - Usages - Inde numérique - livre alphabétisation - appareils lecture


Amazon a lancé son service Premium en début d'année en Inde, avec l'espoir de poursuivre sa croissance dans le pays. En septembre 2014, la firme avait déjà opéré des modifications tarifaires pour valoriser son Kindle auprès des habitants, un appareil toujours considéré comme trop onéreux. Et le livre numérique ne semble pas vraiment prendre son envol.

 

Inde livre numérique lecture édition

Pratham Books, CC BY 2.0

 

 

De plus en plus d'Indiens se familiarisent avec les ventes et achats en ligne, mais le confort de l'opération marchande n'est pas encore complet pour les livres numériques. Peu rassurante, ou trop mal construite, l'offre numérique ne convainc pas : selon l'éditeur Penguin Random House, moins de 1 % des ventes de livres en Inde sont faites au format numérique. 

 

Flipkart et Amazon, les deux grands acteurs du marché ne communiquent pas leurs chiffres, et se cantonnent à une remarque : les ebooks sont un secteur naissant, inutile donc de trop s'empresser. D'ici trois à quatre ans, estime Flipkart, les ventes représenteraient 25 % du marché. Et probablement resteront-elles stabilisées à ce niveau, pour quelque temps.

 

En effet, selon le rapport de Bookstats, les ventes d'ebooks des éditeurs américains ont stagné entre 2012 et 2013 – représentant toutefois 3 milliards $. 

 

Ananth Padmanabhan vice-président des ventes PRH constate pour sa part « un faible taux de pénétration d'internet, un manque de confiance dans l'utilisation des cartes de crédit », comme réticences premières des consommateurs. Et puis, aucune facilité n'est proposée du type facturation reportée sur celle du mobile. Mais surtout, les consommateurs méconnaissent encore le livre numérique, ce qui pose probablement le plus de problèmes.

 

Mais en parallèle, on observe une recrudescence des téléchargements pirates, via les réseaux Torrent, ou en DirectDownload. « La différence de prix entre un livre physique et un ebook, dans certains magasins, est très faible. En outre, la valeur perçue pour quelque chose ne tend vers pas grand-chose, si le contenu peut être dupliqué. Les gens considèrent le “e-” comme reproductible, que ce soit dans la musique ou les livres », poursuit Karthik Srinivasan, un spécialiste du marketing numérique. 

 

Le prix pourra poser problème, assurément, et les éditeurs ne se bousculent pas au portillon, pour que le marché de l'ebook explose dans le monde du piratage. Or, il faudrait également que le pays travaille à l'alphabétisation pour que le livre devienne un objet plus convoité, alors que le taux de pénétration des appareils numériques, pour sa part, est au beau fixe. (via India Times)

 

Globalement, le chiffre d'affaires pour le livre était en hausse sur cette année 2014, malgré plusieurs années de baisse pour le marché. Les livres numériques auraient manifestement su compenser les pertes liées à l'imprimé, selon les données de Global Entertainment & Media Outlook, publié par PwC pour l'année passée.

 

Pourtant, les éditeurs restent inquiets des risques possibles de cannibalisation, bien que les éditeurs de littérature jeunesse soient les plus optimistes. « C'est en partie un territoire inconnu », estime Vishal Anand de VerSe, société de création de livres numériques en Inde. Selon lui, peu de contenus sont facilement utilisables en Inde, pour la fabrication d'ebooks. 

 

Pour améliorer les solutions de paiement, tout en restant concentrés sur le marché des smartphones, d'autres sont passés par un accord avec des opérateurs téléphoniques. Tout achat de livres passant par sa plateforme entraîne une facturation directement gérée sur la facture téléphonique. Un moyen de règlement facile, mais pour lequel 50 % du prix de vente va à l'opérateur, déplore Amit Goel, fondateur de Patterbuzz.